Katrina : une catastrophe évitable ?

 

En 2005, l’ouragan Katrina s’abattait sur la côte Est des Etats-Unis causant la mort de plus de 1800 personnes et provoquant des dégâts considérables sur les infrastructures. La Nouvelle-Orléans fut l’un des endroits les plus touchés du fait de certaines failles en matière de prévention bien que les ouragans soient des phénomènes récurrents sur le sol américain. Retour sur l’une des plus grandes catastrophes naturelles qu’ait connue le pays. 

Les Etats-Unis : un territoire très diversifié

Le territoire américain est un immense modèle des divers climats et reliefs que l’on peut observer à travers le monde. En effet, le sol étasunien abrite de multiples climats qui ont façonné les paysages, proposant ainsi une multitude de géographies au sein d’un même territoire. Les Etats-Unis disposent des 5 climats répartis sur l’ensemble de leur sol. Ainsi, les climats océaniques – tropicaux – arides – polaires et désertiques sont observables par exemple en Oregon, à Hawaii, dans l’Utah, en Alaska et en Arizona.

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En plus d’avoir tous les types de climats sur son territoire, les Etats-Unis disposent d’une géographie très diversifiée en fonction du climat de la zone. De ce fait, l’intérieur du pays se caractérise par de nombreuses plaines et plateaux drainés par un ensemble fluvial (Mississipi et Missouri), permettant une agriculture intensive. Au nord, se situent les Grands Lacs, importante voie de navigation et où l’on retrouve un climat soumis au masses d’air polaire en hiver. L’extrême nord (Alaska) est quant à lui caractérisé par un climat polaire et où de nombreux volcans sont encore en activité. L’ouest américain est caractérisé par des chaines de montagnes et un risque sismique et volcanique. Les régions du sud sont quant à elles sujettes au cyclone et sont soumises à un climat subtropical humide. Enfin, la côté atlantique est très contrastée avec des températures très variées en fonction des saisons.

Ainsi, avec un territoire aussi diversifié, les Etats-Unis sont souvent en proie à de multiples catastrophes météorologiques, comme ce fût le cas en 2005 avec l’ouragan Katrina que nous allons étudier.


A la Nouvelle-Orléans, le climat est subtropical. En d’autres termes, les hivers se montrent frais et les étés chauds et très humides, ce qui est propice à la formation d’ouragans. Ainsi, au cours de son histoire, la ville a été touchée en tout et pour tout 27 fois par des ouragans ou des inondations.

Parmi ceux-ci, Katrina tient une bonne place, et a profondément remis en question l’hyperpuissance des Etats-Unis. Sa violence laisse deviner l’importance des dégâts subis par les Etats touchés. Cependant, en dépit de la relative fréquence de ces phénomènes, les pouvoirs publics ont été quelque peu dépassés et mal préparés à cette catastrophe.

Une explication peut être mise en avant : l’obsession de l’administration Bush de mener la guerre contre le terrorisme, au détriment de la lutte contre les risques naturels, comme le précise Donna Miles, du Département américain de la défense.

Lors de la survenance de Katrina, les autorités n’interviennent qu’au dernier moment, de manière désorganisée, en raison de la confusion des pouvoirs publics locaux. Ce, malgré le fait que la catastrophe avait été annoncée.

Cette menace reste maîtrisée aux USA, car le sud du pays est assez souvent frappé par des ouragans et des tempêtes tropicales, notamment autour du golfe du Mexique. Elles se concentrent au cours d’une période s’échelonnant de juin à novembre. La Floride reste l’Etat le plus affecté, mais la Louisiane, le Texas et la Caroline du Nord en subissent aussi les conséquences.

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Contrairement aux apparences, Katrina ne fait pas figure de l’ouragan le plus violent. En effet, les ouragans Camille (catégorie 5) en 1969 ou Andrew (catégorie 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson) en 1992 le surpassent très largement. Il convient en revanche d’avancer que l’ouragan a anéanti la ville de La Nouvelle-Orléans, la 35ème ville du pays en 2005, comprenant 470000 habitants. Sa vulnérabilité ne faisait aucun doute, car elle était située dans une zone propice aux inondations. Et le dispositif de protection insuffisant n’arrange rien.

Une ville exposée aux risques naturels

Historiquement, la ville de la Nouvelle-Orléans a été construite dans une région marécageuse, le delta du Mississipi, bordé par le lac Pontchartrain et le golfe du Mexique, très affecté par les ouragans.  Elle se trouve dans une dépression naturelle, une sorte de « vallée », si bien que 80 % des zones urbanisées sont situées sous le niveau de la mer.

