Elles occupent l’espace public pour lutter contre les féminicides

« Elle le quitte, il la tue. », « Plus écoutées mortes que vivantes », « On ne veut plus compter nos mortes »… Des affiches coup de poing pour répondre à la violence contre les femmes.

Depuis le mois d’août, des collectifs militants collent des affiches dans les rues des grandes villes françaises pour dénoncer les féminicides. L’initiative, née à Paris sur une idée de Marguerite Stern (activiste féministe passée par le Femen) a rapidement été reprise en province.

La médiatisation de ces actions est encore balbutiante et compliquée, car les collages demeurent illégaux. Pauline, étudiante de 21 ans et colleuse à Paris, nous a ouvert ce milieu. 

Presse360 : Comment s’organisent les collages ? 

Pauline : On se retrouve en fin d’après-midi dans le squat qui est notre quartier général pour peindre. Notre matériel est très simple : des feutres, de la peinture noire et de la colle à papier peint. Le but est que l’action soit reprise partout en France. Contrairement à la peinture, les collages se font en non mixité, on a pensé que c’était indispensable d’avoir un moment de réappropriation de l’espace urbain entre femmes. Ensuite, on déambule dans Paris. Il faut agir vite, on essaye de prendre moins de cinq minutes, car les collages sont illégaux. Généralement, on choisit des endroits assez neutres. Mais le collage reste très personnel, selon l’appréciation de chaque groupe. Il y a eu des collages sur des cinémas, des églises, Matignon ou encore la pyramide du Louvre. 

Que se passe-t-il ensuite ? 

On se retrouve au QG, pour parler de ces moments forts. Ce qui est systématique, c’est les photos que l’on prend pour notre compte Instagram. Quand des collages sont des demandes de famille de victimes, on leur envoie une photo, pour leur rendre hommage. 

Quels sont les risques encourus lors des collages ? 

Affichage sauvage, c’est une amende de 68€ par personne. C’est à dire que s’il y a cinq personnes présentes sur les lieux, chacune paye la somme. Ça peut très vite monter… Lors des collages près de Matignon, les militantes ont reçu une amende de plus 400€. La mairie de Paris réagit en disant qu’elle ne peut pas faire la différence entre un affichage militant et un affichage injurieux. On respecte donc des règles de politesse da base avec les forces de l’ordre, car on est au courant de l’illégalité. Le but est de ne pas se retrouver en garde à vue. 

Pourquoi occuper l’espace public semble un enjeu crucial pour la question des féminicides ?

109 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint depuis le 1er janvier 2019. Presque autant de femmes ont été tuées en 9 mois que sur l’année entière en 2018. Il n’y a pas de reconnaissance du féminicide dans le code pénal. Il est considéré comme un crime comme les autres alors que ces femmes sont tuées parce qu’elles sont femmes, pas parce qu’elles étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Le crime touche aussi la famille proche, souvent des enfants, et il reste maquillé en crime passionnel. La plupart du temps, les médias le conçoivent encore comme quelque chose de très romanesque.

Avez-vous reçu du soutien en dehors de celui des familles des victimes ? 

Bien sûr ! Quand on colle dans la rue en fin d’après-midi, des personnes s’arrêtent, prennent des photos et nous félicitent. On est également soutenues sur les réseaux sociaux ou par des associations féministes. Les collages ont été adoptés à Lille, à Perpignan, à Marseille, à Toulouse, à Saint-Etienne, dans de très nombreuses grandes villes ! Il y a aussi un groupe à Bruxelles ou encore des actions menées à Istanbul. On prend conscience que le combat est loin d’être vain. S’occuper de cette question sociale et pénale est une urgent. Le soutien que l’on attend, c’est celui du gouvernement… qui reste pour l’instant silencieux.  

Vidéo réalisée par Camille Hattu et Juliette Zybura, produite par Pipole Prod

Propos recueillis par Sophie Basquin