« Le lien entre le glyphosate et le cancer est loin d’être clair » estime un agriculteur

Son homologation expire mi-décembre. Pourtant, les pays membres de l’UE n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le glyphosate. Le 9 novembre dernier, 28 experts représentant les pays membres s’étaient réunis pour examiner la proposition de la Commission Européenne de reconduire l’homologation de l’herbicide à 5 ans, soit moitié moins que la première proposition qui avait été rejetée 15 jours auparavant. La France n’a jamais donné son accord, elle qui dispose d’un vote crucial car dit « de majorité qualifiée». Elle penche pour une « sortie » du glyphosate en 3 ans maximum, mais les positions de plusieurs cadres du gouvernement sont divergentes. Toujours est-il qu’en Europe, entre renouvellement plus court et interdiction totale, le débat cale.

  • Quelles sont les origines ?

 

Personne n’en avait entendu parler avant l’aube du deuxième millénaire. Caché dans l’herbicide le plus connu des agriculteurs, le Roundup depuis 1974, le glyphosate était manié sans tracas dans nos exploitations. Fruit d’une production venue directement des States, par le géant des biotechnologies agricoles Monsanto, le glyphosate est un herbicide qui agit entouré de tensioactifs. Cette période faste est révolue. En 2015, le Centre de Recherche Internationale contre le Cancer classe l’élément comme « potentiellement dangereux ». Il n’en fallait pas plus pour affoler l’opinion publique et faire battre de l’aile l’effet papillon. Les ONG et les industriels en ont fait leur ring, rendant le sujet extrêmement sensible, politiquement parlant. Mais il faut ici étayer le propos. Ne pas se ranger dans un camp ou dans un autre sans en connaître les enjeux, la réelle toxicité et les alternatives. Si nous savons quelle place veut réserver la France au glyphosate, nous ne connaissons pas les répercussions réelles sur les exploitants agricoles, ni les alternatives à l’herbicide. Pour nous aider à comprendre, nous avons rencontré Régis de Becquincourt, grand agriculteur de la Somme, et président du CETA, un organisme qui préconise des solutions techniques, chaque année, compte-tenu des récoltes obtenues dans la région des Hauts-de-France.

  • « Notre agriculture est la plus saine au monde »

 

Le gérant de l’une des plus grosses exploitations de la région regarde de près ce qu’il appelle en souriant le « glyphosate-gate ». Il serait dur pour les exploitants de voir disparaître d’un seul coup l’un des seuls herbicides présents sur le marché, Régis ne l’envisage même pas : « il est impossible que les pays membres de l’UE s’entendent sur une sortie définitive dès cette année. Que ferions-nous des stocks à écouler ? Nous ne pourrions même pas le revendre à quiconque. Par quoi le remplacerions-nous ? Et combien va nous coûter le laps de temps qu’il nous faudra pour nous réorganiser via un autre produit ? Ce que je vois pour l’instant, c’est que notre agriculture et la plus saine du monde et n’a pas d’équivalence en Europe. Il faut en être fier plutôt que d’essayer de nous mettre des bâtons dans les roues ». L’autre géant des biotechnologies agricoles, Bayer, a également son produit herbicide. L’ogre européen commercialise le « Finale », concurrent direct du Roundup. Dedans, on y trouve le glufosinate d’ammonium, associé à des solvants. Des études ont déjà montré que l’exposition à ce produit engendrerait des chances accrues de natalité autiste… D’ailleurs, le toxicologue Jean-François Narbonne l’avait précisé au Huffpost : « que les choses soient claires, un pesticide non toxique, ça n’existe pas. »

  • Le gly – « flou » – sate

 

Les agriculteurs sont dans le flou devant ces rebondissements. Mais tout ce qui touche au glyphosate semble pénétrer automatiquement dans un épais brouillard. Ne serait-ce que la position du gouvernement. Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture désire une reconduction de 5 à 7 ans tandis que Matignon évoque un maximum de 4 années. Le ministre de la transition écologique Nicolas Hulot prend donc position pour 3 ans, mais aucune clarté n’est de mise dans son envie de « sortie ». Est-ce une sortie définitive, un sortie progressive… ? « J’aimerai savoir pourquoi le glyphosate déchaîne tant les passions depuis plusieurs années, sans que personne ne puisse être sur la même longueur d’onde. Au sein même du gouvernement il existe des divergences et sur l’échelle européenne, je n’en parle même pas. Et le lien entre le glyphosate est le cancer est loin d’être clair, lui non plus ». En effet, Régis a raison. Une récente étude a constaté l’absence de liens entre l’utilisation de glyphosate et l’apparition de cancers. C’est l’Agricultural health study qui en est à l’origine et dont son indépendance vis-à-vis de Monsanto n’est pas à remettre en cause. Elle a suivi sur 2 à 5 ans 50 000 agriculteurs américains classés en cinq groupes selon l’exposition au glyphosate. Or, sur cette même période, le nombre de cancers survenus est sensiblement le même quel que soit le groupe.

  • « L’opinion publique se soucie uniquement de ce qu’elle a dans son assiette, sans se soucier de comment c’est arrivé là »

 

Alors, pourquoi l’opinion publique en est arrivée là ?  « C’est évident. L’opinion publique peut paniquer à la moindre classification qui concerne le cancer et je les comprends. A la base, les centres de recherche qui publient ce genre de cas, comme avec le glyphosate, devraient être sûrs et devraient surtout éviter les classifications de « probablement cancérigène » car cela ne veut rien dire. L’opinion publique n’ira pas vérifier. Elle se soucie uniquement de ce qu’elle a dans son assiette, sans se soucier de comment c’est arrivé là. » Régis ne digère pas les études qui sont publiés en évoquant des doutes sur elles-mêmes. Le terme « probablement cancérigène » serait finalement une étude non aboutie, publiée quand même, avec son lot de commentaires et de réactions dépassant «probablement» le raisonnable.