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 Ces dernières sont donc très vulnérables face aux inondations. Aussi, ce problème a été accentué de par le développement économique de la Nouvelle-Orléans au début du XXème siècle. Des terrains réputés inconstructibles ont été aménagés sans aucun appui d’un quelconque plan local d’urbanisme ou d’un contrôle gouvernemental. Ceux-ci étaient censés s’assurer de la viabilité de ces zones, mais aussi de l’efficacité du système de drainage, composé de trois canaux aboutissant dans le lac Pontchartrain.

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Inondée en 1927, en 1965 avec l’ouragan Betsy, Camille en 1969 Georges en 1998 et Lilli en 2002, cette vulnérabilité saute aux yeux.

Un dispositif de protection dépassé et peu efficace

Pour se prémunir contre la montée des eaux, la ville a mis en place un important dispositif de sécurité, sous l’égide de deux agences : la Sewerage and Water Board (SWB), en charge des canaux de drainage, ainsi que l’Orleans Levee District (OLD), construisant les digues. Mais, dès 1965, les dégâts causés par Betsy révèlent vite les limites de ces mesures. Des digues supplémentaires sont érigées le long du lac Pontchartrain et des murs le long des trois canaux de drainage traversant la ville sont construits. Le tout, chapeauté par le Génie militaire.  L’entretien de ces systèmes est partagé entre l’OLD, qui entretient les digues, le SWB qui s’occupe des canaux de drainage. Quant au financement des travaux, il provient de l’administration fédérale et des autorités locales.

Durant 40 ans, le Génie militaire accroît la construction de digues, pour un investissement de 650 millions de dollars. Mais il n’a été réalisé qu’à 75 % en 2005, faute de crédits fédéraux. Ces soucis budgétaires ont conduit les autorités à opter pour des solutions économiques, sans tenir compte des normes de sécurité. Résultat : la plupart des digues seront rasées, entraînant une inondation rapide de la ville.

Un manque d’entretien se faisait également sentir. La division des tâches étant trop importante et les coûts trop élevés, les autorités locales refusaient de financer ce dispositif. L’hétérogénéité de ce dernier, en raison de la trop grande division de sa gestion, a occulté la menace.

Image 4.jpgCrédits : Vincent Laforet/The New York Times

Or, le système de digues n’a pas résisté car il a été conçu pour ne résister qu’à des ouragans de force 3 sur l’échelle de Saffir-Simpson. Ce choix a été motivé pour des raisons économiques et de par une étude de risques, qui a révélé que seul un ouragan de la sorte allait toucher la ville. Si cet ouragan était de force 4 ou 5, les digues seraient soit recouvertes par le raz-de-marée ainsi provoqué, soit partiellement détruites, engendrant l’inondation du secteur.

Par ailleurs, aucun dispositif d’alarme ni de surveillance les équipait, afin de pallier à la montée des eaux ou détecter un défaut dans le système de protection.

Une menace prise en compte mais incomprise

En décembre 2003, selon la CNN, le président Bush avait sommé le Département de la Sécurité Intérieure –Department of Homeland Security (DHS) de lister les menaces graves pour la sécurité du pays. Des scénarios catastrophes étaient alors proposés. Outre les attaques terroristes par des armes de destruction massive, un ouragan violent atteindrait le sud des USA, provoquant une inondation et un millier de morts, au vu d’une évacuation partielle et anarchique de la ville. L’économie locale en serait donc impactée.

Dès 2004, ce scénario entrait en ligne de compte d’un exercice dénommé Pam. Il consiste à modéliser un ouragan sur ordinateur, pour en étudier ses effets. Ainsi, les services d’urgence et les autorités locales devaient y répondre de manière claire et organisée, en fonction de leurs moyens. Suite au passage de Georges en 1998, la Nouvelle-Orléans avait été évacuée de manière chaotique. Les servies de police et de secours étaient alors conscients de leur manque de préparation, selon Thierry Montbrial, journaliste au Monde.

Puis venait le temps de l’exercice en conditions réelles. Résultat ? Plus de 62000 personnes sont mortes (de manière fictive), 500000 se sont retrouvées sans-abri tous les services d’urgence, les autorités locales se sont alors concertés pour trouver une solution viable. Mais l’agence fédérale de gestion des situations d’urgences, la FEMA, n’a pas pu s’impliquer autant que prévu, faute de moyens, d’après Christopher Cooper, auteur du livre : Disaster : the failure of Homeland Security, paru aux éditions Times Books.

