Migraction 59: quand les exilés trouvent un refuge en famille le temps d’un week-end

Certains s’émeuvent devant la situation des réfugiés, d’autres dénoncent le manque de solidarité, se fâchent devant l’absence de fraternité. Sophie Djigo a fait le choix d’agir. Grâce à sa plateforme Migraction 59 et à la bienveillance des familles qui s’y inscrivent, une centaine d’exilés de Calais sont hébergés tous les weekends.

En janvier 2018, Sophie Djigo a créé ce qu’elle appelle « un collectif d’hébergement citoyen », pour exprimer « un mécontentement envers la politique de non-accueil des exilés ». Cette enseignante dans le Nord-Pas-de-Calais n’en est pas venue à créer cette plateforme par hasard. Spécialiste des questions de philosophie morale et d’éthique, elle avait écrit en 2016 le livre Les migrants de Calais – enquête sur la vie en transit. « L’idée était de trouver un moyen autre que l’indignation et l’expression verbale de la manifestation de ce désaccord. On a finalement choisi une pratique d’hospitalité militante affirme Sophie Djigo. « En général ça se passe le weekend. On a une équipe sur place à Calais qui remet les passagers à nos chauffeurs qui font le déplacement. Ils sont ensuite conduits chez les familles qui se sont inscrites pour héberger, puis ils sont reconduits le lundi matin à leur point d’origine. » Une organisation bien huilée qui se base sur les convictions et la motivation de chacun : de la bienveillance de l’équipe sur place à celle de la famille qui accueille, en passant par l’équipe de chauffeurs.

 

Un moyen d’action à la portée de tous

En connaissant bien la vie dans les camps, comme dans la jungle de Calais, Sophie Djigo voulait faire bouger les choses. La vie des exilés est faite de danger, « des conditions à la fois de grande violence et à la fois inquiétante quant à l’image que l’on se fait de la démocratie française. » La professeure nordiste savait qu’elle n’était pas la seule à regarder cette situation avec effroi et colère. En créant cette plateforme d’hébergement des réfugiés, elle permet à tous de pouvoir faire un geste. « C’est un moyen d’action qui est à la portée de tous. Très souvent les gens ont envie d’agir mais ils n’ont pas forcément les moyens de le faire. Là, l’idée était de dire : vous avez une maison ou un appartement, vous pouvez héberger. Vous avez une voiture,  vous pouvez devenir chauffeur etc… » Sophie Djigo voulait donner la possibilité à tous d’apporter son aide face à ce contexte. C’est sur le groupe Facebook fermé que les personnes ont possibilité de proposer leur aide, l’espace d’un weekend, juste pour faire un essai, pour faire chauffeur ou pour apporter tout type d’aide. A l’origine, ils n’étaient qu’une poignée à héberger. Aujourd’hui, on compte près de 200 familles qui accueillent, chaque weekend, un ou des exilés.

 

Reportage réalisé par France 3 en avril 2018

 

Grâce à son ouvrage de 2016, Sophie Djigo connaissait déjà les personnes sur place, ce qui a rendu le contact plus facile. Le seul principe du collectif est d’assurer une rotation entre les hébergés, que ce ne soit pas les mêmes tous les weekends, qu’ils viennent de n’importe quel pays ou religion. Autre action du collectif : organiser des sorties communes diverses et variées quelques dimanches. L’occasion pour les personnes de dédramatiser et de se rendre compte d’une simple banalité pourtant compliquée : les exilés sont des humains comme les autres.

 

Armand Lavenne