Gilets jaunes : « Les Espagnols vont-ils emboiter le pas à la France ? »

Depuis sa création le 17 novembre dernier, le mouvement social des gilets jaunes, fait tache d’huile et s’exporte dans le monde. Chez nos voisins espagnols, l’actualité française est scrutée de près par les indépendantistes catalans, les chauffeurs Uber, les retraités et certains fonctionnaires. Mais si les codes de gilets jaunes sont repris, les revendications, elles, sont parfois différentes. Analyse.

gilets jaunes madrid
Des chauffeurs de taxi protestant contre les VTC manifestent devant le palais des congrès où se tient le Fitur, l’un des principaux salons du tourisme dans le monde. Madrid le 23 janvier 2019. Photo JAVIER SORIANO. AFP

A l’heure où les gilets jaunes français soufflent la 10ème bougie de leur rassemblement, les Espagnols, eux, observent et hésitent encore à leur embrayer le pas. Moins connus mais déjà populaires, deux mouvements espagnols pavoisés de jaune ont déjà émergé sur la toile : les « Chalecos amarillos », traduction de gilets jaunes en espagnol, et « Armilles grogues », traduction catalane de l’appellation. Les premiers, nationaux, sont notamment représentés sur Facebook depuis le 26 novembre et comptent aujourd’hui plus de 29 000 abonnés. Les seconds, catalans, sont essentiellement présents sur Twitter depuis le 23 novembre et semblent davantage politisés puisqu’ils ont été repris un mois plus tard par une organisation de « jeunesse révolutionnaire » portant le nom de « La Forja » . A l’image des gilets jaunes français, ces deux mouvements appellent les citoyens à se mobiliser pour demander l’émergence ou l’abrogation de réformes, et le cas échéant, la démission de leur gouvernement.

Taxe carbone éludée pour les « Chalecos amarillos »

Mais il y a tout de même des différences. Si le mouvement des Gilets jaunes est né du ras-le-bol de l’augmentation de la taxe carbone, l’émergence des « Chalecos amarillos » est quant à elle davantage liée à la seconde phase du mouvement français, c’est-à-dire la volonté de lutter contre les inégalités. En effet, la page Facebook de « Chalecos amarillos » ne mentionne pas une seule fois la hausse du prix du carburant dans sa liste de revendications. Son objectif est d’atteindre une égalité sociale et une justice fiscale en passant par plusieurs mesures : la démission du gouvernement; la fin des privilèges politiques; le combat contre la corruption; la réduction des impôts, la suppression les impôts sur la succession; la nationalisation des secteurs stratégiques; la réindustrialisation; l’abrogation de la loi travail; la liberté d’expression réelle, la promotion et aide pour les familles, ou encore un référendum sur la monarchie… Autant de revendications que l’on entend de voix sur le sujet.

Indépendance pour les « Armilles grogues »

De l’autre côté, le parallèle entre les revendications françaises et catalanes n’est pas non plus évident. Le mouvement initié par le groupuscule « jeunesse révolutionnaire » est loin d’être apolitique comme aime le rappeler les « porte-paroles » français des gilets jaunes que sont Maxime Nicolle, Eric Drouet ou encore Priscilla Ludosky. Les « Armilles grogues » se revendiquent de leur côté ouvertement politisés et militent avant tout pour l’indépendance de la Catalogne. Dans cette optique, le mouvement a invité le 21 janvier  les militants à manifester vêtus de gilets jaunes pour contester la venue du gouvernement espagnol de Pedro Sanchez à Barcelone à l’occasion d’un conseil des ministres, ce qu’ils considèrent comme une véritable « provocation ». Il faut dire que l’année dernière, à cette même date, les dernières élections régionales donnaient les indépendantistes majoritaires au parlement régional après « la vaine tentative de sécession de la région en octobre 2017 ». Mais cette colère est vite redescendue après l’annonce par le gouvernement espagnol d’une augmentation de 22% du salaire minimum, une hausse du salaire des fonctionnaires ainsi que des investissements dans les infrastructures catalanes. Les plus sournois verrons, peut-être, dans ces annonces, un clin d’œil de Pedro Sanchez à Emmanuel Macron…

Pauline Ragué

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