Un autre regard sur l’actu : l’avalanche de Farindola

Une avalanche a touché l’Italie mercredi 18 janvier 2017 et a touché de plein fouet l’hôtel  Rigopiano et ses habitants. Le bâtiment est situé à Farindola, dans la région des Abruzzes. Cette catastrophe pourrait être due à la conjugaison de deux évènements : des chutes de neige historiquement importantes dans la région ainsi que quatre secousses  de magnitudes 5,4 à 5,7 sur l’échelle de Richter. Pour l’instant, aucun lien ne peut être établi entre ces différents incidents. 200 secouristes ont été déployés sur place suite à ce tragique évènement dans des conditions difficiles puisque l’abondance de la neige empêchait l’accès à la zone concernée. Les recherches n’ont réellement pu débuter que 11 heures après l’ensevelissement. 11 personnes ont ainsi pu être secourues dont les quatre enfants présents dans l’établissement au moment du drame. Cependant le bilan reste lourd car il fait état de 29 morts. Cet article propose un retour détaillé sur un évènement qui a marqué l’actualité.

Situation géographique de l’hôtel

L’hôtel est situé en Italie dans le Massif du Gran Sasso à 1200 mètres d’altitude. Le bâtiment est légèrement excentré du noyau villageois et également assez haut en altitude. Puisque cet hôtel a été impacté par un phénomène avalancheux, il se situe manifestement à proximité immédiate d’un couloir d’avalanche. Reste à savoir si ce dernier était connu des autorités locales et si son activité récente permettait de prévoir le phénomène…

Cette zone géographique, où les chutes de neige sont importantes, est considérée comme une zone à risques avec une activité tellurique forte.

En effet, la région située entre deux plaques tectoniques est souvent touché par des séismes. Le village a déjà été endommagé en 2009 par le séisme de l’Aquilla (la ville se trouvait alors proche de l’épicentre), en 2006 par un tremblement de terre à 5.6 sur l’échelle de Richter. En 1703, on relève également un séisme particulièrement fort dans la région.

« Selon l’institut italien de géophysique, depuis le 24 août dernier, près de 45 000 secousses ont été enregistrées dans cette zone » Natalia Mendoza, correspondante de France 3 à Rome (Italie).

La veille de l’avalanche, un séisme a d’ailleurs frappé la région. La corrélation entre les deux phénomènes n’a pour l’instant pas été avérée.

On peut ajouter aux secousse, un enneigement important : on a enregistré, en ce début Janvier 2017, les plus importantes chutes de neige depuis 50 ans et les températures les plus basses depuis 25 ans. Une information donnée par Sergio Pirozzi, le maire d’Amatrice, une ville d’une région voisine des Abruzzes.

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Des pertes humaines évitables ?

Des questions restent sans réponse. Dans quelle mesure les erreurs humaines ont-elles contribué à la catastrophe ? Trois jours avant le drame, les services météorologiques avaient alerté les autorités sur l’enneigement exceptionnel qui se profilait ainsi que sur le risque d’avalanche. En le sachant en avance, les mesures auraient dû être mises en place pour déblayer la route et évacuer l’hôtel. Mais était-ce possible compte-tenu des conditions météorologiques et du positionnement de l’hôtel ?

Le jour de l’avalanche, le directeur de l’hôtel, Bruno Di Tommaso, s’est inquiété auprès des autorités de l’enneigement des routes, qui rendait inaccessible le 4 étoiles. La commune voisine de Farindola s’est mise à la recherche du chasse-neige seulement quatre heures après le passage de l’avalanche. La province de Pescara, elle, n’a contacté le gouvernement qu’à 13h30.

Autre négligence, l’un des clients de l’hôtel a contacté son employeur pour le prévenir de la situation. Celui-ci a relayé l’information auprès de la préfecture, qui n’a pas pris au sérieux immédiatement les avertissements. Cela a retardé de quelques heures encore la mobilisation des secours.

Manifestement, la journée du 18 Janvier semble avoir été ponctuée de tergiversations, d’imprécisions et de malentendus sur le terrain de la prévention. En somme, la chronologie des faits a enclenché un « effet boule de neige » et un épilogue dramatique.

Les signes précurseurs

En amont, un plan avalanche avait pourtant été mis en place. Cependant, le manque de financement n’a pas permis son application concrète.

Sur le site internet de la défense civile de la région des Abruzzes, on peut remarquer que la « Charte de localisation des dangers d’avalanches », mise en œuvre par une loi de 1992, a été signée. Cependant, depuis quelques années, ni la région ni l’Etat n’a pas songé à mobiliser suffisamment de ressources pour leur détection.

L’agence en charge de cette tâche mentionne que les « zones exposées à ce danger » conduisent automatiquement à « l’interdiction et à la suspension de la construction de bâtiments et d’infrastructures à des fins de logement et de résidence. Les applications industrielles, commerciales, le tourisme et l’agriculture y sont prohibés ». Plus généralement, tout nouvel usage de ces zones peut poser un risque aussi bien d’un point de vue public que privé.

