Noëls ailleurs : comment se fête la Nativité au bout du monde ?

La particularité de Noël est qu’elle est une fête d’envergure mondiale. Dû à l’expansion du christianisme, plus d’un milliard d’êtres humains fête la même chose, le même jour sous a peu près toutes les latitudes. Même si, mondialisation oblige, Noël n’échappe pas à l’uniformisation culturelle, les traditions locales restent bel et bien vivaces en plusieurs endroits du globe.

Petit tour d’horizon non exhaustif de Noëls différents, sans buches ni feu de cheminée.

Aux Philippines, une messe « du coq » à 4 heures du matin

Dans ce pays, le plus catholique d’Asie, Noël revêt une importance particulière. Les choses sérieuses démarrent dès Septembre et ne s’achèveront que fin Janvier : décorations, chants de Noël, les Philippins prennent cette fête très au sérieux. Un sérieux qui se voit dans l’aspect religieux toujours présent. Chaque matin pendant les neuf jours qui précèdent Noël, a lieu la misa de gallo, la messe du coq, a quatre heures du matin. L’horaire fera frémir les lèves-tard mais il ne rebute pas les Philippins qui se pressent pour remplir les églises, en vertu d’une tradition qui remonter aux évangélisateurs espagnols qui instituèrent ces messes pour permettre aux paysans d’y assister avant de commencer le travail des champs.

Le jour venu, après la misa de aguinaldo, la messe de minuit, les familles se réunissent pour le repas de Noël, la noche buena, ou sont consommés une grande variété de plats tous présents en même temps sur la table, des gâteaux de riz au fameux lechon, un cochon entier rôti à la broche que tous se partagent.

Au Liban, entre poinsettias et meghlé

Seul pays du Moyen-Orient à compter entre 30 et 40% de Chrétiens, le Liban vit Noël à l’unisson du reste du monde. Sous ces latitudes, point de sapin. Les cèdres, symbole du pays sont protégés dans des réserves naturelles. Les Libanais ont donc adopté comme symbole de Noël les poinsettias, de grosses plantes rouges originaires du Mexique qui sont arborées un peu partout dans les rues.

Noël commence pour les Libanais le 3 décembre, jour de la sainte Barbe que les enfants fêtent avec force friandises. Des germes de blés sont placés dans du coton et mis à fleurir dans la crèche de Noël jusqu’au jour fatidique, comme symbole de renaissance. Tout le mois de Décembre, les libanais rivalisent de prouesses décoratives entre voisins. Une ferveur à laquelle participent même les musulmans, pour qui fêter Noël est licite en raison du statut de prophète en Islam de Jésus.

Bien sûr, la fête ne serait pas complète sans un détour par la table du réveillon, ou sont présents des mets un peu particuliers. Si l’on retrouve les classiques feuilles de vigne, elles sont cette fois farcies avec de la viande au lieu du riz. On remarque également le poulet aux amandes et aux épices, l’agneau, et enfin peut être le dessert le plus emblématique, le meghlé. Cette crème à la cannelle que l’on recouvre de fruits secs est en effet servie en deux occasions : pour célébrer la naissance d’un enfant, et pour Noël, célébration d’une autre naissance. La crème brune symbolise la terre que l’on recouvre de graines vouées à germer, la encore symbole de renaissance.

Enfin, que les retardataires ou ceux qui refusent de faire la fête a la même date que tout le monde se rassurent, les communautés arméniennes, suivant le calendrier de leurs églises, fêtent Noël le 6 Janvier, jour de l’Epiphanie.

Au Brésil, la tradition du Noël secret

Le très catholique Brésil ne peut rester à l’écart de Noël. Au pays de la samba, la fête se déroule en famille ou entre amis, autour d’un repas copieux, le prato tipico de natal, qui met souvent à l’honneur les produits de la mer, poissons ou crevettes.

Le Noël brésilien se singularise comme ayant institutionnalisé le « Noël secret », ou, comme il est appelé dans la langue de Pessoa, l’amigo secreto, l’ami secret : les participants ayant tiré au sort le nom d’un autre convive plusieurs jours avant, chacun doit, le soir venu faire deviner aux autres, en lançant des indices, le nom du destinataire de son cadeau. Encore plus complexe, chaque convive doit s’enquérir discrètement auprès de son destinataire de ses éventuels souhaits de cadeaux, sans pour autant que ce dernier ne soit au courant. L’ensemble donne lieu a un vaste jeu de bluff entre participants d’une même soirée qui passionne les Brésiliens.

En Ethiopie : Jeûne et jeu du Ganna

Souvent ignorée, la terre d’Ethiopie tient une grande place dans l’histoire de la chrétienté.  Les Ethiopiens ont été en effet le second peuple au monde à se déclarer chrétiens, après les Arméniens. Pourtant, Noël est, en Ethiopie, vu comme moins important que Pâques. Conséquences des particularités de l’Eglise éthiopienne, pour qui l’important réside dans la mort de Jésus et non sa naissance.

L’église éthiopienne, à l’image des autres églises préchalcédoniennes, les églises arméniennes et coptes, célèbre Noël en suivant le calendrier Julien, soit, le 6 Janvier pour nous. Les fidèles les plus pieux respecteront à cette occasion un jeune de 40 jours avant la fête, à l’image du Carème, qu’ils briseront après la messe en mangeant une enjära, une galette de céréales.

L’attraction principale du Noël ethiopien reste cependant la pratique du ganna, un sport d’équipe, sorte de hockey sur gazon, se jouant à l’aide de crosses et de balles en bois. Ce jeu, encore largement pratiqué aujourd’hui, est réputé, selon ses participants être celui des bergers de Bethléem, premiers témoins de la naissance de Jésus, rien que ça !

Bien que solides, et encore largement suivies, toutes ces traditions ont pour point commun de devoir faire face à l’uniformisation culturelle. La tradition doit faire face au rouleau compresseur du père Noël, porté par un mode de vie occidental qui s’impose de plus en plus dans les représentations culturelles. Or, Noël, est aussi une fête exceptionnelle car elle permet de célébrer la même chose de manière différente, de réunir des cultures différentes tout en leur permettant d’affirmer cette différence. Que Noël soit demain la même chose sur toute la planète, et c’est un peu de magie qui aura disparu.

Guillaume MEREB