SOS hôpitaux en détresse

Les reproches envers les conditions de travail pour le personnel médical et de vie pour les patients dans les hôpitaux ne sont pas nouveaux. Depuis quelques années pourtant, ils ne font que se renforcer. Les moyens financiers trop faibles sont mis en cause dans les manifestations qui secouent la France depuis le début de l’année.

 La première manifestation, le 30 janvier dernier, a débouché sur une augmentation de l’enveloppe budgétaire du ministère de la santé à destination des Agences régionales de santé. Pourtant, ces efforts ne semblent pas suffisants pour les soignants puisqu’une nouvelle manifestation d’ampleur nationale les a conduits dans la rue le 15 mars.

 En plus des conditions de travail du personnel, certains services et même des hôpitaux de proximité sont menacés de fermeture afin de faire des économies. Face aux revendications du personnel, Edouard Philippe a présenté un plan de financement concernant le domaine de la santé.

Urgence dans les EHPAD

Plusieurs centaines de manifestants étaient rassemblés Place de la République, à Lille, jeudi 15 mars, pour protester contre les conditions de travail et de vie dans les EHPAD.

Jeudi 15 mars, les syndicats représentant les personnels soignants des Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ont manifesté à Lille. En cause : des conditions de travail alarmantes de par le manque de moyens ; des conditions de vie précaires pour les personnes placées en EHPAD.

Un dialogue de sourds avec le gouvernement

 “ Depuis cinq ans, la situation des EHPAD s’est dégradée, explique Gervais Debaene, responsable départemental de la CGT santé. « Les conditions de travail n’ont plus rien à voir, les conditions de vie des résidents non plus. ” Ce cri d’alarme n’est pas le premier. Le 30 janvier dernier déjà, les syndicats s’étaient réunis dans un mouvement national de grande ampleur. Suite à ces manifestations, Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, avait annoncé une augmentation de 50 millions d’euros de budget alloué aux Agences régionales de santé (ARS) pour les EHPAD. A elles ensuite de redistribuer cet argent en fonction des difficultés de l’un ou l’autre des établissements de la région. Une enveloppe bien trop faible, selon Gervais Debaene, qui estime que quatre milliards d’euros seraient nécessaires pour créer 100 000 postes.

 Autre mesure du gouvernement pointée du doigt lors de la manifestation, la convergence tarifaire, votée en 2008, mais qui devrait seulement être appliquée d’ici quelques mois. Les tarifs des soins seraient établis au niveau national. Les établissements de soin ayant des tarifs plus élevés devraient les réduire. Lors du vote de la loi, elle avait pour but de faire baisser le déficit de la sécurité sociale en réduisant les frais de remboursement des soins. L’application de cette mesure représenterait, selon le responsable départemental de la CGT Santé, un manque à gagner de 200 millions d’euros pour les EHPAD. Suite à ces manifestations, le gouvernement a accepté de limiter la baisse tarifaire à 0,5 % en 2018, tandis que le portefeuille baisse, lui, de 1,2 %.

 Les difficultés humaines mises en avant

 Outre cette “ maltraitance politique ” que Gervais Debaene condamne, c’est la situation de détresse humaine dans laquelle se trouvent les EHPAD qu’il souligne. « Pour les résidents, la qualité de la prise en charge est de moins en moins bonne. Le nombre de toilettes diminue, la qualité des repas aussi, tout comme leur distribution. Les familles doivent parfois faire manger leur parent ou nettoyer la chambre. Pour les soignants, le travail perd son sens. Le personnel est dans une situation précaire, il enchaîne les contrats courts et n’a pas le temps de récupérer. Ça entraîne des burn-out. Certains n’osent même plus franchir la porte de l’établissement. » 

Le 15 mars, les quelques centaines de manifestants attendaient d’être entendus par le gouvernement. Une pétition a été lancée et espère recueillir 100 000 signatures pour le département du Nord.

Les hôpitaux à leur tour gangrenés : l’exemple de Sedan

Lundi 12 mars, soignants et patients sedanais ont manifesté contre la fermeture du service des urgences de nuit.

La réforme des hôpitaux a frappé de plein fouet les hôpitaux de proximité. Selon la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, et les Agences régionales de la santé (ARS), il s’agit de faire des économies en fermant certains services. L’intérêt ? N’avoir qu’un seul hôpital dans les départements et de simples antennes dans les villes moyennes. Cela priverait alors certaines régions du département de certaines opérations dites “ à risques ”. Ce que souhaiterait éviter le Comité national de défense des hôpitaux et maternité de proximité et sa présidente, Hélène Derrien.