Aussi, l’exercice n’a pas été réellement pris au sérieux, notamment du point de vue du retour des habitants dans la ville, l’hébergement des réfugiés, l’approvisionnement en vivres et la protection de la ville contre les pillages. Malgré un plan d’amélioration des capacités d’évacuation, ayant sauvé 1,2 million d’habitants dans les 48 heures précédent Katrina, rien n’a été fait pour ceux n’ayant pas eu cette chance. La promesse de renforts fédéraux n’a jamais été tenue, et l’Etat de Louisiane ne s’attache pas à améliorer les opérations de sauvetage, l’évaluation des dégâts, l’évacuation des habitants, les abris de fortune, ainsi que le déblaiement. Aucun centre de commandement unifié n’a été mis en place par l’Etat, entraînant un manque de coordination de la part des services.

56 heures avant la catastrophe, la trajectoire de l’ouragan est déterminée avec précision par le National Weather Service, laissant ainsi le temps aux autorités de se préparer au pire. Malgré cela, une « paralysie de l’initiative » se produit, les acteurs concernés étant incapables de se coordonner.


Qu’est-ce qu’un ouragan ?

Un ouragan est le résultat d’une dépression atmosphérique, causant des vents si forts qu’on les classe avec une échelle différente de celle des tempêtes appelée l’échelle de Saffir-Simpson qui regroupe 5 catégories de puissance.

Aussi appelés cyclones, typhons et hurricanes, ces phénomènes météorologiques ne se produisent que lorsqu’un certain nombre de conditions sont réunies à savoir :

  • une température de surface, c’est à dire sur 50 mètres de profondeur supérieur à 26°C, c’est d’ailleurs pour cela que les ouragans naissent en zone tropicales et subtropicales
  • la présence de perturbations orageuses déjà existantes donc une ascendance d’air chaud
  • il naît entre 10° et 20° au Nord ou au Sud de l’équateur afin que la force de Coriolis puisse s’exercer et donner ainsi le mouvement tourbillonnaire de l’ouragan
  • des vents non cisaillants, donc sans variation de vitesse et de direction du vent

Quelles sont ses caractéristiques ?

Moins gros qu’une tempête hivernale, l’ouragan fait tout de même entre 500 et 1000 kilomètres de diamètre avec un oeil (centre) de 30 à 150 kilomètres où à l’inverse du reste de l’ouragan règne le calme et où les nuages et le vent sont calmes voire inexistants de par la montée en altitude de l’air chaud.

Des températures plus fraîches et des vents très violents allant jusqu’à plus de 250 km/h dans les pires cas, sont des caractéristiques de l’autre partie d’un cyclone.

On estime la durée de vie d’un cyclone entre 8 et 10 jours, moment où le phénomène tourbillonnaire approche/entre en contact avec la terre et perd donc son apport en vapeur d’eau chaude.

L’une des conséquences la plus importante en ce qui concerne un ouragan est l’effet de “marée de tempête” pouvant élever de 12 mètres le niveau de la mer dû aux pressions atmosphériques.

Que se passe-t’il lors de la formation d’un ouragan ?

Lorsqu’un ouragan se forme, la surface de l’eau est supérieure à 26° donc chaude, ce qui provoque l’évaporation de l’eau, vapeur qui puisque plus chaude va naturellement monter en altitude entrant en contact avec d’autres températures et pressions qui elles, sont plus basses. C’est là qu’une perturbation se créée. La vapeur reprend sa forme liquide, laissant place à des nuages qui renferment eux mêmes la chaleur libérée par la vapeur. L’air chaud continue de monter en altitude, aspirant l’air en basse altitude. Cet effet d’aspiration accélère les vents compris au sein même de l’ouragan, et notamment dans le “mur”, l’endroit le plus dangereux dans cette formation.

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Un ouragan d’une rare violence

C’est le 23 août 2005 qu’est apparu aux larges des côtes américaines l’un des ouragans les plus violents de son histoire. Parti d’une dépression tropicale combinée avec une onde tropicale au niveau des Bahamas, l’ouragan va progressivement remonter vers le nord, en passant par la Floride et le Golfe du Mexique avant d’atteindre les côtes de la Nouvelle Orléans le 29 août 2005. Après avoir atteint une intensité de 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson, il descendra à 4 lorsqu’il frappera la Nouvelle-Orléans.

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Avec un diamètre de 650 kilomètres, dont 40 kilomètres pour l’œil du cyclone et des vents atteignant plus de 250 km/h, l’ouragan Katrina sera bien plus puissant que Rita, celui qui frappera de nouveau les Etats-Unis quelques semaines plus tard. Après avoir pénétré dans les terres de Louisiane, l’ouragan se dirigea vers le Mississipi et le Tennessee, puis effectuera sa transition en un cyclone extratropical près des Grands Lacs et à l’est de la frontière canadienne. Ceci engendrera des pluies diluviennes en moins de 12h avec des quantités d’eau allant de 50 à 100mm au Québec.

