DATA : La reconnaissance faciale s’invite dans les rues de Nice

Souriez, vous êtes filmés. Ce qui aurait dû être un roman d’anticipation est devenu réalité. Cela se passe dans les rues de Nice. Lors de la 135ème éditions du Carnaval, le maire (LR), Christian Estrosi a testé la reconnaissance faciale. Premier projet de la sorte en France, l’interrogation porte à présent sur l’obstruction ou non des libertés individuelles.

L’objectif de ce projet est simple : reconnaitre des personnes dans une foule à partir d’une simple photo et ce, via des caméras de vidéo-surveillance. Pour cette première expérimentation en conditions réelles, un millier de volontaires venant au carnaval ont accepté de jouer le rôle de cobaye. Parmi eux, 5 individus ont fourni une photo pour évaluer l’efficacité du dispositif de reconnaissance. Il s’agissait de vérifier la capacité d’une solution logicielle, Any Vision, à effectuer une identification. Les cinq personnes ont bel et bien été identifiées de jour comme de nuit, de profil, comme de face. Une des photos datait même d’il y a plus de 30 ans, a précisé une collaboratrice du maire en charge de la sécurité. Un système, qui dit-on, pourrait permettre de reconnaître des enfants perdus, des personnes âgées égarées ou des individus recherchés. Ne serait-ce pas teinté de bons sentiments ? 

Pour Yohann Brunet, chargé des relations presse et de la communication interne de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), « l’urgence dans laquelle les services de la CNIL ont été sollicités » est regrettable. « Ces circonstances n’étant pas de nature à favoriser un travail d’analyse approfondie du dispositif projeté ». La commission le rappelle par ailleurs au fil de ses tweets, « l’expérimentation projetée à Nice ne saurait aller au-delà du simple test. Le consentement des personnes ne peut constituer une base juridique pour le traitement de données relevant de cette directive ». M. Brunet insiste, la mise en œuvre d’un dispositif de reconnaissance faciale à des fins sécuritaires, y compris s’il était limité dans le temps ou dans l’espace, serait subordonné, a minima, à l’intervention d’un décret en Conseil d’Etat voire d’une loi. 

Reste à s’interroger sur les problématiques reliées à la protection des données personnelles. Si les données bancaires ou postales peuvent changer, les données digitales ou faciales, elles, ne seront jamais modifiables. Pour le journaliste Thomas Huchon, spécialiste des questions reliées aux datas, on dit aussi adieu à une partie de notre liberté. « Le principal problème c’est la transparence, on ne sait pas ce que vont devenir ces informations et comment elles vont être utilisées. Si on admet l’idée que l’Etat a le droit de faire ça, quelles sont les possibilité pour les citoyens de reprendre la main sur ces données ? Qui nous dit aussi que ces données ne serviront pas pour autre chose ? Aujourd’hui des données couplées à un savoir psychologique et psychométrique peuvent déterminer votre comportement. Il y a des études qui sont menées notamment à l’université Stanford qui montrent qu’on peut déterminer une orientation sexuelle avec une simple photo. » Selon lui, le système de reconnaissance faciale induit une société sans transparence. Quelle genre de société voulons-nous ? Est-ce qu’une société sans transparence est une société démocratique ? « La réponse est dans la question », nous répond-il. 

Angèle Delmotte