Santé : un étudiant sur deux renonce à se soigner !

Un étudiant sur deux seulement a recours à un médecin traitant en France, alors même que l’accès aux soins médicaux est pourtant plus ou moins gratuit pour tous. Le parcours santé est parfois semé d’embûches, entre remboursements tardifs, attente pour obtenir un rendez-vous et le temps consacré aux soins. Autant de freins pour les jeunes étudiants qui décident de ne plus se soigner.

   Ne pas aller se soigner faute d’argent ou de temps, c’est le quotidien de beaucoup d’étudiants en France. En 2017, un tiers des étudiants renonçait aux soins médicaux avec l’augmentation du coût de la santé, selon une étude menée par EmeVia, premier réseau national des mutuelles étudiantes de proximité. L’une des causes principales du recul d’accès aux soins chez les jeunes serait leur situation sociale. D’après une étude réalisée en 2012 par le Sénat, la moitié des étudiants vivrait avec moins de 400 € par mois. 50 % d’entre eux affirment connaître des difficultés financières au cours de l’année. Laissant place à d’autres dépenses, plus de 20 % de ceux-ci n’ont alors pas les moyens financiers de cotiser pour une mutuelle santé. Les jeunes étudiants sont donc de plus en plus confrontés à l’augmentation du coût de la vie quotidienne (logement, nourriture, transports ou frais de scolarité), préférant diriger leurs dépenses vers d’autres besoins.

Un constat unanime

IMG_5305.JPG
Sandrine Jougleux, pharmacienne depuis plus de 11 ans © Clara Lefèvre-Manond

   Autant chez les étudiants que chez les professionnels, le constat reste le même : les étudiants se soignent moins. Sandrine Jougleux, pharmacienne titulaire depuis plus de 11 ans à la pharmacie du Port Fluvial de Lille, explique que ce recul peut aussi être « une question de génération : le pharmacien paraît peut-être moins utile que le médecin ». La vision de la profession aurait donc évolué négativement ces dernières années et le pharmacien « [n’aurait] pas la même image » que le médecin, devenu “vendeur” de médicaments dans l’esprit des jeunes. La baisse de fréquentation dépend aussi de l’emplacement de la pharmacie. Sandrine explique que « Dans certains quartiers, 7 € de médicaments, c’est  trop excessif pour certains étudiants, alors que dans d’autres quartiers, moins populaires, ça n’est pas forcément le cas ».

   Une théorie qui se confirme dans les chiffres, puisque Emevia souligne que 61 % des étudiants vivant chez leurs parents, ayant donc moins de frais quotidiens, consultent un médecin lorsqu’ils sont malades. Un chiffre bien supérieur aux étudiants vivants seuls : 56 % des étudiants en résidences universitaires et 57 % des étudiants en colocation attendent que cela passe. Ainsi, sur les 50 000 étudiants interrogés pour l’enquête nationale de 2013, 17 % déclarent avoir renoncé pour des raisons financières au cours des 6 dernier mois. Un chiffre constamment en hausse depuis ces cinq dernières années.

Quelles solutions pour améliorer le système santé jeune ?

   Le 30 octobre 2017, le Premier ministre Edouard Philippe a réformé le système en supprimant le régime de sécurité sociale spécifique aux étudiants. Un des problèmes majeurs de ce plan est la mise en danger de l’expertises des mutuelles étudiantes.  Doriann Maillet-Praud, membre de l’UNEF de Lille 2, dresse un constat lourd du système santé étudiant et estime que « les acteurs de la vie universitaire étudiante n’ont pas forcément de réflexion sur le sujet ». Une des solutions pour remédier à ce problème serait, selon l’UNEF, de laisser gérer l’expertise des soins par les étudiants eux-mêmes, sur les campus.

   Il existe donc une baisse indéniable de l’autonomie étudiante devant l’accès à la santé. Les difficultés financières de ceux-ci s’aggravent d’année en année et l’accès aux soins est directement lié. Une restructuration en profondeur du système de santé étudiant serait alors une des solutions pour attirer à nouveau les jeunes vers la santé.

En savoir plus

Victoire De Meulenaere , Charlotte Huguerre , Clara Lefèvre-Manond.

Mots-clé : Santé – Vie étudiante – Economie – Parcours santé – Précarité