Pesticides, « agri-bashing »… la détresse des agriculteurs à Wazemmes

Depuis plusieurs mois, le monde agricole est un sujet d’actualité permanent. Traités anti-pesticides, agri-bashing, les paysans sont devenus, malgré eux, une cible. Ils sont très souvent mentionnés mais finalement peu écoutés. Nous sommes donc partis à leur rencontre sur le marché de Wazemmes, à Lille.

Premier constat sur place, les stands des producteurs locaux sont mélangés avec ceux des revendeurs. Ce choix de placement peut paraître anodin mais pour l’une des agricultrices interrogées, cela ne permet pas de mettre leur travail en avant. Pourtant, acheteurs occasionnels comme réguliers favorisent les produits issus dans la région. Tous disent comprendre la détresse des paysans et les soutiennent ; tout comme les revendeurs qui affirment être « fiers » de travailler avec eux.

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Stand d’un producteur local

Lorsque nous voulons interviewer les agriculteurs présents sur le marché, beaucoup refusent. « Pour quoi faire ? » demande l’un d’eux, « ce n’est pas un article qui fera changer les choses, la vérité, c’est que tout le monde s’en moque ». Il parle toutefois volontiers des difficultés qu’il rencontre au quotidien. Ses mots sont emprunts de colère. Pour lui, cela ne fait aucun doute, dans quelques décennies, il n’y aura plus d’agriculteurs en France.

Une profession qui séduit de moins en moins

Quelques chiffres méritent d’être rappelés. En 1988, il y avait 1,1 million d’exploitations. Selon les données Agreste 2017, elles n’étaient plus que 451 000 en 2013 ; les chiffres ont évidemment diminué depuis. Salaires trop faibles (un agriculteur sur trois gagne moins de 500€ par mois), journées de travail trop longues, la vie agricole est difficile au point qu’un agriculteur en France se suicide tous les deux jours.

Début octobre, un communiqué de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) a d’ailleurs déclaré, « France, veux-tu encore de tes paysans ? » Plusieurs manifestations ont eu lieu depuis avec les « feux de détresse » et des opérations escargot dans l’espoir de voir une prise de conscience s’opérer tant chez les Français que chez les autorités.

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Manifestation agricole (AFP / Jean-Philippe Ksiazek)

C’est cette réalité qui effraie les agriculteurs interrogés à Wazemmes. Beaucoup ont d’ailleurs évoqué le film Au Nom de la Terre d’Edouard Bergeon, sorti le 25 septembre dernier. Il dépeint avec justesse le monde agricole, aussi beau que difficile. Certains l’ont vu, d’autres pas encore parce qu’ils savent qu’il sera pénible à regarder.

L’agri-bashing, un facteur de la détresse paysanne à part entière

Tous les producteurs locaux présents sur le marché ont déclaré avoir déjà été victime d’agri-bashing. Ils évoquent l’agressivité progressive qu’ils ont ressentie de la part des acheteurs ou des revendeurs, notamment par rapport à l’épineuse question des pesticides.

Ce constat alarmant permet à lui seul d’expliquer la sinistrose qui frappe le monde agricole. Ils dénoncent également les médias qui les stigmatisent. L’un d’eux mentionne en particulier Elise Lucet qui l’a « scandalisé » dans Cash Investigations à cause de ses propos jugés inexacts ayant alimenté l’agri-bashing.

Une productrice de Cresson de Manqueville Lillers dit avoir une « culture orpheline ». Elle travaille dans cette exploitation qui date de 1930 depuis 49 ans. « Orpheline » car elle est l’une des rares en France à encore produire du cresson, un aliment ayant quasiment disparu de nos assiettes alors qu’il est riche en vertus.

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Stand de la productrice de cresson

Elle reconnaît volontiers toute la difficulté de son métier, surtout en tant que femme. Elle a converti les 2/3 de sa ferme en bio mais elle n’a pas demandé à recevoir d’aides de la PAC : « si je ne demande rien, je ne serais pas déçue de ne rien avoir ». Elle se débrouille par ses propres moyens, pour l’amour du métier.

Flore Lheureux

Image mise en avant : marché de Wazemmes