Le Vésuve, une bombe à retardement ?

Les volcans, ces montagnes de feu aussi fascinantes que dangereuses. Si quelqu’un vous demandez de n’en citer qu’une, vous évoquerez sans aucun doute le nom du Vésuve. Célèbre volcan italien à l’origine de la destruction de Pompéi, ce dernier fait encore et toujours parler de lui et chacun guette avec appréhension son prochain réveil.

Les mots de vocabulaire plus complexes sont expliqués dans un glossaire en fin d’article.

Qu’est-ce qu’un volcan ?

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Les types d’éruption. Crédit photo : SVTICE

Pour comprendre ce qu’est un volcan, il faut comprendre ce qu’est la Terre. Au centre, se trouve le noyau, composé en majeure partie de fer. Dessus, se trouvent le manteau et la croûte terrestre. Une partie de la croûte terrestre et la partie supérieure du manteau forment la lithosphère, le reste du manteau supérieur est l’asthénosphère.

Ce qu’on appelle la “tectonique des plaques” est apparue il y a environ 160 millions d’années. Aujourd’hui, la croûte comporte environ 12 plaques qui se déplacent sur l’asthénosphère. La plupart des volcans naissent de la rencontre de plaques, on parle d’une tension convergente, ou de l’éloignement de plaques, on parle alors d’une tension divergente.

Le magma, qui se forme dans l’asthénosphère, à entre 100 et 200 km de profondeur, se compose de roches presque liquides, de gaz et de vapeurs d’eau. Plus le magma s’approche de la surface terrestre, moins il contient de gaz et de vapeurs d’eau, il forme alors ce qu’on appelle la lave.

Soumis à la pression, le magma est poussé vers la surface et quitte l’état liquide pour devenir visqueux. Il se concentre alors dans des espaces laissés par la lithosphère, formant ainsi des chambres magmatiques, qui existent parfois pendant des dizaines d’années. La montée en pression dans les sols génère parfois des tremblements de terre et des grondements. Lorsque les plaques tectoniques se rencontrent, dans des zones de subductions : L’une des plaques passe sous l’autre. En surface, au dessus de l’endroit où se rencontrent les plaques, se forme le volcan. Lorsque les plaques tectoniques divergent, des failles se créent, ce qui permet au volcan de remonter en surface. On appelle cela le volcanisme d’accrétion, souvent au fond des océans.

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Le volcanisme se déroule en zone de subduction ou d’accrétion. Crédit photo : linternaute

Il peut être explosif* ou effusif*. A mesure que les coulées de lave s’accumulent au fil des éruptions, le cône grandit pour former l’image qu’on a d’un volcan. Il peut être sous marin comme terrestre. On appelle actif un volcan qui a eu une éruption depuis 10 000 ans.

Un volcan au double visage

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Le cratère du Vésuve en 2008. Crédit photo : Julia G

Le Vésuve est l’un des seuls volcans d’Europe continentale en activité (l’Etna est lui aussi assez actif). Il n’est pas entré en éruption depuis plus de 70 ans (1944). Et s’il est assoupi, il n’en reste pas moins actif comme le rappellent les fumerolles* qui se dégagent en plusieurs endroits. Le volcan est entouré au sud et à l’ouest par la côte, contre les Apennins à l’est et limité partiellement au nord par les champs Phlégréens.

Observer la morphologie du Vésuve permet d’en connaître le fonctionnement et réciproquement, avoir connaissance de son activité éruptive permet de comprendre la nature de sa silhouette.

Le Vésuve est un stratovolcan*. Le Vésuve est particulier dans la mesure où il présente une alternance d’activités effusives et explosives. Ces cycles sont à l’origine de sa morphologie particulière : ils ont conduit à une croissance de l’édifice par accumulation des dépôts pyroclastiques* et des coulées de lave.

