« Virage numérique, gouffre écologique? »

La Métropole Européenne de Lille a présenté le 20 et 21 mars derniers à la Chambre de Commerce et d’Industrie, le Grand Barouf numérique. Un évènement participatif et prospectif sur la société numérique dans laquelle nous vivons. Certains ateliers étaient organisés sous la forme d’assemblées générales fictives où le public pouvait s’interroger sur un projet de loi.

Une Assemblée fictive pleine à craquer, un côté pour, un côté contre, des caméras, des micros qui circulent et 2 protagonistes sur scène. Françoise Berthoud, ingénieure de recherche au CNRS et Alice Vieillefosse, directrice du cabinet du DGEC (Direction générale de l’énergie et du climat) au sein du Ministère de la Transition écologique et solidaire. Toutes deux étaient la pour parler écologie et numérique en s’appuyant particulièrement sur un thème, celui de la sobriété numérique. Tous d’accord, personne responsable ? Revenons en aux termes. 

La sobriété numérique c’est le fait d’acheter des équipements les moins puissants possibles, les changer le moins souvent possible, et en réduire les usages énergivores inutiles. Aujourd’hui, 12 milliards de courriels sont envoyés chaque heure, soit l’équivalent de la production de 15 centrales nucléaires par heure ou de 4000 aller retour Paris-New York. Le numérique c’est donc aussi ça. Peut-on réellement l’allier à la transition écologique ? Vous avez une heure pour y répondre et pour vous manifester sur le projet de loi fictif suivant : Les ordinateurs et les smartphones sont garantis dix ans minimum et conçu de façon modulaire. 

Pour Françoise Berthoud, le premier responsable, c’est le système économique tel qu’il fonctionne aujourd’hui. « Un constructeur peut se dire, “moi je veux bien faire un téléphone vert écolo qui dure dix ans“. Sauf que l’utilisateur lui, il veut un truc fin, qui tient dans la poche, qui peut passer sous la douche. Et moi il faut que je puisse garder mes employés. Ce n’est pas si simple. J’ai l’impression qu’aujourd’hui on ne sait plus rien faire sans numérique. Résister au smartphone, c’est un combat. Cela passe aussi par les politiques publiques. » Elle semble donc adhérer à un projet de loi de la sorte. Finalement, quel est le rôle de l’Etat dans ces discussions autour de l’innovation ? Comment faire évoluer ces modèles qui nous amène vers toujours plus de consommation numérique ?

Alice Vieillefosse met aussi en avant le problème de l’obsolescence programmée et de la durée des logiciels. « Avec mon iPhone 3, je ne peux plus avoir aucune application même s’il fonctionne toujours pour appeler. Le but dans ce projet de loi, c’est de garder les équipements pendant dix ans mais est-ce qu’on sera capable de s’en servir et comment faire pour accompagner les personnes qui se lancent ? »

Finalement, c’est presque un modèle de société que Françoise Berthoud remet en cause. « Tout va de plus en plus vite, on passe notre temps à courir, à remplir les vides de nos temps morts. En plus aujourd’hui, si on a une innovation, c’est compliquée si elle n’inclut pas le numérique. Tout devient indépendant et tout s’accélère. On est tellement attachés à toutes les applications qui tournent sur nos smartphones, à ces flux d’informations qu’on a plus de temps pour penser autrement. »

Alors comment s’attaquer au problème ? Car tout n’est pas à jeter selon les deux protagonistes. Un des leviers pour la chercheuse serait de limiter la bande passante par famille (quantité maximale de données qui peuvent être transférées par un réseau internet). L’autre levier c’est celui de la sensibilisation. « On essaye actuellement d’attaquer la question de la sensibilisation par un autre angle, en passant par la formation des enseignants en informatique. Si on arrivait à faire que les collégiens aient une coloration du problème, cela permettrait d’avancer. »

Un internet plus résiliant, un numérique qui résiste à des ruptures d’approvisionnement, une re-localisation ? Des pistes, mais encore ? Pour plus d’informations, consultez le site ecoinfo.cnrs.fr.

Angèle Delmotte