Le débat sur la PMA : les médias pointés du doigt

Dans une tribune publiée sur Franceinfo le 11 octobre dernier, 90 femmes lesbiennes ou célibataires favorables à la PMA dénonçaient le mauvais traitement médiatique à ce sujet. L’occasion de faire le point avec plusieurs spécialistes.

Cinq ans après le mariage pour tous, le gouvernement se prépare à inclure la procréation médicalement assistée (PMA) dans la prochaine loi bioéthique. Selon le dernier sondage IFOP, entre 60% et 75% des Français y seraient favorables. Toutefois, les médias traditionnels semblent être en retard sur ce sujet. La tribune de Franceinfo publiée il y a deux semaines le mettait en lumière avec notamment une absence des femmes concernées dans la presse, la télé ou encore la radio.

Une invisibilité

« On a l’impression que l’on sollicite davantage des gens opposés à la PMA ou des experts ayant des positions là-dessus. Dans les deux cas, ils ne sont pas concernés. On n’invite pas sur les plateaux de télé les femmes directement touchées par la PMA », juge Martine Gross, ingénieure de recherche en sciences sociales au CNRS et spécialiste de l’homoparentalité. Un souci de représentation également mis en exergue par la cofondatrice de l’association des journalistes LGBT Alice Coffin, jugeant le traitement « catastrophique » de la PMA dans les organes de presse.

« Je pense que les médias ne sont pas à l’aise avec cela. Sur France Inter, on laisse Sonia Devillers faire un édito sur la PMA, mais a contrario, on invite un opposant dans le 7/9 », ajoute-t-elle. Même avis pour Anne Basquin, co-déleguée régionale de SOS Homophobie dans les Hauts-De-France. Selon elle, inviter des femmes ayant eu un enfant par la PMA ne serait pas « bancable. »

Des opposants sur le qui-vive

Les opposants évoqués par nos interlocutrices sont les militants de la Manif pour Tous. Déjà bien présents il y a cinq ans, ils reviennent dans le débat sur la bioéthique. Pour Martine Gross, La Manif pour Tous et les opposants représentent « une minorité », mais sont très ordonnés dans leur communication. « Ils sont mieux adaptés à l’exercice. Par exemple, Ludovine de la Rochère est régulièrement sur les plateaux TV. Ils savent utiliser les médias qui les invitent aussi fréquemment », explique la sociologue. Un attrait pour les médias également mis en avant par Alice Coffin qui parle d’une « fascination » pour la Manif pour Tous. Outre le mouvement, plusieurs journalistes ont émergé dans la sphère médiatique comme Charlotte d’Ornellas ou Eugénie Bastié.

 

Ludovine de la Rochère : elle ne barjotte pas
Ludovine de la Rochère – Bruno Charoy pour Libération

 

 

Est-ce que les choses peuvent évoluer ?

Au regard des sondages dans la population et de la volonté du gouvernement à aller dans la continuité de 2013, on pourrait entrevoir un changement dans le traitement médiatique de la PMA. Cette semaine, le quotidien La Croix en a fait sa Une et a donné la parole à des femmes ayant eu recours à la PMA.

Agnès Dherbeys - La Croix 24.10
Une de La Croix du mercredi 26 octobre 2018 – © La Croix / Agnès Dherbeys

 

D’autres organes de presse comme Libération ou L’Obs l’ont aussi fait, il y a quelques mois. « Les choses évoluent, mais le tout est de sortir du fameux « POUR/CONTRE ». À cause de cela, on n’entre pas dans un débat de fond qui serait plus constructif », estime Alice Coffin. De son côté, Anne Basquin souligne la chance de l’ère numérique : « Internet a son poids. Nous avons lancé une campagne Web, il y a quelques jours. On espère que ce sera favorable pour changer les choses. »

 Mostefa MOSTEFAOUI