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Morphologie du Vésuve. Crédit photo : Collège Paulin de Muret

D’aspect conique, le Vésuve totalise une superficie de 480 km à sa base. Il possède, par ailleurs, deux sommets, deux appareils volcaniques emboîtés, d’où son nom : le Somma-Vésuve. Le mont Somma est un ancien stratovolcan aux flancs érodés qui culmine à 1 131-2 m. Il est coupé par une caldeira* qui n’a cessé d’évoluer après chaque éruption et ce, depuis le commencement de sa formation il y a près de 18 000 ans. Le « Grand Cône » du Vésuve qui culmine à 1281 m s’est, quant à lui, édifié dans la caldeira du Somma entre les différentes éruptions. C’est ce qui lui donne son aspect de volcan emboîté. Cela a inspiré le terme générique « volcan à somma ». Les deux édifices sont séparés par la Valle Atrio di Cavallo, une vallée en arc de cercle de 5 kilomètres de long.

Le Vésuve a une importante activité due au contexte géodynamique spécifique de l’Italie. En effet, le pays est une zone de subduction très active par sa localisation à la limite de la plaque eurasiatique dérivant vers le Sud et la plaque africaine glissant vers le Nord-Ouest. C’est pourquoi deux ensembles volcaniques se sont créés : l’Italie insulaire (Etna, îles Eoliennes) et l’Italie péninsulaire (Champs Phlégréens, Vésuve).

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Photographie d’époque de la dernière éruption du Vésuve. Crédit photo : Wikimedia Commons

Le conduit volcanique qui relie la chambre magmatique au cratère est obstruée depuis la dernière éruption en 1944. La formation de ce « bouchon » de magma sur environ 8 km de profondeur empêche la libération progressive des gaz. Cette accumulation des matériaux en provenance de la chambre magmatique provoque une pression importante qui, lorsqu’elle sera trop forte, entraînera une éruption explosive de forte intensité.

Une situation géographique préoccupante

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Situation géographique du Vésuve et ses alentours.

Naples, capitale régionale extrêmement peuplée, ne se trouve qu’à 12 km (à vol d’oiseau) du cratère. Mais plus généralement, les flancs du volcan sont « rongés » par l’urbanisation massive de la région napolitaine. Le tissu urbain aux alentours est en effet très dense. L’occurrence de l’aléa semble donc certaine et corollairement le risque est considérable.

Or, le réveil du volcan prochainement est une quasi-certitude. Au vu de l’état actuel de l’édifice volcanique, les scientifiques prévoient une éruption subplinienne d’une intensité au moins similaire à celle de 1631 qui a engendré des dommages considérables et tué près de 4000 personnes.

Le Vésuve, un serial killer multirécidiviste

Depuis sa première éruption en 3500 av JC, le Vésuve en compte désormais une soixantaine à son actif. Revenons sur les plus marquantes :

