Noël derrière les barreaux, "le moment le plus triste de l'année" pour un détenu

Les fêtes de fin d’année riment souvent avec retrouvailles, repas en famille ou encore échange de cadeaux … Mais tout le monde n’a pas la chance de passer Noël entouré de ses proches, à commencer par les personnes incarcérées. Comment les détenus passent-ils les fêtes ? Zoom sur le Noël des détenus dans le Nord.

Le centre pénitentiaire de Lille-Loos-Sequedin, où plusieurs associations œuvrent durant les fêtes de fin d’année. /actu.fr

Sans surprise, les fêtes de fin d’année ne sont pas aussi gaies dans les prisons que dans les maisons. Pas de dîner en famille, de cadeaux sous le sapin ni de chaussettes accrochées à la cheminée …
C’est pour cela que l’État accorde aux détenus certains droits au moment de Noël. Le plus attendu ? La réception d’un colis, interdite le reste de l’année.

La liste des produits interdits dans les colis de Noël, mise à disposition par le ministère de la Justice. /justice.gouv.fr

Pour faire parvenir un paquet à une personne incarcérée, pas besoin de passer par une cheminée, mais il y a évidemment des règles strictes à respecter. Le « Père Noël » du détenu doit être détenteur d’un permis de visite ou faire partie d’une association, d’une aumônerie ou d’un consulat. Un seul paquet de maximum cinq kilos peut être transmis, ou rarement deux paquets pesant maximum cinq kilos au total. Le contenu de celui-ci est limité et contrôlé (il fallait s’en douter) : il ne doit pas contenir de produits d’hygiène, de liquides, de bocaux ou de boîtes de conserve, pas de paquets cadeaux ni de bijoux … Face à ces contraintes, certaines associations aident les familles à constituer leurs colis en respectant les normes, comme Prison Justice 59, qui intervient dans la maison d’accueil du centre pénitentiaire de Lille-Loos-Sequedin. Les colis sont à déposer directement à la prison, ou peuvent être envoyés par la poste sous certaines conditions. Avant d’être distribués à leurs destinataires, ils sont pesés et inventoriés par le personnel du centre pénitentiaire. Celui-ci inspecte également les aliments aux rayons X ou au détecteur de masse métallique, et les découpe même parfois en cas de doute.

Pour les fêtes de fin d’année, l’État prévoit également le doublement de la provision alimentaire mensuelle des détenus. Les produits que ceux-ci peuvent acheter sur le catalogue de la prison, dits « cantinables », sont normalement augmentés et adaptés à cette occasion. À Sequedin, uniquement à Noël, certains parents incarcérés sont autorisés à acheter un jouet sur le catalogue de la « cantine » et le faire parvenir à leur enfant.

Néanmoins, les règles au parloir ne changent pas : le temps de visite n’est pas allongé et aucun objet ne peut y être transmis. Officiellement, voilà tout ce que la loi prévoit pour le Noël des détenus en France.

Les associations jouent les Pères Noël

Afin d’égayer un peu les prisons pendant les fêtes, certaines associations et aumôneries organisent des activités. L’aumônerie catholique du centre pénitentiaire de Lille-Loos-Sequedin célèbre par exemple une messe le 24 décembre pour les pensionnaires, ainsi que des temps de réflexion. Les associations peuvent aussi contribuer à l’achat de décorations de Noël, comme Prison Justice 59.

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L’association Relais Enfants-Parents Incarcérés (REPI), qui facilite les liens entre les parents en prison et leurs enfants, intervient aussi au moment des fêtes. Elle organise dans plusieurs prisons des Hauts-de-France un moment privilégié pour Noël : deux heures pendant lesquelles les parents incarcérés peuvent passer du temps avec leurs enfants sans la présence d’adulte accompagnant (obligatoire aux parloirs). Généralement dans la salle de sport de la prison, l’association organise des activités de motricité, des jeux, des ateliers où parents et enfants peuvent confectionner un objet décoratif ensemble, un stand maquillage, un coin lecture, une pêche aux canards, un goûter, etc. Quand l’établissement le permet, REPI fait même venir un photographe et développe ensuite les clichés avant de les envoyer aux détenus et aux enfants. C’est parfois l’occasion pour certains de passer leur tout premier moment seuls avec leurs nourrissons. Exceptionnellement, les enfants peuvent apporter un dessin ou un petit cadeau fait main à l’école à leur parent, ce qui n’est pas permis aux parloirs.

Grâce aux actions des associations, certains détenus peuvent passer un bon moment à l’occasion des fêtes ; mais ce n’est pas le cas pour tous. Comme me le confie le président de Prison Justice 59, Pierre Delmas : « en prison, Noël est le moment le plus triste de l’année ». Alors, quelle est la morale dans cette histoire, si ce n’est de ne jamais se retrouver en prison ? Tentons de profiter de ce moment avec ceux qui nous sont chers.

Clémentine Laurent