«L’homéopathie va à l’inverse de la médecine scientifique basée sur les preuves et non sur la croyance»

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Médicaments homéopathiques sous forme de granules. DR @La Croix

 
 

D’après une nouvelle étude du baromètre santé Odoxa pour France Inter, 72% des patients sondés estiment que l’homéopathie a des bienfaits sur la santé. Un constat qui n’est pas partagé par 67% des médecins et professionnels de santé. Sylvie Demolombe, médecin interniste à la clinique protestante de Lyon, revient pour nous sur cette médecine alternative.

«Le principe de l’homéopathie, c’est de donner aux patients des doses infinitésimales de la substance qui les rend malade, je ne vois pas en quoi cela les aiderait à guérir », fustige dès le début de notre interview Sylvie Demolombe, médecin interniste à l’Infirmerie Protestante de Lyon. Pour cette doctoresse de 58 ans et praticienne depuis plus de 30 ans, l’homéopathie n’a « aucune efficacité démontrée puisque aucune étude clinique sur le sujet n’a vu le jour sur le sujet ». Selon elle, « entre effet placebo et charlatanisme, l’homéopathie va à l’inverse de la médecine scientifique basée sur les preuves et non sur la croyance»

Une étude en “double aveugle” nécessaire

Sylvie Demolombe rappelle qu’il existe un procédé clairement identifié pour démontrer l’efficacité d’un nouveau traitement. En effet, pour mettre en vente un médicament traditionnel, les laboratoires pharmaceutiques doivent préalablement procéder à une étude en « double aveugle » afin de déterminer si un médicament n’en est en réalité pas un. Pour comprendre, Sylvie Demolombe nous donne l’exemple des comprimés homéopathiques de Nux vomica, censés luter contre les troubles digestifs : « pour voir s’ils sont efficaces, ces comprimés devraient être administrés à une partie des malades participant à l’essai clinique tandis que l’autre partie recevrait une gélulle dénuée de toute substance chimique sans que ni le médecin ni les malades ne sachent qui a reçu le placebo ou le médicament actif ; au bout de quelques mois on serait alors à même de savoir si ce médicament a un effet placébo ou non », analyse la doctoresse. « Lorsque l’on sait de manière certaine que le simple fait d’absorber un comprimé ou une gélule sans aucun principe actif à l’intérieur peut provoquer une réaction positive ou négative chez certains malades », cette démarche en double aveugle représente un critère majeur de qualité pour une étude clinique, ajoute-t-elle. Et si le Dr Demolombe semble inquiet, c’est notamment parce qu’elle a vu le phénomène s’intensifier ces dernières années. En effet, d’après une nouvelle étude du baromètre santé Odoxa pour France Inter, 72% des patients sondés estiment que l’homéopathie a des bienfaits sur la santé. « Aujourd’hui, on a énormément de patients cancéreux qui ont recours à des souffleurs de feu pour soigner leurs brûlures liées à la chimiothérapie et les patients nous accusent, nous les médecins, de leur en faire, on marche sur la tête ! », s’énerve-t-elle.

Des lobbies pharmaceutiques importants

Selon Sylvie Demolombe, les responsables de cet « effet de mode » sont clairement identifiés : « il s’agit d’un côté de la responsabilité des médecins homéopathes – qui ne sont pas les meilleurs en sciences mais qui ont certainement un bon relationnel -, et de l’autre des laboratoires pharmaceutiques qui s’en mettent plein les poches en vendant des médicaments sans aucune efficacité très chers, et ce, sans réaliser aucune étude clinique dont les coûts quant à eux sont très conséquents», souligne-t-elle. Selon elle, il suffit de regarder le chiffre d’affaire du laboratoire lyonnais Baroin, leader mondial dans le secteur, pour comprendre pourquoi cette pratique perdure. Il faut également mentionner que l’homéopathie est un secteur non négligeable pour l’économie française car elle crée plus de 3 200 emplois directs dans le secteur sans compter les quelques 5.000 médecins homéopathes qui exerçaient également dans le pays en 2016, selon le Syndicat national des médecins homéopathes français (Snmhf). Enfin, le recours à l’homéopathie «arrangerait bien à la Sécurité sociale » car elle verserait beaucoup moins d’argent pour un patient qui n’aurait rien, conclut Sylvie Demolombe.

Pauline Ragué