La Friche : le collectif roubaisien de journalistes indépendants et engagés

Au sein de la Condition Publique, lieu de vie et de patrimoine à Roubaix, quatre journalistes indépendants se retrouvent régulièrement dans un « Labo ». C’est un espace hybride : l’atelier d’artiste sert aussi de lieu d’échange sur les médias. La « Fabrique raisonnée d’information collaborative, horizontale et émancipatrice » défriche les préjugés sur les médias.

Les journalistes Julien Pitinome et Flora Beillouin, dans l’atelier de la Friche
©Allison Blomme

Lucas Roxo, Sheerazad Chekaid, Julien Pitinome et Flora Beillouin veulent éclairer la population sur « l’information horizontale et émancipatrice ». Kézako ? Il s’agit d’informer la population sans rapport hiérarchique, en établissant des relations longues avec les gens. Le tout, en donnant les outils aux citoyens pour s’informer dans de bonnes conditions. Cette démarche est au coeur du projet de leur collectif, la Friche. Ils travaillent sous une entité commune pour centraliser les demandes de reportage et d’éducation aux médias. Cela passe par des ateliers d’éducation populaire au sein de différentes institutions. Ils visent à offrir une réflexion théorique sur les médias à des publics n’ayant pas accès aux médias, aux espaces de dialogues et de discussions.

Un catalogue d’ateliers tous publics

Le collectif s’adresse à plusieurs personnes, et surtout les jeunes. « Nous n’avons pas de méthode pour aller vers le public. Cela marche au réseau et ce sont en général des commandes » déclare Flora Beillouin. C’est le cas d’EMI’cycle, un réseau régional d’éducation aux médias et à l’information, porté par CARMEN. C’est par ce biais qu’ils ont crée des émissions avec CARMEN, un média alternatif dans les quartiers populaires d’Amiens. Les journalistes ont déjà mis en place des projets avec des lycées, grâce au dispositif régional PEPS (Parcours d’Education de Pratique et de Sensibilisation à la culture). Journalisme, et actions engagées et citoyennes ne sont pas incompatibles.

Pour un journalisme alternatif

Cet engagement fait écho à leur profession. Un mois après la publication dans Libération de la tribune sur les droits des pigistes, ces mots résonnent encore plus fort. Car si le collectif agit principalement pour l’éducation aux médias, il défend aussi une vision alternative du journalisme. Il fait remonter les problèmes des pigistes, notamment celui de la carte de presse, « une forme de pression » selon Julien Pitinome. Actuellement, beaucoup de journalistes n’ont pas le précieux sésame. Il faut savoir que pour obtenir la carte de presse, la majorité des revenus doit provenir de l’activité journalistique, dans un média identifié. Or, ce n’est pas le cas de tous les reporters, pour diverses raisons. En matière de couverture médiatique, des progrès sont aussi à faire. Pour autant, le collectif ne juge pas les médias traditionnels. Il forme avant tout les personnes à la critique des médias. « On ne s’oppose pas au système, on doit juste y avoir une part. D’autres paroles existent, et il faut donner du poids aux opinions minoritaires » affirme le journaliste.

Un projet ambitieux, et de l’ambition, ils n’en manquent pas. Les quatre journalistes de la Friche, accompagnés de quatre chercheurs, ont désormais l’intention de publier un livre. Et suite aux nombreuses demandes sur le territoire, le collectif envisage de monter des formations sur les dangers et la pratique des médias en direction des professeurs, éducateurs, bibliothécaires… On ne finira pas d’entendre parler de la Friche.

Allison Blomme