80 km/h : les automobilistes forcés de lever le pied, tapent du poing sur la table

L’abaissement de la vitesse maximale autorisée sur les routes secondaires de 90 à 80 km/h prendra effet à compter du 1er juillet 2018. Cette nouvelle réforme suscite de nombreuses réactions chez les automobilistes et députés, entre ceux appelant à des mesures fortes et ceux dénonçant des mesures inefficaces.

Édouard Philippe l’avait annoncé le 9 janvier dernier, lors d’une conférence de presse à l’issue du Comité Interministériel pour la Sécurité Routière (CISR) : sur les routes secondaires françaises, il faudra désormais ralentir et rouler à 80 km/h. Mercredi 7 mars, Benjamin Griveau, porte-parole du gouvernement, a confirmé l’application officielle de cette mesure sur l’ensemble du pays « Je rappelle qu’il est question de sauver des vies » a-t-il insisté. Depuis son annonce, la mesure a provoqué beaucoup de réactions auprès des automobilistes.

Un problème de comportement et non de vitesse

Si l’Association Prévention Routière se « félicite que la mortalité routière soit une priorité pour le gouvernement », tout comme la Fédération internationale de l’Automobile, la majorité des automobilistes dénonce une réforme inutile et coûteuse. Beaucoup pense que ce n’est pas un problème de vitesse mais bien de comportement, à l’image de Matthieu, 34 ans « Je conduis tous les jours sur des routes à 90 km/h pour me rendre à Lille. Et pour le voir quotidiennement, le problème vient des automobilistes eux-mêmes. Personne ne respecte les distances de sécurité par exemple. Je ne suis pas sûr que cette mesure change quoi que ce soit ». Un avis partagé par l’Association 40 millions d’Automobilistes qui a été l’une des premières à réagir à cette mesure, se disant fermement opposée à « ce projet absurde dont on ne peut espérer aucune amélioration en termes de sécurité routière ».

Une mesure de sécurité oui, mais surtout une mesure qui rapporte

L’un des principaux arguments contre ce projet est son coût. En effet, s’il faut changer la limitation de vitesse, il faut changer aussi les panneaux sur les quelques 40 0000 km de routes concernés, soit un prix estimé de 5000 à 10 000€. Pour Franck Loue, responsable du Pôle sécurité routière de l’Automobile Club du Nord « Il y aura des remplacements de panneaux à faire mais à partir du moment où l’abaissement de la vitesse est instaurée comme règle générale il n’y a pas besoin de panneaux à chaque intersection ». Mais au-delà de ce qu’elle coûte, cette mesure rapporterait beaucoup à l’État. Plusieurs études et calculs ont déterminé que le gain est estimé à 230 000€.

Les députés eux aussi se mobilisent. Ce lundi 12 mars, Les Républicains ont démarré une campagne contre le projet, une « preuve » selon eux que « la fracture territoriale est entretenue par le gouvernement ». Avant eux, 26 députés de tous bords politiques ont communiqué une lettre ouverte adressée au Premier ministre en guise de protestation.

Charlotte HUGUERRE