Chirurgie bariatrique : le dernier secours des personnes atteintes d’obésité ?

L’obésité touche en France 8 millions de personnes. Rendant la vie quotidienne difficile et souvent source d’autres maladies, l’obésité est une maladie chronique évolutive. Elle présente des formes cliniques hétérogènes, allant de l’obésité́ simple aux obésités massives et complexes. Françoise Turpin, nutritionniste diététicienne au CHU de Lille a répondu à nos questions.

IMG_4471.jpgFrançoise Turpin, nutritionniste diététicienne au CHU de Lille dans service de chirurgie bariatrique (crédit photo : Justine Carrère)

Cela fait 35 ans que Françoise Turpin est diététicienne nutritionniste. Depuis 5 ans, elle travaille dans le service de chirurgie bariatrique au CHU de Lille, le service dédié aux interventions chirurgicales pour les patients atteints d’obésité. Référent pour une partie de la France dans ce domaine, le CHU de Lille propose trois types d’interventions tels que l’anneau gastrique, la sleeve ou encore le by-pass, ce qui n’est pas le cas de tous les hôpitaux de France. D’ailleurs, en cas de complications liées à divers facteurs, tout patient opéré à Lille ou non, se rend ou peut se rendre au CHU de Lille.

« Il n’y a pas de profil type »

Selon Françoise Turpin, il n’y a pas de « profil type » de personnes atteintes d’obésité. Son constat est celui-ci, « il est vrai qu’il y a plus de femmes opérées que d’hommes mais bien sûr, cela diffère en fonction des profils car l’historique du poids est différent » précise-t-elle. Chez les femmes par exemple, l’obésité est plus fréquemment la conséquence d’une « alimentation émotionnelle « , selon les périodes de stress, de surmenage ou de problèmes divers. Elle rappelle également qu’il n’y a pas que « la cause héréditaire. L’obésité est liée à différents facteurs tels que les habitudes alimentaires de la famille, l’environnement ». Elle ajoute également que « l’alimentation est de manière consciente ou non, telle une béquille en compensation de leurs difficultés au même titre que la cigarette ou l’alcool peut l’être pour certaines personnes. »

Un diagnostic éducatif essentiel

Lorsqu’un patient prend rendez-vous, une rencontre en entretiens individuels avec l’équipe pluridisciplinaire est organisée. L’équipe se compose alors d’une éducatrice médico sportive, une diététicienne, un(e) médecin(e) nutritionniste, un infirmier(ère), d’une psychologue). Ainsi, l’équipe réalise un diagnostic éducatif. Françoise Turpin l’explique, « le patient est au début de sa prise en charge de projet de chirurgie bariatrique. Plusieurs acteurs entrent en jeu au CHU de Lille comme un(e) éducatrice médico sportif, un(e) diététicienne, un(e) médecin(e) nutritionniste, des aides soignant(e)s, des infirmiers(ères), un(e) psychologue, et des chirurgien(e)s. »

A partir de ce diagnostic, il y a ce qu’on appelle « un dossier partagé incluant historique de poids du patient, ses antécédents, son environnement ». En tant que diététicienne nutritionniste « mon rôle est d’aider le patient à modifier son comportement alimentaire. Au cas par cas, il peut s’agir d’un travail de rééquilibrage alimentaire tel que l’arrêt des boissons gazeuses, de l’alcool et des boissons en mangeant, d’une réduction de la vitesse d’ingestion de minimum vingt minutes de temps de repas, ainsi que d’un apprentissage de reconnaissance et de respect des sensations alimentaires tels que la faim, la satiété ou encore le rassasiement » relate la nutritionniste diététicienne.