1L’hôtel Rigopiano … situé dans un couloir d’avalanche ?

Une construction illégale

En outre, l’hôtel, et ses gérants, étaient sous le coup d’une procédure judiciaire, pour « construction illégale », le 12/07/2016.  Le jugement fait référence à « une occupation illégale et abusive d’un terrain de l’Etat », en particulier entre mai et septembre 2008. Celle-ci s’opère sur une faible portion de terrain (1700 m²) au regard de la situation géographique (ici un lieu inhabité et des pâturages à perte de vue). Mais bâtir l’hôtel ici semble totalement incongru, selon le procureur. En effet, il se trouve au cœur du parc national de Gran Sasso.La défense argue quant à elle que cette condamnation relève de raisons politiques.

Plus spécifiquement, le Forum H2O a porté plainte contre X, en dénonçant, cartes de la région à l’appui, que l’hôtel a été bâti sur des accumulations de débris, dont ceux des avalanches. L’évolution de la carte géomorphologique de la région des Abruzzes depuis 1991, et surtout en 2007, révèle que l’hôtel a été bâti dans l’axe et à l’exutoire d’une « ravine » située immédiatement en amont. Par ailleurs, il semble reposer sur un monticule de dépôts rocheux, probable témoin d’une certaine instabilité du secteur…

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Versant

Le Rigopiano a été construit dans les années 1970, puis agrandi et rénové en 2007, juste dans un périmètre où les inondations des rivières voisines sont également fréquentes, selon le Forum H20. Ceci, grâce aux passe-droits et aux violations de permis de construire, autorisant la construction dans des zones normalement inconstructibles.  Normalement, les propriétaires de l’établissement auraient dû tenir compte du décret datant du 11/03/1988, imposant des « standards de construction en rapport avec l’étude des sols et des pierres, la stabilité des pistes naturelles et des escarpements, mais aussi de la conception et de l’examen des structures ainsi que des fondations ». Ce qui n’a vraisemblablement pas été fait, selon l’agence ANSA.

Quel type d’avalanche ?

Lorsque l’on parle d’avalanche, il est nécessaire de comprendre qu’il existe différents types, ayant chacun leurs spécificités. Dans le cas présent, aucun expert n’a encore étudié la catastrophe en elle-même, mais on peut tout de même émettre certaines hypothèses.

Au vu des premières constatations, on peut imaginer que l’avalanche a d’abord été causée par les nombreuses activités sismiques de la région, comme en témoignaient de nombreux journaux. Le site sputnik news.com avait d’ailleurs démontré la présence de séismes survenus le jour de l’avalanche, à une centaines de kilomètres au nord de l’hôtel seulement. Ces séismes auraient donc potentiellement causé le détachement d’une plaque de neige, ce qui correspond à un premier type d’avalanche.

Cela dit, plusieurs témoignages ont prouvé que le l’hôtel en lui-même avait été déplacé sur plusieurs mètres. Le président de cette province, Antonio Di Marco, avait d’ailleurs témoigné sur sa page facebook “ le bâtiment a été directement frappé par l’avalanche, à tel point qu’il s’est déplacé sur une dizaine de mètres”.

Mais alors comment expliquer ce déplacement ?

C’est là qu’intervient le second type d’avalanche dit de poudreuse. Sa caractéristique principale est  de constituer un aérosol très puissant et potentiellement destructeur.

Dans le cas présent, la région était en alerte depuis quelques jours à cause des fortes chutes de neige. Le fait que l’hôtel ait été déplacé sur une vingtaine de mètres témoigne de la puissance de l’avalanche qui peut parfois atteindre 300 km/h. Associé au poids de la neige contenu dans l’avalanche, qui était d’environ 50 000 tonnes, on comprend facilement pourquoi la catastrophe a été la plus meurtrière en Europe depuis 1999 et en Italie depuis 1916.

Au final, que se soit l’une ou l’autre ou la combinaison des deux, cette avalanche s’est révélée être d’une rare intensité.

Quelle prévention ? L’exemple de la France.

Cette avalanche qui est à mémoire d’homme la première de cette ampleur dans la région amène à se poser la question de l’implantation des structures. En France, l’avalanche de 1970 au val d’Isère (haute Savoie ) qui avait coûté la vie à trente-neuf personnes en balayant un centre UCPA, avait débouché sur la création de la CPLA ( Carte de Localisation Probable des Avalanches). L’objectif de cette carte était de faire l’inventaire des phénomènes historiques connus ou dont les traces sont visibles sur le terrain.

En attendant, en Italie, une information judiciaire a été ouverte pour homicide involontaire dans le but déterminer si la catastrophe aurait pu être évitée.

Article rédigé par : Justine Brasier, Chloé De Sévigny, Marine Dessaux, Marine Fouquez, Alexandre Genest, Julia Grouz, Adeline Mullet, Nicolas Lefevre Asension, Théo Palud, Juliette Pietraszewski, Rachel Pommeyrol.
Mis en page par Marine Dessaux.

Crédits image à la Une : Google Image.