La magie mercantile a-t-elle sapé l'esprit de Noël ?

La fête de Noël renvoie à la naissance de Jésus-Christ. Pourtant, cette date d’anniversaire a été choisie en 354, pour supplanter la célébration païenne du solstice d’hiver. À l’origine, Noël, qui ne s’appelait pas Noël, était une fête dans le froid et la pénombre hivernale, au coin d’un feu de cheminée réchauffant cœurs et foyers. La fête païenne a été remplacée par la célébration chrétienne. Aujourd’hui, le Noël qu’on connaît s’est propagé à travers le monde et se démarque des valeurs de la fête conçue par les catholiques. On peut aisément qualifier cette fête de commerciale, sans aspect religieux.

Noël s’est transformé au fil des décennies en une fête traditionnelle. Avec la mondialisation et la laïcisation de la société, elle est restée festive mais a surtout plongé dans le mercantilisme. Les slogans publicitaires ont remplacé la messe, les marronniers et les symboles de Noël ont remplacé les prières.  Aujourd’hui, une large partie de ceux qui fêtent Noël sont athées, ou d’une autre confession que le christianisme. Même les pays où la religion chrétienne n’est pas répandue, comme la Chine, le Japon ou l’Inde, célèbrent cette fête inscrite dans la culture mondiale. La signification que tous accordent au 25 décembre réside dans la célébration de l’enfant et de la famille, et l’échange de cadeaux.

Une fête spirituelle ou commerciale ?

vp2p0vkd
Le Père Noël, dans sa couleur originale

Qui se souvient aujourd’hui de Saint Nicolas et du Père Fouettard ? Certainement les parents et grands-parents des milléniaux. Mais les nouvelles générations, elles, n’ont en tête que l’homme enrobé à la barbe blanche que Coca-Cola a repeint rouge, il y a de cela près d’un siècle. Celui qui est reconnu comme le principal symbole de Noël n’est autre qu’un outil marketing décliné en plusieurs opportunités très lucratives. En 1931, il avait d’abord inondé les grandes enseignes commerciales. Les séances photos, lignes téléphoniques et autres dérivés n’ont ensuite pas tardé à nourrir l’appel à la consommation lancé par Coca-Cola.

Au 20ème siècle se forme la société de consommation, notre réalité actuelle. Les commerçants n’hésitent pas : des publicités autour des jouets, des réductions et promotions, des spots publicitaires … Tout cela se propage dans les villes, et ce de plus en plus tôt. D’après les commerçants, dès octobre, il nous faut adopter « L’esprit de Noël ». Les enfants observent les publicités avec intérêt, les parents préparent les festivités.

Les repas, les victuailles, les cadeaux sous le sapin, tout cela coûtera un total de 549€ en moyenne dans les foyers français en 2019. Nous sommes bien loin des simples oranges que l’on offrait aux enfants du siècle dernier.

Des valeurs monétaires et familiales

Bien sûr, on trouve encore des crèches dans les foyers catholiques et certains grands-parents transmettent certainement l’ancienne légende de Saint Nicolas à leurs petits-enfants. Cependant, la majorité de ceux qui participent à cette fête nourrissent bien les critères d’une fête dite « commerciale », et non religieuse. Pouvons-nous pour autant maudire notre époque et le marketing, qui ont sapé valeurs et jours heureux ? Cette fête implique consommation et dépenses, mais c’est aussi l’occasion pour les familles de se réunir, notamment autour du repas de Noël, tradition fermement ancrée dans de nombreux pays. Ainsi, l’esprit de Noël est agrémenté de valeurs familiales, mais il reste entaché des ambitions et cupidités mercantiles de la société de consommation.

Pour autant, devons-nous mettre de côté cette tradition millénaire dans le but d’éviter les vices de surconsommation ? La question est difficile, dans une époque où les dernières technologies sont toujours plus attrayantes pour les enfants comme pour les adultes. Cette même époque qui nous tente à chaque instant, dans l’océan de publicité et de suggestions qui noie nos yeux et nos esprits partout où ils se posent. Alors on peut se poser la question : nos grands-parents étaient-ils aussi heureux que nous, avec leur simple orange ? Peut-être l’étaient-ils même plus.

Arthur Marotine