Une éducation de l’alimentation nécessaire

« Manger de tout, de façon équilibrée, mais surtout manger en pleine conscience. Cela passe alors par la reconnaissance et le respect des sensations alimentaires. Voilà ce que je conseille à mes patients » relève la diététicienne nutritionniste du CHU de Lille. « C’est un tout. Il faut prendre en compte divers facteurs et ce même dès l’enfance. » En effet « on accueille également des adolescents atteints d’obésité. Cette maladie ne touche pas que les adultes mais selon moi il n’y pas assez de spécialistes formés pour les enfants dans ce domaine ». D’ailleurs « Il y a de plus en plus d’enfants obèses. C’est en partie due à une alimentation totalement déséquilibrée accompagnée de boissons sucrées et bien sûr la malbouffe mais également à un manque d’activité physique souvent lié à la sédentarité » affirme Françoise Turpin.

Les conditions à respecter afin qu’une opération chirurgicale soit possible

Les facteurs pris en compte lorsqu’un patient se tourne vers ce type de chirurgie sont divers selon elle : « il faut qu’ils aient déjà tenté d’autres alternatives de perte de poids car c’est une des conditions à respecter dans le but de prétendre à ce type d’intervention chirurgicale » indique-t-elle. D’ailleurs, « selon la haute autorité de santé, ce type d’intervention chirurgicale doit concerner des individus ayant un IMC [Indice de Masse Corporelle] supérieur à 40. Néanmoins, si l’IMC se situe entre 35 et 40, une intervention chirurgicale est tout de même possible si la personne présente des comorbidités, tels que le diabète ou une hypertension artérielle » relate cette dernière.

Cependant, « beaucoup tombent de haut car ce n’est pas une solution miracle non plus. Ce n’est pas une décision anodine, il faut prendre en compte les risques éventuels post-opération » remarque-t-elle. Il y a toujours « un risque car une fois opérés, s’ils reviennent à leurs habitudes alimentaires, cela peut avoir des conséquences sur leur santé par la suite » reconnaît cette dernière. « Cette volonté de passer par la chirurgie n’est pas la même pour tous. En effet, huit patients sur dix sont dans une démarche personnelle. Par ailleurs, l’une des motivations est d’ordre esthétique, notamment chez certaines femmes. Le plus souvent la motivation est d’ordre médical comme le diabète, le fait de ne plus pouvoir bouger, des problèmes cardiaques » énumère-t-elle.

La chirurgie bariatrique vue comme dernier secours

Alors que certains ont longuement lutté contre cette maladie en passant par différents régimes bien souvent drastiques, certains se sont tournés vers la chirurgie bariatrique. Outre le côté esthétique, elle est perçue comme le dernier secours. Connue pour ses pertes de poids importantes, les opérations chirurgicales sont principalement choisies car leurs résultats sont très rapides. Aujourd’hui, plusieurs types d’interventions existent. Mais que veulent dire ces termes ? L’anneau gastrique est une intervention chirurgicale consistant à poser un anneau autour de la jonction entre l’œsophage et l’estomac. Son avantage est d’être ajustable et réversible.

A l’inverse, la sleeve est une méthode chirurgicale définitive au même titre que le by-pass. C’est une intervention chirurgicale consistant à retirer une grande partie de l’estomac, formant un tube. De ce fait, l’estomac est alors réduit à un tube vertical et par conséquent, les aliments passent rapidement dans l’intestin. En ce qui concerne le by-pass, cette technique consiste à réduire le volume de l’estomac, mais aussi à modifier le circuit alimentaire. Ainsi, le by-pass permet donc à la fois d’être rassasié plus vite et d’absorber moins d’aliments. Cependant, la technique du by-pass n’est pas la solution miracle à l’obésité, car il y a tout de même 30% d’échecs, avec des complications parfois très graves.

Alors que les troubles de l’image corporelle s’intensifient chez les personnes atteintes d’obésité, certains décident de se tourner vers la chirurgie bariatrique. Entre anneaux gastriques, sleeves ou encore by-pass, les interventions chirurgicales sont régulièrement prisées car elles permettent une perte de poids rapide. Il est à souligner que cette perte de poids n’est pas à prendre à la légère et qu’il est essentiel de garder une alimentation mesurée, saine et équilibrée.

Justine Carrère