Témoignage : un policier au cœur des manifestations des gilets jaunes

Cela fait plus d’un an qu’un peu partout en France, les samedis sont marqués par des manifestations du mouvement des gilets jaunes. Parfois sans débordement, les manifestations dans la capitale sont néanmoins le théâtre de violents heurts. Beaucoup de blessés sont à déplorer, tant du côté des gilets jaunes que de celui des forces de l’ordre. Et si les médias donnent souvent la parole aux experts ou au gouvernement, celle de ceux qui vivent ces manifestations sont moindre. David* est un agent de police dans le commissariat du centre de Paris. Il raconte son métier, ainsi que les difficultés de sa mission de maintien de l’ordre.

(image d’illustration) – Jean Ayissi – AFP

Bonjour David, pouvez-nous nous raconter votre métier ?

– Bonjour, je suis à la brigade territoriale de contact dans un commissariat du centre de Paris. J’opère à pied sur le secteur de Châtelet-les-Halles et de ses alentours, comme Beaubourg. Notre mission est de lutter contre les délits comme les extorsions, toute sorte d’agressions, le port des armes prohibées, les vols et les violences entre bandes organisées.

Est-ce que vous avez été appelé à travailler sur les manifestations des gilets jaunes ?

-Oui, j’ai été mobilisés sur les gilets jaunes. J’ai soit attendu dans le camion en cas de besoin, soit en tant qu’agent verbalisateur, soit procédé à des contrôles préventifs. La mission d’agent verbalisateur, c’est de verbaliser les manifestants qui ont été arrêtés par les gendarmes. Les contrôles préventifs ont lieu en amont des manifestations. On se poste à une rue à proximité du lieu de rassemblement, et on contrôle toutes les personnes que l’on pense susceptibles de participer à la manifestation. On leur retire alors tout le matériel de protection qu’elles ont. Déjà car elles peuvent s’en servir comme des armes par destination, mais aussi pour les empêcher d’aller aux manifestations. On espère qu’en n’étant plus protégé, elles soient incitées à ne pas se rendre aux manifestations.

Le préfet de Paris a déclaré à une manifestante gilet jaune qu’ils n’étaient « pas dans le même camps ». Même si cela est politiquement incorrect de la part d’une personne chargée de la protection des citoyens, est ce que vous trouvez que dans la pratique, il a raison ?

-Sur les manifestations de gilets jaunes oui. Il y a clairement deux camps qui s’affrontent : les gilets jaunes radicaux et les casseurs face à la police. Certains veulent tout casser. Pas seulement des policiers, mais tout ce qui représente l’État de près ou de loin. Ils visent aussi les symboles du capitalisme. Que ce soient des arrêts de bus, des banques ou même les bars de petits commerçants, ils cassent tout. Ils saccagent la ville tous les week-ends.

Un gendarme du PSIG (peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie) s'entraîne à l'usage d'un LBD 40 à Bordeaux, le 7 mars 2016.
(image d’illustration) REUTERS/Regis Duvignau

Depuis le début des manifestations, il y a eu pas mal de blessé des deux côtés. Du côté des manifestants, beaucoup ont été blessés suite aux tirs de LBD (lanceur de balles de défense), et certain demandent son interdiction. Qu’est ce que vous en pensez ?

Le LBD est clairement nécessaire. Pas seulement sur les manifestations, mais aussi dans les cités. Il a un effet dissuasif et est une arme à létalité réduite. On peut faire feu en ayant peu ou pas de chance de tuer quelqu’un. On en a besoin. Si ce n’est pas le LBD, on devra utiliser nos armes de poing.

Les syndicats de police eux, expliquent qu’ils n’ont pas assez de moyens pour assurer leur mission. Est-ce que tu es d’accord avec ça ?

Oui, il n’y a jamais assez de moyens dans la police. Là où je suis, on est assez privilégié. Même si on n’a pas tous les équipements nécessaires, on reste quand même mieux lotis que certains. J’ai travaillé deux ans à police-secours et là-bas, on était vraiment sans rien. À Châtelet dans le centre de Paris, on arrive à faire avec ce que l’on a. La présidente de la région d’Île-de-France Valérie Pécresse vient de nous offrir un camion de police tout neuf. Et rien qu’avec ce camion, on est déjà très contents. Mais en restant objectif, c’est un peu la misère sur les moyens qui nous sont donnés. Un peu comme dans tout le service public en général. Les hôpitaux, les pompiers, etc… c’est partout pareil.

Est ce que vous aimez votre travail ? Que diriez-vous à quelqu’un qui souhaite entrer dans la police ?

Je suis dans la police depuis Juin 2015 et j’adore toujours mon métier. Néanmoins, je l’avertirai car ce n’est pas vraiment l’image qu’on se fait du métier. On n’est pas toujours sur le terrain, la rédaction de procès-verbaux prend beaucoup de temps. Il y a beaucoup de paperasse, même trop. Et lorsque l’on fait les démarches administratives, il n’y a personne sur le terrain, c’est embêtant. Si nos collègues ont besoin d’aide, on n’est pas là.

*le prénom a été changé

Romain Goudarzi