Chez les pompiers, l’étincelle est toujours vive

Des pompiers lors d’une manifestation à Paris le 15 octobre 2019
Crédit : AFP

En grève depuis le 26 juin, les pompiers se mobilisent afin d’obtenir l’amélioration de leurs conditions de travail. Baisse d’effectifs notable, probable suppression des régimes spéciaux, manque de reconnaissance des spécificités du métier, incivilités qui augmentent, les enjeux sont nombreux et se répercutent sur la prise en charge de la population. Nous nous sommes rendus dans une caserne des Hauts-de-France, afin de comprendre les raisons, les malaises et les conséquences d’un système de secours “à bout de souffle”.

Bruno, caserne des Hauts de France.

Quelles sont les revendications et les problèmes des pompiers de manière globale ?

“Les revendications nationales sont d’abord basées sur un sous-effectif qui est repris au niveau départemental et national. Il y a eu aussi beaucoup d’études sur la toxicité des fumées, sur le traitement des vêtements, des équipements et de la prise en compte des risques de maladies, de cancers chez les sapeurs-pompiers, puisque notre espérance de vie est de 67 ans. C’est un gros problème qui rejoint la prévention et la prise en compte des toxicités. Ensuite, on demande une revalorisation de la prime de feu, qui n’a pas été revue depuis 30 ans, donc qui reconnaîtrait quand même notre métier “à risques”. Toujours à l’échelon national et qu’on retrouve moins dans certains départements plus ruraux, le taux d’agressions augmente. C’est un problème de justice et de sensibilisation nationale. Il n’y a plus grand chose qui freine les jeunes. Avec toute l’actualité de la crise sociale au niveau national, les gens visent du bleu, on vient avec les gyrophares allumés, on est perçus comme des représentants de l’Etat, sauf qu’on n’est pas là pour faire du mal. “

Qu’est ce qui fait barrage pour reconnaître cette profession à risques ?

“C’est une volonté d’Etat, à mon goût. Ils reconnaissent la dangerosité du métier mais ils ne le reconnaissent pas comme métier à risque puisque ça impliquerait une augmentation des primes. Le système de secours français, que ce soit la police, le SAMU, les sapeurs-pompiers, on est toujours tenu au budget, de faire plus avec moins. Ici on est environ cent pour une cinquantaine de professionnels. On est passé il y a trois ans de douze à dix la nuit et neuf à partir de janvier, et la journée on est passé de seize à treize. On l’a vu sur notre sollicitation, et notre potentiel sur l’intervention est diminué. Il est renforcé mais par d’autres casernes donc le délai n’est pas le même. On le voit aussi avec le SAMU et la police quand ils doivent intervenir sur nos interventions. C’est vraiment le système de secours qui est à bout de souffle. “

Qu’est-ce que vous attendez après le 5 décembre ?

“Par rapport à la réforme des retraites premièrement, qu’est ce qui va être pris en compte ? Parce que les régimes spéciaux, nous y sommes. Nos collègues qui partent prochainement partent à 57 ans. Pour nous c’est déjà beaucoup moins assuré alors qu’on cotise depuis le début. C’est pour cela que tous ceux qui sont concernés se lèvent. La reconnaissance est étendue à la pénibilité du travail, le fait de se lever la nuit, physiologiquement, tout médecin qui s’est penché sur le sujet vous dira qu’après 17 heures de travail on n’est plus aussi rentable. On est quand même heureux dans notre métier, on aime le faire tous les jours et on aimerait surtout continuer à le faire dans les bonnes conditions. On a des protocoles à appliquer sur certains types d’interventions. C’est une mise en danger de plus pour nous, on fera tout notre possible, par contre ça ne sera peut-être pas réalisé dans les meilleures conditions. Alors que c’est des conditions qu’on nous offrait il y a quelques années. ”

Avez-vous vu une évolution de vos conditions de travail depuis le début de votre carrière ?

“Oui, d’année en année le pourcentage d’interventions augmente, le système de secours est sur la “politique du parapluie”. Les protocoles se sont durcis. C’est le contentieux qui fait peur, derrière, aux employeurs. La sur-sollicitation aussi fait qu’on tombe dans le sous-effectif. Le problème de notre métier aujourd’hui c’est qu’il est synthétisé, organisé dans des tableaux. C’est un métier de passion, on est là pour aider les gens, on n’est pas là pour quantifier leur douleur ou leur crainte. Dans certains cas notre travail est justifié, humainement, peut-être pas techniquement sur la blessure, mais c’est ce qui nous rend quand même humains.”

Quels sont les risques encourus par les pompiers qui s’expriment à ce sujet ?

“J’ai critiqué le système de secours Français qui est établit par des décrets, des lois. Parler d’un burn-out du système de secours oui, mais quelque part c’est ma direction qui a mis un frein aux effectifs. C’est mon devoir de réserve que j’ai enfreint en critiquant cette réduction, même si je comprends bien qu’ils sont soumis à d’autres choses et qu’il y a certaines choses qu’on ne maîtrise pas. Eux doivent répondre aussi à d’autres choses, faire fonctionner tout le département, faire fonctionner d’autres camions, entretenir le matériel.”

Hélène Decaestecker