Euratechnologie : la silicon valley française gagne du terrain

Euratechnologie c’est le bâtiment de briques rouges qui s’élève, majestueux, dans le quartier de bois blanc à Lille. Il était symbole de la prospérité de l’industrie du textile au début du 20è siècle. Il laisse désormais place à l’économie du digital et se développe toujours plus au point d’attirer l’attention à l’international.

C’est Pierre de Saintignon qui, dans les années 1990, s’oppose à Pierre Mauroy et prône la réhabilitation des bâtiments symboliques de la ville de Lille. L’infrastructure qui ouvre ses portes en 2009, ne gardera des deux usines Leblanc et Laffon que le prestige et les murs. La communauté urbaine a décidé de consacrer cet espace au e-commerce. Il n’est plus question d’ouvriers mais d’informaticiens. On ne parle plus d’atelier de filature ou de retorderie de lin : désormais on s’intéresse aux start-ups, au e-commerce, aux softwares …

Le premier incubateur accélerateur en France

En termes de taille, Euratechnologie possède le premier incubateur de France et le sixième d’Europe. Dans le monde du numérique, l’immobilier n’est d’ailleurs jamais assez rapide. Il faut compter deux ans pour voir un bâtiment s’élever du sol quand une start-up se développe en l’espace de quelques mois. L’incubateur lillois est également le plus important en France en matière de porteurs de projets, selon Foundacity.com .

Mais qu’est-ce qu’un incubateur ? L’idée vient des Etats-Unis et consiste à mettre sous le même toit tout les porteurs de projets d’une entreprise. À Euratechnologie, les équipes avec les meilleurs idées sont sélectionnées et ont trois mois pour présenter un produit fini. Durant ce laps de temps, l’entreprise est accompagnée par des professionnels de tous genre : du spécialiste juridique à celui spécialiste du retour client. Le projet est sans cesse adapté et ajusté jusqu’à la date butoir des trois mois. Après, soit les équipes décident de rectifier le tir et de donner plus de temps à la start-up soit le concept est abandonné. “L’avantage quand on échoue, c’est qu’on échoue vite et on peut rebondir rapidement”, explique Samir Mokrani, responsable de la communication digitale à Euratechnologie.

Cap sur l’international

Comme l’explique Samir, tout le challenge pour une start-up française c’est d’ajouter une touche bleu-blanc-rouge sans succomber aux maux de l’hexagone. “En France, on a tendance à vouloir qu’un logiciel ou une application marche parfaitement avant de les sortir. C’est une erreur : il faut sortir un produit le plus vite possible pour ne pas se faire doubler. En plus, ça permet de prévoir des mises à jour en fonction du retour client.”

L’autre problème métropolitain, c’est le manque d’ambition sur le long terme. Trop souvent, les entrepreneurs ont un projet prometteur mais leur seul objectif est la revente. En la matière, il y a toujours des grosses boîtes intéressées par de nouvelles idées (Google, Apple, Amazon…). Euratechnologie offre l’encadrement nécessaire pour que les entreprises se développent par elles-mêmes et percent à l’international. C’est le cas de ID energy qui ouvrent ses activités à l’international. Cette entreprise née de l’esprit de Christophe Camal en avril dernier.

ID energy propose une batterie transportable et utilisable à tout moment. Christophe Camal explique l’impact d’Euratechnologie sur son projet. “En plus d’être un gage de qualité, Euratechnologie offre une impression de miroirs permanents. On peut discuter avec d’autres entrepreneurs de nos idées, on peut discuter avec des spécialistes et en savoir plus sur l’état de la concurrence. Le plus important, c’est la viabilité du projet.” En la matière, ID energy est un exemple de réussite puisqu’elle a recolté 1,8 million pour sa première année. À terme, Christophe Camal vise un chiffre d’affaire de 7 millions et une équipe de 24 employés.

Les chiffres clés

-Euratechnologie c’est 360 000 emplois et 150 entreprises

-En termes de taille, on parle 25 000 m2. Bientôt il s’agira de 150 000 m2 (aux termes des travaux en cours)

-L’objectif est d’atteindre en 2020 les 10 000 emplois

-Le taux d’échec est relativement bas avec 92% de survie entre 2007 et 2009

 Un chiffre qui s’explique par la sélection exigeante :

-En 2016, sur 134 pré-sélectionnés seules 30 pépites ont été retenues (entre-autres : Vekia, Ineat (qui possède aujourd’hui 200 salariés à partir d’une équipe de 4 personnes), Pumkin et Addictiz)

Marine Dessaux

Crédit image à la Une : Velvet .