Harcèlement sexuel : quand le scandale libère la parole

Depuis plusieurs semaines, les médias relayent en masse le scandale porté par le producteur américain Harvey Weinstein. Accusé d’harcèlement, d’agression sexuelle et de viol, les témoignages de célébrités déferlent et les réseaux sociaux s’insurgent.

StopHarcélementDeRue, association luttant contre le harcèlement de rue subi par les femmes, s’attèle à récolter la parole des victimes et à les conseiller sur les procédures légales à suivre. Selon Marine, membre de l’association, la société a encore bien trop de mal à associer harcèlement de rue avec harcèlement sexuel. Et pour porter plainte, reste encore à pouvoir prouver le harcèlement et vaincre l’angoisse de se rendre dans un commissariat. Elle déclare : « On voit que pour certaines personnes le harcèlement de rue c’est de la drague lourde, que les femmes veulent juste faire leur intéressantes. Il y a une véritable négation de ce que les femmes peuvent vivre au quotidien. » Pour faire évoluer les mentalités sexistes, Marine pense à l’éducation populaire. « Il n’y a qu’en sensibilisant les personnes au plus tôt qu’on arrivera à faire évoluer les mentalités et comportements sexistes et homophobes », dit-elle.

L’association, qui a suivi avec beaucoup d’intérêt l’affaire Harvey Weinstein, salue la prise de parole de femmes influentes sur un problème qui nécessite plus de reconnaissance. Si les victimes tardent généralement à se confier, c’est selon la bénévole par peur de ne pas être crues sur parole et d’être seules face à une personne qui détient le pouvoir. Elle ajoute, « Le fait d’être dans une société patriarcale met le coup de grâce, car la parole des femmes va être remise en cause et elles seront accusées de chercher la célébrité par ce biais »

Marine souligne également l’importance de la dernière tendance en cours, les « hashtags » #balancetonporc et #metoo lancés sur Twitter pour ouvrir la parole. Le harcèlement sexuel est aujourd’hui plus médiatisé que jamais. Sa crainte, c’est que l’effort s’efface avec le temps. Pour dévier l’effet de mode, il faudra mettre en place et prolonger des actions de prévention et de sensibilisation sur le long-terme. Le souhait de l’association serait la mise en place d’une campagne nationale pour mettre en lumière les associations qui luttent depuis des années contre le sexisme et le harcèlement en tout genre. Car des associations, il y en a, mais c’est leur manque de visibilité que leur fait défaut.

Dénoncer ensemble pour se faire entendre

Sur Twitter, le hashtag #Balance ton porc s’est répandu comme une traînée de poudre. C’est par ce biais que de nombreuses utilisatrices ont dénoncé les agressions et harcèlements sexuels qu’elles ont subis. Si, pour beaucoup, elles n’ont pas porté plainte, souvent par honte, ce mouvement a permis de libérer la parole. Une jeune femme, sous le pseudonyme de Boucles d’Or, a choisi de dévoiler les messages privés qu’elle reçoit.

Pour elle, ce mouvement vient aider celles qui gardaient ces parties de leur vie pour elles. « Là tout le monde en parle, on se sent uni(e)s et écouté(e)s, souligne « Boucles d’or ». Pour une fois, on fait du bruit, et j’ai bon espoir pour que ça dure plus de quelques jours. »  D’autres femmes, plus nombreuses, racontent directement l’agression qu’elles ont vécue. Il y a 15 ans, Ambre a dû faire face à son professeur d’auto-école. Il lui a demandé de se garer avant de se jeter sur elle. A 18 ans, elle est rentrée à pied sans jamais porter plainte, ce qu’elle regrette aujourd’hui. « Nous étions tous les deux dans la voiture, sa parole contre la mienne, cette expérience ne m’a pas traumatisée, souligne Ambre. Par contre, souvent j’ai pensé aux autres jeunes filles qui ont pu passer leur permis avec lui et j’ai culpabilisé de n’avoir rien dit. »  Si les femmes ne portent que très rarement plainte, – 6% des victimes estimées en 2014 – c’est surtout à cause d’un sentiment de culpabilité. Pourtant, c’est un sentiment qui devrait changer de camp mais qui ne se fera pas sans action : « Il y aura toujours des hommes malades, mais le véritable enjeu est de savoir comment les femmes se positionneront, souligne Ambre.  C’est à nous d’imposer les limites de l’acceptable. La plupart de ces messieurs ne le feront pas pour nous. »

Sur Twitter, on regrette également le manque d’encadrement par le gouvernement, ce qui pourrait freiner la volonté de certaines femmes de porter plainte. Avec des situations où seule la voix de l’agresseur fait face à celle de la victime, avec des forces de l’ordre peu formées à ce type d’agression, « Boucles d’or » souhaiterait « un durcissement de la loi quant au harcèlement sexuel, la police à l’écoute, et surtout, surtout, l’éducation dès le plus jeune âge ». La twittos continue de porter la voix des femmes qui n’osent pas en parler en publiant des témoignages anonymes sur son compte. Face à une gêne toujours présente après une agression ou un harcèlement, les femmes et hommes ayant vécu ces situations semblent alors se soutenir pour dénoncer d’une seule voix leurs agresseurs.

 

Pauline Leclercq et Charlotte Lairé