  • 24 au 25 août 79 ( ou octobre ) : Avant cette éruption mythique, les romains n’avait pas conscience du fait que le mont Vésuve était un volcan. Pourtant, le 5 février de l’an 62, un premier événement annonçait l’arrivée de la catastrophe. En effet, un tremblement de terre avait détruit la ville de Pompéi. Après la reconstruction de la cité, en 79, le chaos s’installe : Le Vésuve entre en éruption et détruit tout sur son passage. En une heure, un énorme nuage de cendres brûlantes, en forme de pin parasol, s’abat sur Pompéi. Il atteint plusieurs kilomètres de hauteur et les plusieurs millions de tonnes de cendres qui le composent retombent sous forme de pierres ponce et de poussières. On appelle cela une nuée ardente, c’est à dire un nuage surchauffé de gaz, cendre et roche que crache le volcan. La hauteur de cette colonne éruptive* est estimée à 32 kilomètres.Cette nuée est d’ailleurs la raison de nombreux décès : Sur les 10 000 à 15 000 habitants que devait contenir Pompéi, 2000 sont morts par asphyxie. Mais le Vésuve ne s’est pas arrêté là, quelques heures après cette première phase, une coulée composée de roches en fusion et de cendres, dite pyroclastique*, dévale la pente du volcan et carbonise instantanément Herculanum, la ville voisine. Au total, en environ 24 heures, Le Vésuve a entraîné la mort de plusieurs milliers de personnes dans les villes et campagnes du golfe de Naples. Il a enseveli Herculanum, Oplontis et Stabies. Et c’est seulement au XVIIIème siècle que des paysans ont découvert des vestiges de ces vies disparues. Cette tragédie à fait du Vésuve l’un des volcans les plus connus au monde. C’est notamment grâce à Pline le Jeune que nous avons aujourd’hui des descriptions de l’événement. Ce survivant a raconté ce qu’il a vu dans une correspondance par courrier.
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Des corps ensevelis à Pompéi lors de l’éruption du Vésuve. Crédit photo : Julia G
  • La dernière en liste, celle de mars 1944 : Le 1er mars les volcanologues constatent l’ouverture d’une faille dans le fond du foyer. Le 11, une partie du cône de scories central s’écroule dans la cheminée vide. Le 18, l’activité sismique devient plus forte et la cheminée s’ouvre sur d’importantes explosions suivies par des coulées de lave. Les roches en fusion débordent du cratère pendant trois jours. Le 21 mars, après la destruction des villes de San Sebastiano et Massa, l’activité effusive s’arrête et des avalanches de cendre surviennent. Le 23 mars, des explosions de cendres et séismes secouent le territoire. L’accumulation de cendres est telle que sur les flancs les pluies provoquent des torrents de boue. Les cendres sont tombées jusqu’en Albanie. Le 26, ce sont des cendres blanches qui sont produites, signe annonciateur de la fin de l’éruption qui a lieu le 29. On estime le volume des coulées de lave à 21 millions de mètres cubes et à 30 millions celui des cendres éjectées. Il y a eu beaucoup moins de décès qu’en 79 avec 26 victimes recensées. Un nombre minime grâce à l’aide de l’armée américaine qui a permis l’évacuation des populations. Cependant, l’agriculture a subit les conséquences de cette éruption en perdant trois ans de récoltes sur les zones touchées par les retombées de cendres.

Le Vésuve ne s’est pas réveillé depuis, seule une activité fumerollienne* perdure jusqu’à son prochain éveil… Un réveil inéluctable d’après les spécialistes et possiblement violent. Les volcanologues émettent même l’hypothèse que cette prochaine explosion serait encore plus dévastatrice que celle de Pompéi.

Des risques bien appréhendés ?

Le Vésuve constitue un risque perpétuel et une menace pour la population qui réside à proximité. Dès 1841, un observatoire a été créé par le Roi de Naples, Ferdinand II des Deux-Siciles. Le but de ce dernier ? Étudier toutes les données possibles du volcan afin de prévenir la population d’éventuelles éruptions.

Il aura fallu cependant attendre 1995 pour qu’un plan d’urgence soit enfin élaboré par la Sécurité italienne afin de permettre, en cas d’éruption volcanique du Vésuve, l’évacuation de la population dans ses alentours. Seul problème : ce plan d’urgence s’avère inadapté, voire insuffisant. Il se décompose en trois niveaux d’alerte successifs, à savoir : l’attention, la pré-alarme et l’alarme.

Découpant en trois zones géographiques la surface habitée autour du Vésuve, l’« alarme », une fois déclenchée, est supposée évacuer la première zone (en rouge sur le schéma) en une semaine maximum. Les raisons ? Cet espace, comptant 18 communes regroupant elles-mêmes 700 000 habitants sur 200 km², est menacé par l’invasion de flux pyroclastiques dès les premières minutes d’une éruption du Vésuve. La révision actuelle de ce plan d’urgence impose cependant l’objectif d’évacuer cette zone en 3 jours.

La deuxième zone géographique délimitée autour du volcan (en jaune sur le schéma) comprend quant à elle 1 million d’habitants sur 1100 km². Elle est susceptible d’être affectée par plus de 300 kg de retombées pyroclastiques* par mètre (cendres et lapilli*). Mais contre toute attente, le plan d’urgence estime que seulement 10 à 20% de cet espace est réellement en danger, si on s’en réfère à l’éruption de 1631.

Enfin, la troisième zone (en bleu sur le schéma), recouvre près de 14 communes menacées à cause de leurs caractéristiques hydrogéologiques*.

