Deuxième « victoire » mondiale dans la lutte contre le SIDA

C’est un espoir pour tous les patients séropositifs. Après Timothy Ray Brown surnommé le « patient de Berlin », qui avait annoncé être en rémission il y a douze ans, voici que le « patient de Londres », qui reste quant à lui anonyme, annonce à son tour ne plus présenter de signe de virus depuis 19 mois. Retour sur ce nouveau cas de rémission.

sida.jpgCampagne pour soutenir la prévention et la lutte contre le SIDA, à la Maison Blanche, en décembre 2010. JEWEL SAMAD / AFP

L’annonce a été faite à l’occasion de la Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections (CROI) qui se tenait à Seattle, aux Etats-Unis, jeudi 5 mars. A cette occasion, Ravindra Gupta, biologiste et co-directeur des docteurs ayant suivi un patient séropositif à Londres, a pris la parole pour présenter un nouveau cas de rémission dans la lutte contre le Syndrome d’Immunodéficience Acquise (SIDA). Il a ensuite publié une lettre dans la très célèbre revue médicale Nature.

Après avoir reçu une greffe de cellules souches hématopoïétiques, prélevées chez un donneur porteur d’une mutation du gène CCR5 qui confère une « protection » contre l’infection par le VIH, le virus a été totalement indétectable même après un arrêt des trithérapies de 19 mois », analyse Ravindra Gupta dans la revue Nature.

Une nouvelle qui apporte la preuve que le premier cas de rémission n’était pas une anomalie, une bizarrerie. En effet, les deux cas médicaux présentent des similitudes. Douze ans après Timothy Ray Brown (« patient de Berlin »), premier patient séropositif à avoir guéri de l’infection au VIH après une greffe de moelle osseuse pour une leucémie aiguë, un autre patient (« patient de Londres ») est aujourdh’ui en rémission prolongée de son infection par le VIH après un traitement équivalent, réalisé pour traiter une autre maladie du sang, un lymphome de Hodgkin.

 « En réussissant à faire entrer en rémission un deuxième patient en utilisant une approche semblable (…) nous avons montré que c’était vraiment le traitement médical qui avait éliminé le SIDA chez ces deux personnes », a confié Ravindra Gupta.

Rémission prolongée et non guérison

Mais si cette rémission offre de belles perspectives pour les personnes atteintes de l’infection du VIH, elle ne doit pas non plus être assimilée à une véritable guérison. En effet, dans le cas du « patient de Londres », les médecins ont évoqué un cas de « rémission prolongée », c’est-à-dire le fait que la maladie a disparu et que l’état du patient s’est amélioré, et non un cas de « rémission complète » ou « guérison » qui signifierait que le patient n’a plus aucun signe de la maladie. Les professionnels de santé ont préféré rester prudents en indiquant qu’ils avaient besoin de davantage de temps et d’examens pour parler de véritable « guérison » d’un patient.

Par ailleurs, les scientifiques sont nombreux à souligner que cette avancée ne pourrait pas concerner tous les patients atteint de l’infection au VIH. Tout d’abord, ils estiment qu’une greffe de cellules souches hématopoïétiques issue d’un donneur présentant une mutation du gène CCR5 est une opération très lourde et très risquée au niveau médical. Ensuite, seul 1% de la population mondiale disposerait de cellules souches ayant une mutation génétique appelée CCR5 delta 32. Or, c’est cette dernière qui empêche alors le virus de s’installer. Enfin, si cette seconde rémission apporte de l’espoir, elle est encore loin d’être un remède miracle à l’infection du VIH.

Pour rappel, plus de 37 millions de personnes dans le monde vivaient avec le VIH en 2017, selon l’OMS.

Pauline Ragué