Le personnel médical en grève du CHU de Lille organise les obsèques des urgences

C’est une mort symbolique que le personnel médical du CHU de Lille a décidé de mettre en scène ce 19 septembre, du parvis de l’hôpital Salengro à l’agence régionale de santé. L’objectif ? Obtenir le soutien de l’agence, dans un mouvement de grève mené depuis plusieurs mois, seul intermédiaire entre l’hôpital et le ministère de la santé.

Un cercueil en carton blanc autour duquel se recueillent aides-soignants, infirmiers, médecins ou des assistants de régulation médicale du SAMU sur le parvis de l’hôpital Salengro. C’est par la mise en scène des obsèques des urgences que le personnel médical a poursuivi jeudi le mouvement de grève entamé depuis plusieurs mois. « Les urgences sont en deuil. C’est une mort métaphorique que nous allons porter du métro République à l’agence régionale de santé (ARS)  », explique Lyderim Bouders, secrétaire général de FO au sein du CHU de Lille, qui espère ainsi obtenir le soutien de l’agence.

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Des obsèques et un procès

Durant le cortège funéraire, c’est un procès qui est mené dans un tribunal de tissu. Sur la blouse des manifestants, de nombreuses incriminations sont dirigées contre le ministère de la santé. Le chef d’accusation ? Homicide par négligence. Les victimes ? Ce sont les soignés et les soignants. Des soignants qui se font avocat. « Le personnel soignant n’a pas la culture de la grève, a affirmé jeudi Matthieu Collart, Ça montre à quel point ça ne va pas bien au sein des urgences mais aussi des autres services. Tous souffrent d’un manque de moyens matériels et humains », assure l’infirmier en psychiatrie.

« Mardi, en admission, 30 personnes étaient en attente de prise en charge sans compter les personnes dans les box. A 21h, une dame était là depuis 6h10. Elle a 89 ans. Comment peut-on laisser ça arriver en France? », s’interroge Mathieu Guého, aide-soignant depuis 9 ans au CHU de Lille.

Une situation de moins en moins supportable pour le personnel médical : « L’année dernière, je n’ai jamais eu autant de personnes qui me demandent comment on démissionne, comment on se reconvertit. La durée moyenne d’exercice d’un infirmier dans un hôpital public, c’est entre 5 et 7 ans. Souvent, il finit libéral », souligne Matthieu Collart, délégué syndical. « Je connais des collègues qui ont quitté les urgences pour partir ailleurs. Travailler à l’hôpital comme à l’usine, ce n’est pas humain. On est dans un épuisement quotidien », témoigne Mathieu Guého non sans lassitude.

Du « scotch sur la plaie »

Et ce ne sont pas les annonces d’Agnès Buzyn, ministre de la santé qui apaisent l’exaspération du personnel médical. « Ils ont mis un petit scotch sur la plaie », a lancé Lyderim Bouders. « On a l’impression d’être entendu mais quand on lit les lignes, c’est du blabla. Le SAS (service d’accès aux soins), finalement, c’est ce que fait déjà le SAMU. (…) Agnès Buzyn annonce aussi le « super infirmier » aux urgences habilité à faire certaines prescriptions. C’est une annonce pourquoi pas », souffle-il sans trop de conviction. La nécessité est ailleurs pour l’aide-soignant : « Il faut du personnel en plus. Il manque des effectifs dans toutes les professions, aides-soignants, infirmiers, médecins » énumère Mathieu. Partir ? « Non, je n’y ai jamais pensé. Je garde la foi qu’on puisse nous sauver car on aime notre métier », déclare l’aide-soignant avec espoir. Un espoir partagé par tout le personnel médical réuni en début de cortège sur le parvis réanimation, manifestant la volonté de réanimer un service à bout de souffle.

Une banderole a été suspendue, urgences en souffrances
Une banderole a également été suspendue, sur laquelle des mots ou plutôt des maux ont été inscrits : « Urgences en souffrances ».

Océane Pirez

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