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Zones à risques situées près du Vésuve. Crédit photo : Osservatorio Vesuvianole

Une sensibilisation peu présente dans les mœurs

Malgré l’élaboration de ce plan d’urgence, le laps de temps qui sépare les signes précurseurs de l’éruption proprement dite reste inconnu de tous… et ce facteur temps grossit un peu plus le risque que représente le Vésuve.

L’urbanisation italienne reste également l’un des enjeux les plus importants de l’éruption du Vésuve. Avec la mafia, on assiste depuis des années à une « urbanisation anarchique ». Ce terme renvoie aux constructions majoritairement mafieuses sur le territoire italien et, par conséquent, sur le territoire avoisinant le Vésuve.

Face à ce fléau, les autorités tentent de désengorger les pentes du Vésuve en attribuant des aides financières aux familles qui acceptent de quitter leur logement pour des zones moins risquées. Des initiatives qui ne convainquent pas à l’unanimité, tandis que les constructions en « zone rouge » se multiplient.

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La ville de Naples surplombée par le Vésuve. Crédit photo : glogog – flickr

Naples, la nouvelle Pompéi ?

Bien que le Vésuve soit un danger reconnu, Naples est menacée par un autre volcan, et même super-volcan : Le Campi Flegrei. Avec un diamètre de 13 km et une situation géographique alarmante, il représente une véritable menace pour la ville. En montrant des signes d’activités, il inquiète les scientifiques. Le cratère endormi depuis 1538 serait en train de se réveiller. Si le Campi Flegrei entre en éruption, un million d’italiens seront menacés. Le danger est donc bien présent car rappelons le, la dernière éruption de cette montagne à été mesurée à 7 sur 8 sur l’échelle VEI (Indice d’Explosion Volcanique).

Entre pizzas et dangereuses éruptions, les napolitains ont visiblement fait leur choix. A leurs risques et périls.

Glossaire

Eruption plinienne : on l’appelle ainsi car c’est celle qui a touché le Vésuve le 24 août 79 avant JC et que l’historien Pline Le Jeune a décrite dans une lettre à Tacite. Le magma étant visqueux, le gaz a du mal à s’en échapper. Cela entraîne une explosion qui va parfois jusqu’à détruire le volcan lui-même, du fait de la pression exercée, créant ainsi une caldeira. Les cendres sont expulsées et s’étendent parfois dans le ciel sur des dizaines de km de hauteur. Lorsqu’elles retombent, les cendres dévastent les flancs du volcan à des kilomètres à la ronde.

Eruption subplinienne : éruption de type plinienne mais de puissance inférieure. La colonne est moins haute et les débris s’étendent sur une surface moins vaste. C’est le type d’éruption qui a touché le Vésuve en 79 après JC.

Caldeira : lors des éruptions explosives, le volcan lui-même explose et s’effondre sur lui-même, à l’endroit où se trouvait la chambre magmatique, formant ainsi une dépression en lieu et place du volcan.

Volcan effusif : lorsque les magmas sont très liquides et que le gaz s’échappe facilement. La lave s’écoule parfois à plus de 100 km/h.

Volcan explosif : le magma est très visqueux, que le gaz circule mal, ce qui entraîne des explosions dangereuses.

Stratovolcan : édifice volcanique composite, de longue durée, de forme plus complexe qu’un simple cône, constitué par une alternance plus ou moins régulière de coulées de lave et de couches pyroclastiques de compositions variées.

Colonne éruptive : nuage majoritairement composé de cendres volcaniques et de gaz volcaniques chauds s’élevant en altitude au dessus d’un volcan lors d’une éruption.

Coulée pyroclastique : certaine forme de glissement de terrain provoquée par les éruption volcaniques. Vague de lave issue d’un volcan en éruption.

Fumerolles : gaz et vapeurs émis par les volcans au voisinage du cratère, à l’ouverture des crevasses ou à la surface des coulées de lave.

Pyroclastiques : roches composées de matériaux volcaniques.

Lapilli : fragments de lave éjectés par les volcans.

Hydrogéologie : science qui étudie les eaux souterraines.

Scories : roches volcaniques poreuses, fragment de lave qui s’est solidifié dans l’air lors d’une éruption explosive.

Adeline Mullet, Juliette Pietraszewski, Rachel Pommeyrol, Julia Grouz