Quand le plus primé ne peut présider

Le 18 janvier, l’Académie des Césars a annoncé le nom de celui qui présidera la cérémonie. Alors que son nom est habituellement vite oublié par les nominations, il a pourtant fait scandale cette année. Il s’agit du réalisateur Roman Polanski, le plus primé aux Césars.

A force de réactions et de pétitions, le concerné a donc décidé de renoncer à son titre le 24 janvier. Impliqué dans une affaire de viol sur mineure qui remonte à 1977. Le nommer à la tête des Césars pour cette année serait ”une insulte aux 75.000 à 100.000 personnes victimes de viol chaque année” pour l’artiste Clémentine Vagne.  Des associations ont aussi décidé d’appeler à la manifestation contre cette décision le 24 février, date de la cérémonie. Osez le Féminisme, dans un communiqué, souligne  que “La désignation de Roman Polanski est un pied de nez indigne fait aux nombreuses victimes de viols et d’agressions sexuelles”.
Cette nomination a donc duré six jours avant que Roman Polanski, âgé de 83 ans, décide de mettre un terme à ce titre.

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L’hypocrisie cinématographique

Huit Césars différents, pour la réalisation, le meilleur film ou encore la meilleure adaptation. Jamais le réalisateur n’avait dû subir un boycott pour ses films. Lors de sa nomination, le monde du cinéma était resté muet. Il l’est encore plus à l’heure de son abandon. Président du festival de Cannes en 1991 puis de la Mostra de Venise en 1996 et du Festival international de Marrakech en 2006, la réaction des associations et du grand public n’avait jamais été aussi forte et violente.

Le gouvernement français a uniquement réagi au choix de la présidence. Laurence Rossignol, ministre des Droits des femmes avait parlé d’un choix « surprenant et choquant » alors qu’Audrey Azoulay, ministre de la Culture, rappelle effectivement qu’il s’agit de faits « graves » mais « anciens » et que Roman Polanski est également un « cinéaste de grand talent« . Chez les acteurs, très peu de soutiens réels ou de critiques, tous soulignent un grand réalisateur. Cependant, Gilles Lellouche le défend dans les colonnes du Parisien.

 « En France, on fait des polémiques de tout. On meurt de ça dans ce pays. Selon moi, il faut être cohérent. Polanski vit en France depuis quarante ans. Les faits qui lui sont reprochés précèdent cette arrivée »

Si le réalisateur est toujours poursuivi pour viol sur mineure, il n’avait jamais été boycotté et a pu continuer à tourner tout en étant récompensé.  Alain Terzian, président de l’Académie, évoque « l’une des plus grandes figures du cinéma mondial, et reconnu comme tel». L’Académie des Césars était tombée d’accord sur le nom et refuse pour l’instant de trouver un remplaçant à ce poste. En 2003, la cérémonie n’eut pas de président suite aux décès du réalisateur Maurice Pialat du président de l’Académie des arts et techniques du cinéma Daniel Toscan du Plantier.

Charlotte Lairé