« Green week » : sensibiliser pour déjouer le « black friday »

À l’heure où le « black friday » bat son plein dans les boutiques lilloises, certaines enseignes profitent de l’occasion pour sensibiliser à d’autres modes de consommation. C’est le cas de SlowMod, boutique de seconde main créée par Justine Thiriez qui s’unit à quatre autres enseignes lilloises dont le Grand Playground pour proposer aux consommateurs de les accompagner le temps d’une « Green Week » du 23 au 30 novembre.

Lancée et suivie par les enseignes SlowMod, Coco Friendly, le Grand Playground et El Market, la « Green Week » est « une semaine pour mieux consommer » : une alternative au « black friday » journée noire pour l’environnement.

Justine Thiriez explique : « L’idée c’est que l’on soit dans plusieurs lieux pour accueillir plusieurs créateurs avec des thématiques différentes. Le Grand playground propose le zéro déchet, Coco Friendly et El market la mode éthique, et ici c’est l’up-cycling (Méthode de recyclage qui consiste à faire du neuf avec du vieux).»

D’après France Bleu, 62% des français profitent du « black friday » à travers l’hexagone avec 68% des achats faits dans le secteur de la mode. Avant, Justine Thiriez faisait elle aussi, le « black friday » : « J’allais tous les vendredis faire les magasins, j’adorais ça ». Un changement de mode de consommation radical pour la jeune femme, qu’elle décrit comme une réelle prise de conscience : « Je le faisais et je voyais pas le problème. C’est pour ça que j’ai créé SlowMod. » Pour elle, le démarche du bien consommer naît d’une sensibilisation : « Je trouve cela bizarre d’aller juger des gens, il faut aller dans leurs cheminements et les aider à comprendre ce qui est moins bien. » Ainsi, dans les rayons de SlowMod, se croisent vêtements vintage ou contemporain, toujours de seconde main.

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SlowMod pendant la « Green Week »

Spécialement pour la « Green Week », SlowMod libère quelques cintres de ses portants pour les vêtements de Yolande Klaassen et sa vision bien à elle de la mode : Revive. Pour sa première sortie sur le marché, elle dévoile son concept : « Mon projet Revive ce n’est pas de la seconde main mais une seconde vie pour les produits. » Elle précise : « Je crée un écosystème avec des boutiques qui n’ont pas de solution pour les invendus : je les rachète et avec mon styliste on recrée des produits ».

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Justine Thiriez créatrice de SlowMod et Yolande Klaassen créatrice de Revive

De l’autre côté de la rue, le Grand Playground à lui aussi adhéré au projet « Green Week ». L’ambition du magasin est d’accueillir dans un même espace mode, déco, services, créateurs, friperie mais surtout le temps d’une semaine, la « Green Week ».

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Le Grand Playground lors de la « « Green Week »

C’est le pop-up store zéro déchets « Lille buy Green », qui a fait le lien entre l’événement et le Grand Playground explique Suzon Bonnin, chargée de communication du concept store. Toujours dans une optique de sensibilisation, ce rayon zéro déchet propose des alternatives pour les petits gestes du quotidien : savon solide, emballages réutilisables…
Elle ajoute : « On ne raconte pas aux consommateurs que consommer c’est mal , ce n’est pas vrai, il y a des manières de consommer qui sont écoresponsables, qui sont réfléchies, qui sont respectueuses de l’environnement. Le Grand Playground n’est pas dans une logique d’anti-commercialisation : « On veut juste proposer une manière de consommer qui est différente. »

Interdire le « black friday » ?

Quant à totalement bannir le « black friday », Justine Thiriez et Suzon Bonnin s’accordent. La créatrice de SlowMod prône une confiance envers les consommateurs : « Je ne suis pas trop pour l’ingérence de l’État sur ce genre de chose. Concrètement, je pense qu’il faut faire confiance aux gens. » Elle résume : « Laissons les gens consommer comme ils veulent et faisons leur confiance, c’est davantage le rôle des marques que de l’état de limiter le « black friday ». L’Etat peut proposer de la prévention, mais de l’interdiction ça va juste faire des frustrations et donner envie aux gens de contourner le système. »

« Pour moi si le « black friday » est consommé dans le sens « J’ai attendu quinze jours pour m’acheter cette cafetière ou ce micro-onde » il faut le laisser faire. En revanche, si c’est pour aller acheter des tonnes de vêtements qu’on ne mettra pas, c’est une mauvaise chose. » ajoute Suzon Bonnin. De fait, le « jeudi noir » engendre un afflux d’achats finalement peu utiles au consommateur. C’est finalement l’opportunité du jour qui prime sur le besoin réel d’un produit. Une consommation peu réfléchie qui engendre une pollution environnementale non négligeable.

« Green week » : et les petits budgets ?

Abordant les questions liées au porte-monnaie les deux jeunes femmes se reconnaissent  conscientes de l’enjeu financier d’une telle opération commerciale : « Je pense que tout le monde a envie de mieux consommer, tout le monde a envie de faire des efforts autour de la planète mais le budget ça reste la préoccupation principale. Si on peut acheter des vêtements de seconde main qui commencent à partir de quatre euros en plein centre-ville c’est déjà pas mal » partage Justine Thiriez.

Pour Suzon Bonnin, il est nécessaire qu’une prise de conscience soit faite pour une consommation raisonnée : « J’entends tout à fait ce côté où l’on dit que le « black friday » c’est un moment commercial qui est important avant les fêtes pour faire des économies, pour des personnes aux petits budgets ça peut être intéressant. » Cependant pour elle, la démarche va plus loin : « Il faut rappeler aux gens le prix des vraies choses, (…) que les gens commencent à se poser les bonnes questions : on ne va pas passer du « black friday » à plus rien du tout, ce sont les petites habitudes du quotidien qui sont importantes. »

La « Green week » est plus qu’une action coup de poing contre le « black friday ». Pour cause, la sensibilisation aux nouveaux modes de consommation se fait sur le long terme. Changer sa manière de consommer, nécessite aussi un changement de mode de vie, impossible à mettre en place du jour au lendemain. Si la « Green week » entame la première étape du processus : « une bonne action de sensibilisation », nul autre que le consommateur pourra décider à l’avenir de sa manière de consommer, soit la fin ou non du « black friday ».

Manon Serenne