Royaume-Uni : Les « chavs « , les « cassos » anglais ?

« Chav », « Ned », ou, auparavant « Yob » dans les années 70, désignent la classe des « travailleurs » ou des défavorisés. Ce terme a été popularisé en 2002, lorsqu’il a été employé pour la première fois dans la presse, par les classes moyennes et supérieures. Mais depuis quelques années, ce terme « humoristique » a ravivé la fracture sociale divisant la société britannique.

« Un mot ingrat au cœur d’un Royaume-Uni divisé ». Voilà comment Polly Toynbee, journaliste au Guardian, qualifie cette expression. En 2011, une députée LibDem a provoqué une polémique avec un tweet, envoyé depuis un embouteillage : « Je suis bloqué dans le pays des chavs ». Près de 15 ans après son émergence, ce terme fait-il toujours foi ?

Des origines floues, mais un cliché clair.

Le plus souvent, un « chav » est un individu jeune issu des classes populaires, s’habillant chez Burberry et ayant de très mauvais goûts. Un peu délinquant sur les bords, il vit abusivement des prestations sociales. Le chômage rythme ses journées, qu’il passe avec ses amis dans la rue. Il a aussi tendance à posséder des voitures exubérantes. Un stéréotype  de « kéké » qui semble parfait. Et pourtant….

Cliché du Chav
Le comédien Neil Bratchpiece, alias « The Wee Man », représentant le chav moyen. Crédits: Creative Commons

L’origine de cette expression fait débat. Certains pensent que son étymologie vient du latin Chavy, qui veut dire « enfant ». D’autres sont persuadés qu’il fait référence aux habitants de Chatham, une ville du Comté du Kent, située dans le Sud-est de l’Angleterre.

Avec l’émergence du phénomène, de nombreux sites ont été mis en ligne, tels que « Chavscum » en 2003 ou encore « Chavtowns » en 2006, pour les tourner en dérision. Les médias dits « mainstream » s’en sont vite saisis, et ont popularisé des expressions comme « chavtastic », « chavsters », ou « chavette », pour désigner la petite amie du chav.

Un terme aux impacts mitigés.

Pour la plupart des gens, le mot « chav » est inoffensif et drôle.

« Ce cliché, ou plutôt ce terme, est censé être drôle. En tout cas, il est novateur, et désigne une catégorie de population ayant un style de vie de très mauvais goût et risible », témoigne Tobby Young journaliste freelance.

Certains travaillistes ne l’entendent pas de cette oreille. Ils ont considéré cela comme un prétexte pour stigmatiser les défavorisés. « C’est une incarnation de la haine des classes moyennes à l’égard de la classe des travailleurs, purement et simplement », dénonce Tom Hampson, ancien secrétaire général de la « Fabian Society », organisation socialiste. Il a demandé à la commission pour l’Egalité et les droits de l’Homme de prendre sérieusement en compte cette discrimination de classe.

Polly Toynbee, journaliste au Guardian, a même comparé le mot « chav » à l’une des pires insultes racistes, en avançant qu’il est vu comme une « moquerie formulée par les classes moyennes, affirmant leur supériorité sur ceux qu’ils méprisent ».

La sortie du livre « Chavs :the Demonization of the Working Class », en français :  « les Chavs, une diabolisation de la classe ouvrière », n’a fait qu’aggraver la polémique. Les inégalités se sont empirées, si bien que les personnes en bas de l’échelle « méritent d’y être », avance Owen Jones, l’auteur.

Ce livre décrypte le phénomène des chavs avec beaucoup de dérision. Crédits: Tous droits réservés

Un qualificatif qui divise la société britannique

La situation semble se compliquer car le nombre de citoyens se déclarant membres de la « classe ouvrière » ne cesse de décliner. Une enquête menée en 2011 par Britainthinks, une entreprise spécialisée dans la recherche, dévoile que 71 % de la population se dit appartenir à la classe moyenne.

Une croyance commune a pris de l’ampleur, en affirmant que la classe « sage » des travailleurs s’est intégrée au sein de la classe moyenne. Pour le reste, il s’agit de laissés pour compte , qui habitent dans des logements sociaux, reçoivent des aides et occupent des emplois peu qualifiés.

Et ce ne sont pas les différents sketchs et articles de tabloïds qui vont arranger leur cas.

Un « phénomène » fortement médiatisé

Cette perception reste fortement ancrée dans les esprits, au vu des nombreux humoristes et leurs sketchs, qui les tournent en dérision. On peut citer Simon Broadkin, alias Lee Nelson. Il parodie le chav dans toute sa splendeur, y compris son langage un peu « tourmenté ». Même s’il n’est pas vêtu d’un sweat ou d’une casquette Burberry, il est représentatif de ces individus. Il se produit régulièrement dans des one-man shows, qui rencontrent un franc succès outre-Manche. En voici un avant-goût :

A la télévision aussi, on ose aborder le sujet, notamment dans la série « Little Britain ».  Diffusée de 2004 à 2007, elle mettait en scène un personnage rocambolesque, Vicky Pollard (interprétée par…Matt Lucas). Ado insolente, elle traîne toujours avec ses « mates » (potes en anglais), adore le « White Lightning », une sorte d’alcool fort et serait prête à échanger son bébé contre un vulgaire CD (oui, bienvenue en 2007).

Les tabloïds, quant à eux, utilisent le terme « chav » pour qualifier un comportement agressif et pas discret pour un sou. Le footballer Wayne Rooney a eu le privilège d’entrer dans la « chav royalty » (ou royauté chav). Avec ses nombreuses frasques, il y a de quoi.

Au final, le mot « chav », quoique humoristique, est remis en question, puisqu’il divise la société britannique. A ce propos, sera-t-il interdit de l’employer dans le langage courant ou dans les médias ? A méditer….

A.G