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Derrière son passage, Katrina a laissé une Louisiane d’habitude festive dans une désolation et un chaos monstrueux. La Nouvelle-Orléans sera inondée à 80 % sous plus de 6 mètres d’eau. Au total, 1836 personnes perdront la vie dans cette catastrophe naturelle, dont 1577 rien que dans l’état de la Louisiane.

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Un manque de préparation des autorités.

Pendant longtemps, la gestion des crises était du ressort des pouvoirs locaux, car seuls les gouverneurs des Etats ou les maires des villes doivent prendre les mesures nécessaires pour contrer les risques naturels. Dès les années 70, l’administration fédérale met en œuvre un outil de gestion des crises, la Federal Emergency Management Agency (FEMA), évoquée plus haut. Efficace pour son expertise dans la gestion des catastrophes naturelles, elle sera remise en question après sa fusion avec une nouvelle agence créée au lendemain du 11 septembre : le Department of Homeland Security ou DHS. Axé sur la lutte contre le terrorisme, il en oublie le combat contre les catastrophes naturelles.

Lorsque Katrina atteint la Nouvelle-Orléans, le 29 août 2005, le DHS n’était pas du tout prêt à gérer la situation. En effet, il est émaillé par des difficultés de commandement et une coordination quasi inexistante, si bien que sa capacité à intervenir se trouve compromise.

Image FEMA.pngCette obsession pour la lutte contre le terrorisme sera dénoncée par de nombreux Etats, dont la Lousiane. Ainsi, l’Etat a demandé des subventions pour améliorer l’équipement de la police et des pompiers, en particulier lors de l’achat de nouveaux bateaux utilisables au cours d’opérations de sauvetage. Mais l’Etat fédéral a fait la sourde oreille, car cette dépense ne concernait pas le combat contre le terrorisme, d’après David Heyman, directeur d’un programme de sécurité domestique aux USA.

Une complexité des agences gouvernementales…

Qu’importe, le président Bush tente de justifier l’intérêt du DHS via deux systèmes. Le premier, le National Incident management System fournit une base de coopération entre l’Etat fédéral, les Etats fédérés et les autorités locales en vue de se préparer aux crises intérieures, quelle qu’elles soient. Le second, le National Response Plan, est un plan d’action national visant à mettre en place une action politique nationale en vue de soutenir les autorités locales dans la résolution des crises, naturelles notamment. Cette complexité va passablement retarder l’efficacité de la mise en place des secours dans le cadre de Katrina. La FEMA (federal Emergency managment Agency) va également subir des baisses successives de subventions, des restrictions budgétaires liées à la sempiternelle lutte contre les actes terroristes, elle perd de son influence pour détecter, répondre et s’adapter aux situations d’urgence que les catastrophes naturelles engendrent, selon James Carfano, dans son étude de 2004 intitulée : DHS 2.0 : Rethinking the Department of Homeland Security”.

Les pouvoirs publics locaux vont finir par se montrer impuissants, au point d’être neutralisés et débordés par l’ouragan. Quant à l’Etat fédéral, il ne prend pas immédiatement conscience de la gravité de la situation, en intervenant que le 30 août, soit le lendemain de la catastrophe. Les communications étant coupées, impossible de coordonner les secours. Il faudra attendre l’intervention de l’armée pour reprendre en main la situation… Qui sera fatale

Déjà, peu après le passage de Katrina, les autorités locales ont dû tenter de gérer l’anarchie qui régnait. Malgré une évacuation de plus d’1,2 millions d’habitants de l’Etat, via des axes routiers, la Nouvelle-Orléans n’a pas suivi ce schéma.

Panneau indiquant une route d'Çvacuation (wikimÇdia)

De fait, son maire, Ray Nagin, n’a pas imposé l’évacuation immédiate de sa ville, en appelant à la volonté des habitants de le faire. Il finit par le faire 24 heures avant le passage de Katrina. Or, il ne prend pas en charge celle des plus démunis, dépourvus de moyens de locomotion ou d’argent pour payer le transport. Au lieu de cela, il leur propose de se réunir dans le Superdome, un stade qui n’est pas censé accueillir autant de réfugiés sur plusieurs jours. En outre, l’approvisionnement en vivres se révèlera vite insuffisant, comme le précisent Christopher Cooper et Robert Block dans leur livre : Disaster : the failure of Homeland Security. 