Le personnel en colère

A Sedan, dans les Ardennes, les urgences de nuit et la néonatalogie semblent menacées. “ Cela fait 35 ans que je travaille et 35 ans que j’entends parler de fermeture, souligne Marie-Ange, retraitée de l’hôpital sedanais depuis quelques mois. « Mais cette fois, ça revient trop souvent pour ne pas être pris au sérieux. ” Si la suppression des urgences de nuit semble impensable, c’est pourtant ce qui est arrivé à Concarneau, en Bretagne. Les urgences de nuit les plus proches sont désormais à une trentaine de kilomètres, à Quimper. Dans les Ardennes, l’hôpital le plus proche, Charleville-Mézières, est à une vingtaine de kilomètres de Sedan.  Fermer les services des urgences de nuit provoquerait un risque pour la population Est du département. Les infirmiers sedanais craignent de voir leur lieu de travail sacrifié pour sauver le centre hospitalier du chef-lieu. Depuis le 1er janvier 2018, les chefs de services sont les mêmes dans les deux hôpitaux ardennais. “ On pense qu’ils veulent garder un seul hôpital par département, souligne Stéphane, infirmier aux urgences de nuit. « Et Sedan ne deviendrait qu’une antenne, on ne pourra plus avoir certaines opérations qui iront directement dans l’hôpital principal. ”

 Des alternatives proposées

Pour les fonctionnaires qui verront leur service fermer, d’autres postes leur seront proposés, ce qui ne correspondra pas toujours à leur formation. Un risque pour la prise en charge des patients. Mais la suppression de services sedanais n’en apporterait pas plus dans la capitale carolomacérienne. “ Ils ne pourront pas, ce n’est pas possible, explique la jeune retraitée. « Il n’y a pas les moyens nécessaires. S’ils ferment la maternité, ce qu’ils ne peuvent pas faire, Charleville ne pourra pas récupérer toutes les femmes, ce n’est pas possible. ”

 Des mouvements ont eu lieu pour montrer le désaccord de la population. Outre de nombreuses pétitions, 250 personnes étaient présentes ce lundi 12 mars, notamment les maires des villages alentour. La décision de l’Agence Régionale de la Santé, qui devait être rendue à la fin du mois de mars, a été repoussée à fin juin. Les mouvements devraient pourtant continuer pour éviter une disparition des soins dans une partie du département

Panser les maux des hôpitaux : à quel prix ?

Le Premier ministre Edouard Philippe s’est rendu mi-février à Eaubonne dans le Val d’Oise, accompagné de la ministre de la santé Agnès Buzyn. L’objectif était de présenter un nouveau plan de financement pour le domaine de la santé. Il s’agit, selon le gouvernement, d’une stratégie de transformation de l’offre de soins. Cela concerne une réforme directe du niveau des études de santé, et un nouveau modèle d’investissement auprès des hôpitaux.

Le personnel sous tension

Les différentes fédérations du secteur de la santé revendiquent des diminutions tarifaires plus faisables face à la réalité du déficit des hôpitaux aujourd’hui. Les revendications des salariés portent surtout sur la pression que subissent les établissements et les employés face à la demande d’économies. Cela entraîne de l’absentéisme, du stress et une démotivation du personnel. Les syndicats expliquent vouloir une revalorisation du budget, qui entraînerait de meilleures conditions de travail et mettrait fin aux tensions liées à la pression de l’économie. Chloé Wirbel, étudiante en cinquième année de médecine explique: “ Le chef du service de cardiologie ne parlait que de ça, que du budget ”. Même si ce n’est pas leur priorité, les syndicats demandent également une revalorisation des salaires, notamment pour les heures de travail supplémentaires.

 Le manque de personnel est l’une des revendications les plus importantes. Face à la restriction budgétaire, les hôpitaux embauchent moins. Ce problème impacte directement les infirmières et infirmiers, trop peu nombreux pour gérer les soins des patients. Les internes sont également impactés, car ils représentent de la main d’œuvre peu chère, payée au SMIC. Ils deviennent une solution dans ce contexte de manque de personnel.

Frédéric Valletoux, président de la fédération hospitalière de France a annoncé au journal le Parisien, “ L’hôpital est en burn-out ! ”. Le porte-parole de l’association des médecins urgentistes, Christophe Prudhomme, a lui aussi tiré la sonnette d’alarme, lors d’un passage sur BFMTV, “ L’hôpital est au bord de la rupture ”.

 Simplifier et investir

Les représentants de la santé insistent également sur le fait qu’une simplification, d’un point de vue administratif est nécessaire. Les papiers et formulaires sont trop nombreux à remplir pour le personnel, ce qui les freine dans leur travail de soin.

Ils souhaitent enfin mettre en garde sur le manque d’investissements. Leur diminution accentue le déficit et impacte directement la qualité de travail car le matériel n’est pas renouvelé,  trop peu de lits sont disponibles, selon les médecins. Certains locaux manquent de maintenance mais, pour les hôpitaux, le budget qui leur est alloué n’est pas prioritaire par rapport aux soins et au matériel à acheter.

Si la situation des hôpitaux est critiquée actuellement, c’est par le dialogue entre le personnel et le gouvernement que des solutions pourront être trouvées. Dans ce contexte, la journée de grève nationale du 22 mars a une nouvelle fois mis en lumière les problèmes des hôpitaux.

Rachel Pommeyrol, Charlotte Lairé, Justine Brasier