Noël, quand l'angoisse et le stress prennent le pas sur la fête

Sapin illuminé, cadeaux emballés et odeur de pain d’épice, Noël approche à grands pas. Si cette période semble être attendue par la majorité des Français, pour d’autres la magie n’opère pas. Publicités à outrance, pression sociale et sacrifice financier : la bûche de Noël reste au travers de la gorge de certains et la « natalophobie » s’installe.

Maria Carey sur toutes les ondes et publicités incessantes pour le dernier parfum, nous y sommes, Noël arrive. Pourtant, selon un sondage d’Opinion Way en 2016 pour Amaguiz, 35% des Français ressentent cette fête comme une obligation et une personne sur deux est stressée à son approche. Dans l’ordre: les quatre plus grandes préoccupations des Français seraient les tensions familiales, la prise de poids, les longs trajets en voiture mais aussi… les blessures en ouvrant les huîtres ! Oui mais sinon ?

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« Avec le temps, il n’y a plus de magie. C’est devenu répétitif et trop commercial. » Corine a 57 ans et pour elle Noël n’est pas un cadeau. Il serait aisé de comparer les « natalophobes » à ceux qui refusent de fêter la Saint-Valentin ou la Fête des Pères, mais ce n’est pas le même cheminement. Le stress à l’approche de Noël n’est pas seulement défini par de l’anticonformisme et l’anticonsumérisme, il est plus profond que cela. « Les personnes avec qui on voudrait fêter Noël ne sont plus forcément de ce monde. Si on veut se faire plaisir et voir sa famille, on n’est pas obligé d’attendre cette fête pour se retrouver » confie Corine. Fête de famille par excellence, ce jour peut perdre de son sens quand certains membres ne sont plus présents. Ne pas être joyeux et plein d’entrain à Noël sonnerait comme un tabou. « Ne pas aimer cette fête vous fais passer pour un extra terrestre, quelqu’un de bizarre, anti-famille et anti-social, c’est faux ». Romain a 30 ans. Les retrouvailles en famille sont un cocktail d’émotions. Les problèmes et désaccords sont mis de côté, ce qui laisse parfois planer à une étrange sensation.

« Alors c’est pour quand ? » « Tu as trouvé du travail ? » « Ah bon ? Pourtant je l’aimais bien moi, ton ex ». Noël sonne aussi comme l’heure du bilan pour les familles qui n’ont pas l’occasion de se réunir souvent. Cette introspection annuelle peut s’avérer angoissante.

« S’affranchir du caractère obligatoire »

Outre l’aspect émotionnel, c’est aussi une source de dépenses conséquente. En 2018, le budget moyen d’un Français pour ses cadeaux de Noël (ce qui n’inclut pas le repas ou le déplacement par exemple) était de 342€. Une somme importante qui engendre des concessions. La même année, selon l’INSEE, les Français ont réduit leur consommation personnelle, notamment au niveau de l’habillement de 2%. Les cadeaux restent donc la source de stress majeure. La peur de ne pas les recevoir à temps, de ne pas trouver d’idée mais aussi la cohue dans les magasins sont les trois points les plus souvent invoqués. « Financièrement c’est une pression, libre encore à chacun de l’accepter ou pas. Mais on est quand même soumis à la tradition. Faire de plus petits cadeaux peut vous faire passer pour un radin, et même mis bout à bout c’est un vrai poids pour celui qui n’a pas les moyens » confie Romain avant d’ajouter que  » c’est aussi afficher sa richesse ou sa précarité aux yeux de tous, famille et amis ».

Libre à chacun d’en faire ce qu’il veut . Mais heureusement, il existe des solutions pour passer des fêtes plus sereines. Tout d’abord exit l’idée du Noël « parfait ». Les pubs et les réseaux sociaux véhiculent de plus en plus l’image d’une soirée grandiose au niveau de la décoration, du menu et des cadeaux calquée sur les séries américaines. Revenir à quelque chose de plus simple peut être une solution pour calmer certaines angoisses. De la place pour l’imprévu et à la spontanéité, c’est aussi l’occasion de prendre du temps pour soi à l’approche de cette période et de l’aborder avec sérénité. « Tout ce que sous entend Noël, maintenant, me stresse. Mais c’est une bonne chose de prendre ce temps pour se retrouver. Je veux juste m’affranchir des obligations » ajoute Emma, 27 ans. « Malgré tout cette fête nous permet de faire plus d’efforts pour passer du temps avec ceux qu’on aime, ce qui est une bonne chose » conclut Romain.

Lola Mahieu