« Cumbia Villera » : le rap argentin rencontre un écho à Lille

Tombée dans l’oubli il y a encore cinq ans, la « Cumbia Villera », un genre de musique sud-américaine, a commencé à revenir sur le devant de la scène, notamment en France. Pour quelles raisons la Cumbia Villera a-t-elle suscité l’intérêt du public ? Explications.

D’un point de vue étymologique, le terme de « Cumbia Villera » est une contraction entre la « cumbia », qui se présente comme une danse traditionnelle sud-américaine, plutôt folklorique ; et l’adjectif « villera », qui signifie « populaire ».  D’ailleurs, le genre provient des quartiers populaires d’Argentine. Il a émergé durant les années 1990, pendant une période de déclin économique et social, malgré l’introduction d’une économie libérale florissante.

Seules les classes les plus aisées profitent de la croissance et des richesses, si bien qu’un clivage important se produit entre les plus riches et les plus défavorisés.

Une montée en puissance explicite

Dès 1999, cette situation devient intenable pour les classes les plus modestes. Par conséquent, les musiciens deviennent les porte-paroles des plus démunis. Ainsi, la « Cumbia Villera » emploie le vocabulaire de la rue, dit « langage gangsta ». Les artistes abordent la vie quotidienne des villas miserias, ou des bidonvilles, marquée par la pauvreté et la misère. Une certaine défiance envers l’autorité publique, comme la police, est palpable.

Musicalement parlant, la « cumbia villera » mise sur l’utilisation des synthétiseurs à foison, tout comme les effets sonores et les basses. Par ailleurs, le genre s’inspire fortement de la cumbia, la musique traditionnelle sud-américaine, mais également du reggae, du ska et de la dance.

Origines argentines obligent, le genre est fortement influencé par le rock punk argentin, en particulier le groupe Viejas Locas.

Au fil des années, des mélanges sont apparus, comme la cumbia rapera, plus proche du rap. Bajo Palabra surfe sur cette vague.

Un succès florissant dans les années 2000…..

Dès les années 2000, la cumbia villera devient populaire en Argentine, avec le groupe Los Guedes, ou les « Ennuyeux » en français. Considérés comme les pionniers du genre, ils inspireront des rappeurs comme Guachin. A partir de 2001, le contexte de crise économique contribuera au succès de ce genre éclectique, aussi bien en Argentine que sur tout le continent sud-américain.

Yerba Brava va se faire connaître à ce moment là, avec l’album « 100 % Villero ». Dans la même trempe, Pibes Chorros va sortir « Solo le prido a dios ».

….mais qui va subir un coup d’arrêt

En 2003, la « cumbia villera » va subir un coup d’arrêt en Argentine, en raison de l’élection de Nestor Kirchner. L’amélioration de la situation économique était également palpable. De fait, le COMFER, le CSA argentin, fait interdire la « cumbia villera », qui détonne au milieu de la prospérité. Toutefois, le genre reste populaire auprès des classes populaires, jusqu’à aujourd’hui. En termes de diffusion, des webradios diffusent la « cumbia villera » sur Internet.

Et en France ?

En France, notamment à Lille, une discothèque, le Latina Café, propose une programmation musicale sud américaine. « Outre la samba et le tango, on propose la cumbia, danse traditionnelle sud américaine, mais aussi de plus en plus la cumbia villera », témoigne Nibaldo Alvarez Mesa, gérant de l’établissement. « Ce « rap » argentin attire de plus en plus d’adeptes, et se veut être une alternative au rap US », explique-t-il.

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Le Latina Café propose une programmation musicale sud américaine. Crédits: Google Maps

« On propose également des cours de salsa, posada ou bachata. Par contre, la cumbia villera étant plutôt « nouvelle » en France, aucun cours n’est dispensé. En effet, danser sur ce genre de musique peut s’avérer compliqué », plaisante le gérant.

Le club est ouvert du mercredi au samedi dès 20 heures. « On peut siroter un mojito en dansant la salsa. La cumbia villera gagnera ses lettres de noblesse d’ici quelques années », termine Nibaldo Alvarez Mesa.

Alexandre GENEST