Alcool solitude et vieillesse

Selon une étude sociologique de l’INSEE en 2014 55% des femmes de 75 à 80 ans vivent seules ainsi que 20% des hommes, il y a donc une part importante de personnes âgées délaissées. Certaines d’entre elles se retrouvent alors à passer leurs journées dans des bars pour combler la solitude, rencontre avec deux piliers de bar esseulés.

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Crédit: Laura Fortes

Les cafés bars ouverts toutes la journée serait un remède contre la solitude, rencontre avec Raymonde croisée au café romain à Wazemmes un vendredi vers 10h du matin et Jean Pierre abordé au bar tabac le Solférino un lundi vers 11h du matin.

Au café romain, Raymonde est la seule cliente assise à une table, seule, un petit bulldog noir monte la garde, la décoration est surchargé et renvoie à une grande nostalgie passée, la musique de fond est « les sabots d’Hélène » de George Brassens, Raymonde la fredonne tout en sirotant son verre de vin.

Au Soférino Jean Pierre est accoudé au comptoir il est seul et tente de parler à un client du tabac, il reste sans réponse. Il boit une pinte de bière cul sec, et en recommande une.

Raymonde est retraitée, son mari est décédé il y a une dizaine d’années d’un AVC, ses enfants ne lui parle plus, elle vient au café seule car « avec qui y aller ? » Sa voix tremble et elle fredonne la chanson. Elle ne parle pas beaucoup, elle se cramponne à son cadi de course. C’est une habituée, elle dit connaitre au moins la moitié des clients, elle n’ose pas parler, cela la gène énormément de parler d’elle. Elle avoue attendre. Elle passe sa vie à attendre. Attendre quoi ? La mort peut être ? Elle l’ignore.

« Elle glisse vite la jeunesse ainsi que la beauté »

Jean Pierre, lui au contraire, a le contact facile, il parle de la beauté de la jeunesse, du fait qu’il faut en profiter car « elle glisse vite la jeunesse ainsi que la beauté ». Il a les yeux très bleus et très doux. Il raconte son amour de jeunesse ; Yvonne une petite boulangère qu’il a mal menée et trompée, elle s’est marié avec « un gars de la finance » et Jean Pierre ne l’a jamais revue. Il la regrette et soupire « Ah Yvonne ! » Il regrette aussi ses anciens amis « les 12 salopards » Il a perdu ses amis, ne s’est jamais marié et n’a aucune progéniture. Il avoue venir dans les bars car il y a toujours des gens à qui parler bien que lorsqu’il tente une conversation avec « ces petits merdeux d’étudiants » il essuie presque constamment des refus. Il a 76 ans, il a vécu à la meilleure époque dit il, « l’après guerre, quand la vie n’était pas chère et les filles faciles ». Il boit très vite, il en est déjà à son troisième verre de bière, il commence à raconter ses exploits sexuels (passés et présents) en les agrémentant de blagues graveleuses.

Voici dressés deux portraits de personnes que le temps a abîmés et la solitude capturés qui trouvent leur dose de réconfort au sein des cafés bars pour pouvoir discuter avec des personnes et de se créer, au fil du temps des amis voir une nouvelle famille tout en buvant un verre d’une boisson qu’ils affectionnent. Les bars, ne sont plus alors à considérer comme un endroit de détente et de débauche mais sont alors à voir comme un véritable havre pour certains individus.

Laura Fortes