Lucie Leguay, des touches de son piano à la baguette de l’orchestre

A 29 ans, Lucie Leguay est la nouvelle cheffe assistante d’orchestre à l’Orchestre national de Lille, pour la saison 2019-2020, ainsi qu’à l’Orchestre de Picardie et à l’Orchestre national d’île-de-France. Après le concert de Shéhérazade, la musicienne d’origine lilloise va diriger pour la première fois seule le spectacle Sorciers, sorcières à Lille le 31 octobre prochain. 

« Le trombone seul », lance Lucie Leguay, debout au milieu d’une dizaine de musiciens sur la scène de l’auditorium du conservatoire de Lille. Un silence avant un son cuivré. « Plus fort ! Tatata. Tatata… Et un, deux, trois » reprend la cheffe d’orchestre de 29 ans en battant la mesure, de la main droite. La main gauche, plus expressive, exécute une danse saccadée. L‘étudiant de l’école supérieure de musique et danse (ESMD) souffle à nouveau dans son instrument, moins tintant et plus retentissant, plus énergique et quelque peu passionné. La jeune cheffe d’orchestre aux traits un peu tirés retrouve le sourire. C’est cette passion que cherche à transmettre la cheffe d’orchestre, alors en répétition autour du concert de Shéhérazade. L’après-midi, c’est un autre registre qu’elle fera résonner au sein de l’Orchestre national de Lille où elle est cheffe assistante pour la saison 2019-2020. Un poste qu’elle occupe également à l’Orchestre de Picardie ainsi qu’à l’Orchestre national d’île-de-France. La vie de Lucie Leguay est aussi rythmée qu’une partition de Rimski-Korsakov. 

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Les musiques de Harry Potter ou de L’Apprenti Sorcier lors du concert « Sorciers et Sorcières » au Nouveau Siècle à Lille fin octobre, de Maurice Ravel ou du Jean-Baptiste Lully durant le spectacle « Reflets » à la Philharmonie de Paris en novembre… « Je fais tous les répertoires, je fais autant du Wax Tailor, que du symphonique, de l’opéra, que du contemporain, énumère la cheffe d’orchestre lilloise sans placer un genre au-dessus d’un autre, Toutes les musiques sont des bonnes musiques, ça part toujours des mêmes sentiments ». Des sentiments figés sur une partition, elle en donne une interprétation. Le chef d’orchestre est tel un peintre laissant sa touche en réalisant une performance en direct : « Il choisit les tempi, les couleurs, le caractère ou encore les dynamiques. Il communique à travers son corps, son regard pour fédérer tous les musiciens et fabriquer une osmose« . Si la communication avec les musiciens est essentielle, Lucie Leguay aime aussi échanger avec le public : « C’est agréable pendant le concert de s’adresser aux gens. Il y a une dimension pédagogique que j’aime développer. Pour Shéhérazade, je raconte l’histoire. J’explique le thème comme celui du méchant sultan. On doit mettre plus la musique au service du public et à tous les publics. Pour cela, il faut des clés d’écoute« . 

Un parcours sans fausse note

Etre à l’écoute au sein d’un collectif, voilà ce qui plaît tant à Lucie Leguay dans la direction d’orchestre, elle qui a découvert la musique sur le tabouret d’un piano, souvent placé en marge d’un orchestre. « Mon père est professeur de piano. Il m’a initié à l’âge de 3 ans. Mon arrière-grand-mère, ma grand-mère jouaient au piano. Je suis rentrée à 6 ans au conservatoire national de Lille.« , se souvient Lucie, les yeux lumineux. La musicienne se prend de passion pour la direction d’orchestre à 15 ans, lors d’un stage de piano: « J’ai eu l’opportunité de jouer au sein d’un orchestre. J’ai senti toute cette énergie incroyable entre les musiciens, tout en regardant le chef en face de moi. J’ai eu un énorme choc« . Trois ans plus tard, elle commence à étudier la direction d’orchestre, également au conservatoire de Lille, où elle fait une rencontre déterminante, celle de son professeur Jean-Sébastien Béreau. « S’il n’avait pas été là, je pense que je n’aurais pas fait ce métier. J’ai tout appris avec lui« , confie-t-elle. « Il disait q’un bon chef d’orchestre dirige pour chaque musicien. Ça veut dire qu’on n’oublie personne. On va regarder le dernier violon, ou le troisième trombone qui joue moins souvent que le premier. On partage la musique de la même manière entre chaque musicien« . Lucie s’est mise au diapason et a réalisé un parcours sans  fausse note. Elle valide une licence de piano en même temps que son prix d’Orchestre à l’ESMD tout en fondant l’Orchestre de chambre de Lille (OCL) et en assurant une tournée avec l’auteur-compositeur Wax Tailor. « Pour la première fois, on me demandait d’assumer 12 dates en France avant de partir en Colombie. C’était un peu la folie dans les voyages mais c’était excitant car c’était un nouveau répertoire.« . Il y a une anecdote que raconte Lucie avec plaisir. « Je pensais que c’était Wax Ténor et non Tailor. Je suis bien déformée« , s’amuse-t-elle. 

De retour de Colombie, elle ne fait qu’une escale en France. La licence de piano, le prix d’orchestre et les premières expériences de tournée dans ses  bagages, elle prend la direction de la Suisse. « Je suis partie faire un master de direction d’orchestre à la Haute Ecole de Musique de Lausanne pendant trois ans, avant de participer à des concours« . Parmi les concours, celui de novembre 2018, le concours tremplin à la Philharmonie de Paris pour lequel elle a longtemps hésité avant de proposer sa candidature. Le seul bémol : il s’agit d’un concours dédié aux femmes. « Au début, j’étais contre le fait de participer à un concours où il n’y avait que des femmes. Si je veux être à l’égal des hommes, je fais un concours avec des hommes. Mais c’était l’occasion de rencontrer les professionnels du jury, et ça m’a donné une visibilité incroyable.« , énonce la lauréate sans aucun regret, tout en espérant que la discrimination positive ne devienne pas un leitmotiv. « Pour moi, un chef n’a pas de genre ni de sexe. Je ne dirige pas plus féminine qu’un homme. Un homme ne dirige pas plus masculin que moi. Un chef est une personnalité. » C’est sa personnalité éclectique aux influences multiples qu’elle voudrait voir nommer à un poste de chef d’orchestre établi. « Je suis cheffe invitée et non cheffe principale d’un orchestre national. Mon souhait, est d’avoir l’opportunité de diriger un orchestre, pendant trois ou cinq ans avec les musiciens, pour créer une programmation, une relation de confiance, et donner à l’orchestre une empreinte musicale particulière et propre« . Et ainsi, avoir l’occasion d’écrire sa propre symphonie. 

                                                                                                         Océane Pirez

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