Aussi, il ne somme pas les habitants d’évacuer la ville, convaincu que l’ouragan épargnerait la ville. Les hôpitaux, les hôtels et les maisons de retraite ne le seront pas non plus. Les conséquences seront lourdes. Nagin est donc en grande partie responsable des victimes de Katrina.

Les moyens de communication et les centres de commandement seront submergés, interdisant les autorités d’intervenir rapidement. Aucun commandement ne peut s’organiser. Les trois Etats touchés par la catastrophe sont vite débordés et manquent de personnel. De fait, de nombreux habitants ne verront pas arriver une équipe de sauvetage avant plusieurs jours.

Le 31 août, il est décidé d’évacuer le Superdome, où s’entassent près de 25000 réfugiés. Le tout, sous l’égide de la Garde Nationale de la Louisiane, le représentant de la FEMA et le gouverneur de l’Etat, qui a fini par faire appel à l’armée pour mettre fin à la situation, mentionne Donna Miles, des forces armées américaines.

Cette dernière va rapidement sur le terrain, en participant à la recherche de survivants, en fouillant les maisons. Elle assiste les forces de l’ordre, absentes. Enfin, elle contribue à la distribution de vivres, au déblaiement des axes principaux, et à la remise en route des réseaux de télécommunications.


Quelles conséquences ?

En ce qui concerne les Etats-Unis, Katrina a été l’une des pires catastrophes naturelles que le pays ait connu. Les pertes humaines ont été plus considérables dans une des plus grandes puissances mondiales où la sécurité est un maître mot. 1836 personnes sont décédées dont presque 1600 en Louisiane seulement, pour la plupart des conséquences de l’ouragan, notamment à cause de la montée des eaux.

Avec un territoire inondé à 80%, les pertes sont tout aussi conséquentes au niveau économique puisque le coût matériel a été estimé à environ 150 milliards de dollars au moment des faits. Un chiffre qui à l’époque n’aurait dû être que provisoire. Plus encore, Nouvelle-Orléans a dû faire face à d’énormes pertes budgétaires puisque tous les célèbres festivals qui font l’économie de la ville durant la période estivale ont tous été annulés, causant le licenciement de plus de 3000 personnes.

Mais bien plus que des conséquences économiques et humanitaires, l’ouragan Katrina a causé le départ d’une majorité de ses habitants au moment des faits par manque d’abris à leur offrir. Les victimes s’entassant dans les zones inondées, le problème est aussi rapidement devenu sanitaire avec une inquiétude quant à la prolifération des maladies qui tue tout autant que la catastrophe en elle-même dans ce genre de cas. D’autant plus que les infrastructures de la ville avaient en partie été détruites et donc l’offre d’aide et de soins s’est vite avérée moindre quant à la demande.

Par la suite, l’ouragan a aussi prouvé que le pays n’était malheureusement pas encore débarrassé de ses vieux démons. En effet, la situation de la Nouvelle-Orléans a révélé un problème politique puisque la population noire qui constitue la majorité des habitants a pour ainsi dire était totalement ignorée, pire, le maire de la ville, Ray Nagin, avait même refusé l’aide de plusieurs organisations humanitaires.

Cette situation a rapidement laissé place à des tensions, pillages et autres crimes dans les rues de la ville où après la catastrophe se sont mêlés racisme et insécurités, la plupart des habitants s’étant retrouvés à la rue.

Et maintenant ?

Si la Nouvelle-Orléans a su se sortir de cette situation catastrophique notamment grâce à l’aide internationale et l’influence de célébrités. Elle n’en reste pas moins affaiblie sur certains points.

Le tourisme a redémarré attirant presque autant de touristes qu’avant et la gastronomie a récupéré une place encore plus importante que dans le passé avec 600 restaurants supplémentaires. Des entreprises se créent amenant ainsi 14 000 emplois pour la ville. La criminalité n’a jamais été aussi basse et les infrastructures aussi efficaces. La population avait diminué de 70% après l’ouragan avant de retrouver des proportions normales avec aujourd’hui plus d’ 1200000 habitants.

Cela dit certains chiffres sont à nuancer car la plupart des communautés noires, appauvries de la ville ont tout bonnement été forcées à l’exil. Leurs quartiers n’ayant pas été reconstruits par l’état ils ont été forcés de partir d’une ville qu’ils ont aidé à construire. Cette communauté a perdu pas moins de 115 000 habitants et les créations d’entreprises ont bien plus attiré les communautés blanches que les communautés noires. La situation notamment sur le plan social reste plus que tendue.

Théo Palud, Alexandre Genest, Nicolas Lefevre