Chili : « J’aime mon pays mais je vais le quitter »

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Laura Little, 23 ans, est chilienne. Elle vit avec ses 5 frères et ses parents à Santiago de Chile, la capitale du pays. Elle est venue étudier pour le semestre en France, à l’Université catholique de Lille. Il était prévu qu’elle rentre chez elle au mois de décembre 2019 mais étant donné la crise sociale et politique qui frappe son pays, elle et sa famille pensent quitter le Chili pour de bon, pour partir habiter en Angleterre, d’où est originaire son père et le reste de sa famille.  

“Mon père m’a dit que probablement je ne vais pas rentrer cette année [au Chili, ndlr] et qu’on va partir le plus rapidement possible.”

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De gauche à droite : les parents de Laura, ses frères et son grand-père maternel.

Cette décision brutale, son père l’a prise pour la sécurité de sa famille. Laura raconte, avec un exemple parmi tant d’autres, la détresse dans laquelle elle se trouve depuis l’émergence du conflit début octobre 2019 :

“La semaine dernière, Martín, mon petit frère de 12 ans a vu que le supermarché était ouvert, ce qui n’avait pas été le cas depuis 4 jours, et il s’est mis à courir. Arrivé devant le magasin, il a dû faire la queue pendant 5 heures. Les gens achetaient tout ce qu’ils pouvaient. Résultat, quand son tour est arrivé, il n’y avait plus rien. Il est reparti les mains vides. Tout est très compliqué en ce moment.”

Laura est étudiante en pédagogie à l’Université Catholique du Chili. Située en plein centre de Santiago de Chile, la capitale, l’université a été le théâtre d’affrontements entre manifestants et autorités chiliennes. 

“Mon université est actuellement fermée. Des étudiants ont manifesté là-bas, ils ont commencé à devenir violents et la police a commencé à tirer. Trois étudiants ont été blessés. Le directeur a décidé de fermer le campus.”

John, 21 ans, le plus grand des frères de Laura est en 2ème année de design graphique à l’université Finis Terrae à Santiago de Chile. Son université est elle aussi fermée. C’est officiel depuis la semaine dernière mais cela fait déjà un mois que John ne va plus en cours puisque plus aucun cours n’y est dispensé.  Les quatre autres frères de Laura, Pedro 10 ans, Martín 12 ans, Tomás 15 ans et Paul 17 ans, sont dans le même établissement scolaire. Contrairement à John, ils ont encore cours, mais leur emploi du temps a bien changé :

“Ils n’ont plus cours l’après-midi, leurs journées finissent dorénavant à 12h. Ils ne peuvent plus faire de sport. Quand ils rentrent de l’école ils sont cloîtrés à la maison parce que c’est trop dangereux dehors, plus personne ne sort par sécurité.”

D’autres proches de Laura sont touchés quotidiennement par ce conflit.

“Mon copain est diabétique et c’est vraiment difficile pour lui d’acheter de l’insuline en ce moment, et ça c’est vraiment dangereux. Un jour il a dû faire la queue pendant plus de 5 heures dans une des rares pharmacies ouvertes pour acheter son médicament. Lui aussi pense quitter le pays, peut-être pour l’Allemagne car son grand-père en est originaire.”

Malgré l’insécurité et alors que toute sa famille va quitter le Chili pour aller vivre en Angleterre, Laura compte rentrer au Chili en décembre 2019, comme prévu.

“Mon père a pris la décision déjà, ma famille va partir le plus rapidement possible. Mais moi je vais peut-être rester un semestre de plus que ma famille pour finir mes études au Chili et pouvoir partir plus tranquillement après. Je pense que mon école va rouvrir, c’est la meilleure université du Chili, elle doit rouvrir.”

Le mardi 5 novembre 2019, après plusieurs semaines de conflit, le président chilien Sebastián Piñera s’est prononcé dans une interview exclusive accordée à BBC News Mundo.

 

Le président chilien y affirme qu’il va mettre en place un agenda social avec, entre autres, l’augmentation des retraites de 20% qui bénéficiera à 2 millions de Chiliens selon lui, mais aussi l’amélioration des revenus, de la santé, de l’éducation, et il affirme même ne pas être contre une réforme de la Constitution. 

A la question “Est-ce que ce discours vous rassure ?”, Laura répond : 

“Pas vraiment. C’est vrai qu’il faut améliorer l’éducation et la santé publique parce que actuellement c’est vraiment horrible mais dans les années 90, le coût de la santé et de l’éducation avait été multiplié par 10 et pourtant rien n’avait changé, donc c’est bizarre. Où est parti cet argent ? Les politiques chiliens ne sont pas honnêtes.”

Maude Petit-Jové

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