RCEA : cette route nationale est-elle trop dangereuse ?

RCEA. Ces quatre lettres désignent la Route Centre Europe Atlantique ou la RN79, traversant la France d’Est en Ouest. Près de 10000 véhicules l’empruntent chaque jour, dont de nombreux poids lourds. Cela suscite donc une certaine appréhension au sein de ses usagers, au vu des nombreux accidents qui s’y produisent, souvent mortels.

Des automobilistes aux professionnels de la route, tous s’accordent à considérer cette route comme dangereuse, voire mortelle. « Cette route m’inspire une chose : la galère et la peur », témoigne Audrey, une automobiliste qui emprunte la N79 une fois par mois. « Comme j’ai de la famille dans la Nièvre, je n’ai pas d’autre choix que de passer par là », explique la jeune femme. Elle souligne la circulation dense. « Il y a beaucoup de camions, qui ne respectent pas toujours les distances de sécurité, par exemple. Surtout, ils passent à quelques centimètres de vous sur les portions à double sens de circulation », s’angoisse-t-elle. Puis, elle explique que les « créneaux de dépassement sont peu nombreux. Ca énerve les automobilistes, qui prennent des risques inconsidérés ».

Audrey dénonce aussi le manque de sécurisation de la RCEA. « On retrouve pas mal de radars, mais mal placés. Dans les virages dangereux, il n’y en a pas », dénonce-t-elle. Elle a l’impression que « seule la politique du chiffre compte, au détriment de la sécurité ».

Selon elle, la solution serait de transformer la RCEA en autoroute. « Une concession avait été faite à APRR (les Autoroutes Paris Rhin Rhône, NDLR), afin d’étendre la 2 x 2 voies sur tout le tracé. Mais pour l’instant, rien ne bouge », se désole-t-elle.

La RCEA est l'une des routes les plus dangereuses de France.
La RN79 compte de nombreux virages dangereux, comme celui-ci. Les usagers se croisent à quelques mètres seulement les uns des autres. Crédits: Alexandre Genest

Des routiers apeurés

Du côté des routiers, « le ressenti est toujours le même : la peur », explique Quentin Laurent, routier chez les Transports Depaew depuis deux ans. Il emprunte cette route « de temps à autre, au cours de certaines missions de fret ». Cependant, il a ses astuces bien à lui pour se rassurer. « Lorsque j’y conduis, j’éloigne toutes les sources de distraction, notamment le téléphone ou la radio. Je me concentre à fond », se justifie-t-il. « Le danger peut venir de nulle part : une voiture ou un camion qui dévie de sa trajectoire, la somnolence… », énumère Quentin.

Pour solutionner tout cela, il suffirait d’une chose : « changer les comportements des usagers, routiers ou automobilistes », suggère-t-il. « La plupart prennent des risques, qu’ils le veuillent ou non. Et ce ne sont pas les radars qui vont changer quelque chose. Seule la prévention peut faire la différence », martèle-t-il.

Des professionnels soucieux du danger de cette route

Or, parfois, l’accident semble inévitable. C’est alors que Bernard Devillard entre en action. Spécialisé dans le dépannage, le remorquage et le relevage de poids-lourds (et de voitures, NDLR), il travaille sur la RCEA depuis plusieurs décennies. « Je ne rappelle jamais assez combien cette route peut être meurtrière », affirme-t-il. « Souvent, les accidents les plus marquants sont les chocs frontaux entre une voiture et un poids-lourd, voire entre deux poids-lourds », explique-t-il. Les dégâts occasionnés sont souvent impressionnants, « que ce soit du point de vue humain ou matériel », dénonce-t-il. D’ailleurs, une tragédie l’a particulièrement marqué.

« Le car de Portugais qui s’est renversé il y a un an, ça m’a vraiment ébranlé », se souvient-il. « Cinq passagers sont morts, et une vingtaine d’autres ont été blessés. Même en étant habitué à cet axe, on ne peut pas oublier cette catastrophe », précise Bernard Devillard.

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L’autocar impliqué dans l’accident mortel de janvier 2017. Crédits: Creusot infos

Au final, il rejoint le point de vue des automobilistes et des routiers concernant les améliorations à apporter. « L’élargissement à 2×2 voies est primordial et est en cours. Malheureusement, il s’effectue par phases. De fait, de nombreuses portions restent extrêmement dangereuses », termine le dépanneur.