Lille : six candidats pour un beffroi

Jadis imprenable bastion socialiste, la compétition pour la mairie de Lille, et par extension la métropole européenne lilloise (MEL) est plus disputée que jamais. Tour d’horizon des forces en présence.

Le paysage politique lillois est en phase de recomposition rapide. Jugez du peu : il y a un an, on prédisait un raz de marée insoumis porté par Adrien Quattennens, que Martine Aubry ne se représenterait pas et que Gérald Darmanin tenterait sa chance sous les couleurs d’En Marche. Aucune de ces prédictions ne se sont réalisées et les cartes ont été rebattues.

Martine Aubry, favorite en danger

« La tsarine » comme aiment à l’appeler les socialistes locaux part incontestablement favorite pour un quatrième mandat – elle qui avait pourtant promis d’en rester à trois. Une ultime candidature qui n’était pourtant pas évidente, tant la maire de Lille apparaît isolée et sa garde rapprochée clairsemée, touchée par les départs successifs et le décès de Pierre de Saintignon, cheville ouvrière du dispositif dont l’absence n’a jamais pu être comblée. Certes le ciel s’est quelque peu éclairci avec l’affaiblissement de la menace insoumise et une réconciliation avec son rival interne, Patrick Kanner. Pour autant, si la maire de Lille peut toujours compter sur son implantation plus que solide, les fragilités de Martine Aubry n’ont pas disparu. Le scénario qu’elle redoute serait une quadrangulaire qui l’opposerait à sa droite à son ancien bras droit Violette Spillebout, et à sa gauche aux écologistes et aux insoumis. Un scénario qu’elle s’emploie à éviter en rassemblant au maximum à gauche au premier tour grâce à une multitude de propositions vues comme écologiques et sociales, telle la gratuité des transports en commun.

Violette Spillebout, calife à la place du calife ?

Elle rêve de reproduire à l’échelle locale ce qu’a été l’élection d’Emmanuel Macron à l’échelle nationale. Préférée par En marche à la députée Valérie petit, l’ancienne chef de cabinet de Martine Aubry entend bien s’emparer du trône de son ex-patronne. La stratégie est simple, agglomérer le vote de droite anti-Aubry, qui bien que minoritaire représente quelque 20% des voix, au vote de gauche des déçus de la mairie actuelle, notamment par l’autoritarisme de la maire sortante. Une stratégie bien entamée avec le ralliement du centre-droit, Modem et UDI. Quelques motifs d’inquiétude cependant. D’abord l’inexpérience de la tête de liste, qui a certes connu les rouages de la politique municipale mais jamais l’arène électorale, et qui n’est pas à l’abri de maladresses comme le montre l’épisode de la braderie de Lille, ou Violette Spillebout avait fait voler un drone en toute illégalité puis utilisé des images de la foule pour illustrer un soutien politique qui n’avait pas été exprimé. Autre épine dans le pied : la division interne. Sa rivale pour l’investiture n’a pas accepté sa défaite et a refusé d’exprimer son soutien. Les tentatives pour trouver un point de chute à cette dernière, nottament à Marcq-en-Barœul n’ont pour le moment rien donné…

La gauche de la gauche en embuscade

Il y a à peine un an, les insoumis se préparaient à conquérir l’hôtel de ville, emmenés par un Adrien Quattenens triomphant. Las, les mauvais résultats des élections européennes auront eu raison des ambitions municipales de ce dernier qui préfère se consacrer à ses toutes nouvelles responsabilités partisanes. Le mouvement mélanchoniste se contente donc de nommer deux « chefs de file » renvoyant le choix définitif d’une tête de liste à plus tard, reconnaissant en creux ses faibles chances d’emporter la Mairie. A contrario, les écologistes ont le vent en poupe. Jusqu’ici auxiliaires fidèles de la majorité municipale, ces derniers deviennent ambitieux dans une ville qui, historiquement, leur réussit. Le principe d’une liste autonome au premier tour, emmenée par le duo formé de Stéphane Baly et Stéphanie Bocquet est acté, et la petite musique de campagne se met en place, avec des critiques à l’encontre de Martine Aubry : sa conversion tardive à l’écologie, son autoritarisme loin des principes de démocratie participative, son orientation « tout béton » dans plusieurs dossiers emblématiques.

La droite en outsider, l’extrème droite discrète

Dans une ville ou elle est traditionnellement faible (sauf en 1995), confrontée à la concurrence d’En Marche et de l’extrème droite, la droite lilloise ne croulait pas sous les candidatures de poids. Elle est donc allée la chercher hors les murs, en la personne du maire de Lambersart, Marc Philippe Daubresse. L’ancien ministre de Nicolas Sarkozy cherche à rebondir après avoir échoué en 2017 à conquérir la fédération LR du Nord. S’il compte sur son profil centriste pour retenir les électeurs tentés par l’option Violette Spillebout, tout reste à faire pour la candidature Daubresse. L’ambiance n’est tellement pas à l’optimisme que le patron LR du département, Jean-René Lecerf expliquait qu’en cas d’absence de LR au second tour, il se voyait sans trop de soucis voter…Martine Aubry. Du côté du Front National, sans illusions sur ses chances et ayant vu partir sa figure de proue qu’était Eric Dilles, le FN a donc investi l’avocat Eric Cattelin-Denu qui mène jusqu’à présent une campagne fort discrète.

Aux six « gros candidat » s’ajoutent plusieurs « petits » : Génération.s, le parti hamoniste entend monter une liste, de même que les gillets jaunes qui pourraient s’inviter dans une campagne qui promet d’être de longue haleine.

Guillaume Mereb