Encrer pour s’émanciper

Reka Nyari photography

A la maison de la photographie, située à quelques pas de la station de métro Fives à Lille et jusqu’au 17 novembre, les vingt-quatre clichés de l’artiste New yorkaise, Reka Nyari, mettent en lumière cinq femmes, qui ont fait de leur corps le témoin des épreuves qu’elles ont traversées, des histoires qu’elles ont vécues.

A travers sa série de portraits en noir et blanc qu’elle a intitulé “Ink stories”, Reka Nyari donne à voir le tatouage comme la marque incrustée d’un passé qui, paradoxalement, permettrait de l’effacer pour mieux construire l’avenir.
Notre corps raconte indéniablement des histoires. Nos expériences accumulées, notre marche, notre regard, notre posture, en disent long sur qui nous sommes. Le tatouage constitue ici une voix supplémentaire à un langage corporel, une histoire dans une histoire. C’est ce qui rassemble ces femmes pour lesquelles cet art corporel constitue un moyen d’expression et de libération d’expériences destructrices vécues.
C’est justement ce qui fascine cette jeune photographe à l’origine de ce projet. Pour elle, l’histoire derrière chaque image est aussi importante que l’image elle-même : “J’ai toujours été fascinée par les tatouages parce qu’ils sont narratifs et définitifs, l’encre fait partie de ces femmes, de leur passé, comme nos cicatrices et nos expériences.”

                                                                                                                       

Autant d’histoires que de femmes

Ne dit-on pas “soigner le mal par le mal” ? L’aiguille dans la chair, le couteau dans la plaie, oui mais pas sans raison. Cette douleur est minime comparée à celle vécue par ces femmes.
Pour l’une d’entre elles, Ginzilla, les illustrations de loups, de tigres et de dragons dont est recouvert son corps sont une manière de rejeter les normes de la société japonaise, dont elle est issue, et au sein desquelles elle se sent étouffée. Son art apparait comme un acte de rébellion, contre une culture qui attend d’elle obéissance et soumission.
Pour Eowyn, les ornements sur son corps lui servent de bouclier face aux douleurs émotionnelles et physiques endurées dans son enfance. Comme une seconde peau, les emblèmes guerriers dont elle s’est habillée lui donnent la force et la dureté nécessaire pour affronter les épreuves de la vie.
Julie, quant à elle, utilise le tatouage comme thérapie, sur des personnes souffrant de traumatismes physiques ou mentaux. En transformant ainsi les corps, elle en fait quelque chose de positif, elle part de ténèbres et les transforme en lumière. C’est d’ailleurs ce qui l’a elle-même guérie en expérimentant son art sur son propre corps.
Cette idée est au cœur de ce travail, celle que la blessure est l’entrée de la lumière, que les choses négatives qui nous arrivent puissent faire de nous des êtres humains plus puissants.

Hélène Decaestecker