Glyphosate: débat d’influence entre Monsanto et notre santé

L’agence européenne des produits chimiques a reconnu que le glyphosate n’est pas cancérogène ni mutagène. Bonne nouvelle, on est rassuré pour notre santé sachant que ce pesticide est partout. On avait tant bien que mal essayé de l’interdire en France mais cela avait lamentablement échoué.

Alors, non, ce n’est pas une si bonne nouvelle. Parce que le glyphosate est reconnu depuis 2015 par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme cancérogène et mutagène probable. Pourtant, les « experts » européens persistent et signent en fermant les yeux sur ce produit. L’agence européenne de la sécurité alimentaire avait déjà dédouané ce pesticide en 2015.

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A l’échelle européenne, les instances ne mettent pas en cause le pesticide / CC Claude Truong Ngoc on Wikimédia, Le parlement européen
Expliquer les discordances

La méthode de recherche est différente. Au niveau mondial, l’OMS se base sur les publications scientifiques qui traitent de cette question. Au niveau européen, on tient compte de recherches privées sur le sujet. Et surprise, ces recherches sont financées par des industriels qui n’ont pas intérêt à faire interdire le glyphosate. Voilà ce qu’on appelle des lobbys.

Autre différence dans leurs méthodes de recherches : l’OMS fait de la prévention en classant le pesticide dans la liste des produits toxiques. Il suffit qu’une étude ait montré qu’il puisse avoir un lien avec le cancer du sang pour que le produit soit sur liste rouge. Les instances européennes, au contraire, attendent que des études complémentaires viennent prouver cette théorie pour prendre les premiers résultats en considération.

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Le glyphosate est un produit très toxique pour la santé / Crédit Rachel Pommeyrol
Le glyphosate dédouané, pour quelles conséquences?

Pour l’instant, l’Union européenne avait laissé un délai de 18 mois au glyphosate. Cette nouvelle étude servira de repère pour les pays européens, qui devront voter l’interdiction ou non du produit.

Des scandales ne font pourtant qu’éclater autour de ce pesticide. En 2015 on apprenait que 85% des tampons contiennent du glyphosate. En 2016, une étude dévoilait que le muesli non-bio contient des pesticides qui sont des perturbateurs endocriniens. Enfin, une étude parue en janvier dernier a constaté la présence de gyphosate dans beaucoup de couches pour bébés, estampillées bio ou non.

Malgré toutes ces études et toutes ces luttes, les agriculteurs français continuent d’utiliser 62 000 tonnes de pesticides chaque année, faute de trouver des alternatives aussi viables. En même temps, si l’omerta sur les véritables conséquences des pesticides était levée, peut-être qu’on pourrait réfléchir à comment les remplacer. Grâce à l’Agence européenne des produits chimiques, ce ne sera pas pour aujourd’hui.

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62 000 tonnes de pesticides sont utilisées par l’agriculture française chaque année / CC Luc Théo on Pixabay
Les Monsanto papers

Si le glyphosate fait tant parler de lui, c’est parce qu’il est le principe actif principal du produit phare de Monsanto, le Round up. Alors que le rapport de l’Agence européenne des produits chimiques concluait le 15 mars à l’improbable toxicité du glyphosate, les Monsanto papers ont éclaté le 18 mars. Des extraits de correspondance interne à la firme ont été rendus publics par la justice américaine. Ils révèlent les accords conclus sous la table entre les lobbys et Monsanto pour cacher les aspects cancérogènes et mutagènes du glyphosate. Alors que l’entreprise connaissait depuis 1999 les dangers que ce pesticide présente.

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Le Roundup suscite de vives polémiques / CC Global Justice Now on Flickr

Rachel Pommeyrol