Surveillants pénitentiaires : le monde carcéral en ébullition

Après les blocages des prisons au mois de janvier, le métier de surveillant pénitentiaire a été remis sur le devant de la scène. Des conditions de travail difficiles, un salaire équivalent au SMIC en début de carrière : les raisons de mécontentements sont nombreuses. Il a fallu une nouvelle agression dans une prison, le 11 janvier 2018, pour permettre une véritable médiatisation de la situation. 

Le jeudi 11 janvier, trois surveillants sont agressés à la prison de Vendin-Le-Vieil, dans le Nord-Pas-de-Calais, par un détenu islamiste. Les gardiens sont attaqués avec un rasoir et des ciseaux à bouts ronds, ce qui provoque une admission à l’hôpital pour l’un d’entre eux et des points de suture. Dès lors, on annonce un blocage pour le 15 janvier, 6 heures.

Dès le lendemain, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet se rend à la prison nordiste pour lancer les discussions avec les syndicats et apaiser les tensions. La garde des Sceaux vient proposer des solutions comme du nouveau matériel, l’accroissement des effectifs du personnel d’encadrement, le maintien des Eris (corps d’élite dans les prisons), ainsi que  l’étude des demandes de transfert de certains détenus.

Pourtant, les agressions contre les surveillants pénitentiaires ne concernent pas que Vendin-Le-Vieil. Le lundi après-midi, un prisonnier de Mont-de-Marsan attaque sept agents. Le 16 janvier, un détenu de la prison de Tarascon (Bouches-du-Rhône) frappe une surveillante au visage.

Des discussions difficiles pour les deux parties

Une table ronde avec la ministre et les syndicats UFAP/UNSA, FO et CGT est alors prévue pour le lundi suivant. Le dimanche 21 janvier, c’est à Longuenesse, une nouvelle fois dans le Pas-de-Calais, qu’un détenu agresse deux surveillants avec un pied de table en pierre. Le jour des négociations, 15 établissements pénitentiaires sont encore bloqués sur les 188 existant en France. 140 subissent également un mouvement moindre que le blocage total.

A la fin de la journée, les syndicats refusent les propositions de 1 100 emplois supplémentaires sur 4 ans pour combler les postes vacants, le renforcement des équipements de sécurité ainsi que des quartiers spécifiques pour la prise en charge des détenus violents. Après le rajout d’une enveloppe de 30 millions d’euros d’indemnités, l’UFAP/UNSA accepte les négociations le jeudi 25 janvier. Les deux autres syndicats refusent et veulent continuer les mouvements, sans le syndicat majoritaire.

Stephane Lecerf, surveillant pénitentiaire de la maison d’arrêt de Valenciennes, explique qu’ils font parfois face à des situations pénibles. «  Il y a certaines choses sur lesquelles on n’est pas formé, c’est pas évident de devoir décrocher quelqu’un qui vient de se pendre.  » Les surveillants ont le droit de prendre rendez vous avec un psychologue responsable des prisons mais souvent un seul est affilié à plusieurs établissements. Il peut donc se passer des semaines avant d’avoir un rendez-vous.

Le 7 février, un accord est mis en place même s’il ne satisfait pas entièrement la totalité des membres pénitentiaires. Le gouvernement a également promis la création de 15 000 nouvelles places afin de faire face à la surpopulation carcérale, qui concerne en priorité les centres de détention provisoire, c’est-à-dire les lieux où sont détenues les personnes en attente de jugement.

Des conditions de travail à changer

Aujourd’hui le métier de surveillant pénitentiaire est devenu peu attractif. Une partie des personnes exerçant le métier font ce travail par défaut. Selon les représentants de FO Pénitentiaire et CGT Pénitentiaire, cela s’explique par un recrutement de mauvaise qualité, directement lié au grand manque de personnel. Ainsi, un seul surveillant se retrouve à prendre en charge une coursive, c’est-à-dire le couloir où se trouvent les cellules, dans son intégralité.

Autre problème directement lié au manque de personnel : la surpopulation carcérale. Le taux d’occupation des prison est largement supérieur aux nombre de places disponibles. Les prisonniers sont souvent plusieurs par cellule, ce qui met un frein à la sécurité. Ce taux peut atteindre les 200%, comme c’est le cas pour la prison de Villepinte en 2017, selon les chiffres annoncés par la directrice de l’établissement. Ces deux problèmes peuvent causer un non respect des droits des détenus ou empêcher l’accès aux activités organisées de droit dans les prisons, telles que les balades ou les visites par exemple.

Dans certaines prisons, la vétusté des locaux, souvent liée à un manque de maintenance, est un autre problème. Les détenus peuvent se retrouver dans la saleté ou à trois dans une cellule de 9 m² avec un seul lit. Cela entraîne de la violence du côté des détenus,  difficile à gérer pour les surveillants, qui n’ont pas de solution à leur donner autre qu’attendre. Lorsque les actes violents atteignent le personnel, le soutien psychologique qui devrait être mis en place par l’administration n’est pas toujours suffisant. Lorsqu’ils sont insultés ou menacés, ils doivent faire preuve de sang froid.

Avec la fin du blocage des prisons par les surveillants pénitentiaires, la grille s’est refermée sur ces négociations. Les manifestations ont permis à leurs conditions de travail d’être améliorées, mais ont surtout permis de témoigner de la situation carcérale en France, de manière plus globale.

 

Charlotte Lairé – Justine Brasier – Rachel Pommeyrol