A Lille, les commerces de cigarettes électroniques souffrent de la polémique

Cela fait maintenant plusieurs mois que la « e-cigarette » est dénoncée comme dangereuse, responsable de la mort de plusieurs personnes aux Etats-Unis. Si en France, aucun incident de ce type lié à la « vape » n’est à déplorer, les commerçants notent une baisse des ventes. La capitale des Flandres n’est guère épargnée.

 

«  On a moins de visiteurs et on ressent le doute qui s’est installé chez certains clients », déplore un vendeur de la boutique Taklope, à Lille. Celle-ci est spécialisée dans la vente de cigarettes électroniques.

Un baisse également constatée par d’autres commerces spécialisés dans ce domaine. Mais celle-ci ne semble pas trop inquiétante pour l’heure. « Bien entendu, il y a eu un petite baisse du secteur. Mais la réaction de la communauté, qu’il s’agisse des consommateurs ou des scientifiques soutenant la vape, a été rapide et efficace », assure-t-on du côté du Petit Vapoteur, magasin installé depuis peu dans la rue des Tanneurs.

« La filière française de la cigarette électronique souffre d’une chute d’activité de l’ordre de 25% à 30%« , a quant à elle indiqué fin septembre l’entreprise Kumulus Vape, l’un des grands acteurs du secteur.

« Ces articles mettent le flou »

 Cette baisse serait-elle à imputer au traitement médiatique de ces derniers temps? Depuis plusieurs semaines, la « vape » est en effet pointée du doigt. «Ces articles mettent un peu le flou dans le domaine de la cigarette électronique. Les e-liquides mis en cause dans cette affaire ne sont pas légaux car il s’agissait d’huile de cannabis. Celle-ci est non adaptée aux e-cigarettes et très toxique pour les poumons », fait-on valoir chez Taklope.

Les articles incriminés accusent la cigarette électronique d’avoir causé la mort de 33 personnes aux Etats-Unis, et d’en avoir rendu malades 1 500. 

Pourtant, il est pour l’heure impossible de confirmer que les incidents survenus outre Atlantique sont liés au dispositif en lui-même. Les malades faisaient un usage détourné de ce dernier, en utilisant des liquides frelatés. 

Il n’en fallait néanmoins pas plus pour instaurer la peur chez certains usagers, même en France où la réglementation concernant les liquides est très stricte. Ce traitement médiatique s’ajoute d’ailleurs à un récent rapport de L’OMS, qui déconseille la cigarette électronique à ceux voulant arrêter de fumer. L’organisation y indique que celle-ci serait « incontestablement nocive », même si les risques n’ont pas été mesurés « de manière concluante ». 

Rétropédalage médiatique ?

Après avoir jeté de l’huile sur le feu, les médias français commencent depuis quelques jours à donner la parole aux addictologues, pneumologues et autres médecins. Tous s’accordent à dire que la cigarette électronique est incontestablement nocive. Mais cette nocivité est infiniment moins importante que celle de la cigarette classique et ses 50 substances cancérigènes.

Ils sont même plusieurs médecins à conseiller la e-cigarette pour arrêter de fumer, et à prendre position en faveur de la « vape » sur les réseaux sociaux. A l’instar du professeur Bertrand Dautzenberg, addictologue très actif sur Twitter. « La vape est un outil contre le cancer, car c’est un produit de sortie du tabac », écrivait-t-il le 2 octobre. Dans une interview pour France Inter, le 14 octobre, il expliquait: « Dans un ou deux ans, les études confirmeront que ça marche aussi bien que les meilleurs médicaments pour arrêter de fumer.«  De quoi redonner de l’espoir aux accros à la cigarette désireux d’arrêter, à la veille du « mois sans tabac ».

 

 

Rachel Cotte