Pour les grévistes, manifester , « le plus beau cadeau de Noël qu’on puisse faire » 

Les fêtes approchent à grand pas et la grève nationale bouscule toujours le pays. Cette année, les fêtes de fin d’année s’annoncent compliquées pour certains. Depuis le début de la grève nationale, le 5 décembre, la France est en partie paralysée et les transports en commun tout comme le transport ferroviaire se trouvent touchés. A quelques jours du réveillon, comment les manifestants envisagent-ils leurs fêtes de fin d’année ?

Dans les gares, l’ambiance de Noël est bien présente. Des lumières et de jolies décorations ont pris place mais sur les panneaux d’affichage, nombreux sont les trains supprimés au grand désespoir des voyageurs. Certains Français sont agacés par la situation. Pourtant, la mobilisation perdure.

Mardi 17 décembre, ils étaient entre 14 000 et 30 000 personnes à manifester dans Lille et les syndicats appellent déjà à une nouvelle mobilisation vendredi 20 décembre. La tendance ne semble pas être celle de la démobilisation malgré cette période de fête.

«NON» hurlaient plusieurs manifestants dans le cortège de la CGT lorsque le speaker, muni d’un micro, questionnait avec ironie « On fait une trêve pour Noël ? ». Thibault, manipulateur en radiologie ne redoute pas non plus une démobilisation. Il rappelle que la grève des urgentistes a débuté bien avant.

« Le mouvement de contestation a débuté pendant les grandes vacances alors que d’habitude ces périodes-là on essaie de tout faire passer en douce parce que les gens sont moins mobilisés ». Il ajoute que « tant que [le gouvernement] ne répondra pas aux questions il y aura toujours des contestations ».

Et le blocage des trains ?

La tension est palpable, tout le monde semble à cran et une division entre grévistes et non grévistes est de plus en plus notable. Parmi les non grévistes, l’arrêt des trains et des transports devient insoutenable. Le 17 décembre, la SNCF affirmait « ceux qui ont un billet auront un train garanti» mais jeudi 19 décembre, sa déclaration a changé. Désormais, seuls 41% des TGV et Intercités circuleront les 23 et 24 décembre suscitant la colère des non manifestants. Ces derniers jugent le comportement des grévistes « égoïste » voire « irresponsable » comme l’a affirmé Elisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire.

Un avis qui n’est pas partagé par les manifestants. Thibault soutient l’idée selon laquelle : « si ce sont des travailleurs comme nous, des personnes ordinaires, on est en train de leur donner des coups et il est temps qu’ils répondent avec nous. » En réponse à la crise des trains et à la colère qui en découle, il ajoute :

« Ils peuvent faire semblant de ne pas être concernés mais s’ils vont devoir bosser des années en plus et perdre au minimum trois cents balles par mois à la retraite, c’est quand même un enjeu plus important je pense».

Thibault, manipulateur en radiologie

En réalité, aucun montant précis ni aucune explication du fonctionnement du système a points n’a été mentionné.

Une jeune lycéenne du lycée Pasteur à Lille affirme que « c’est important de se mobiliser parce que c’est notre futur à tous. » Selon elle, la grève doit continuer tant qu’il n’y aura pas de changement. Elle finit par dire « [qu’] il y en aura d’autres Jours de l’an ». Pas sûr que les personnes ne pouvant se rendre auprès de leurs proches pour les fêtes le voient du même œil.

A la question n’est ce pas égoïste et irresponsable de bloquer les trains en cette période de fin d’année ?, Xavier un retraite du milieu médical répond avec détermination « Je pense que c’est plutôt irresponsable et égoïste de penser à soi. » Puis il ajoute «  Cela veut dire qu’ils ne pensent pas à leurs enfants » avant d’affirmer :

«  Je pense que le meilleur cadeau que peuvent faire ceux qui travaillent et les retraités c’est de se mobiliser de manière à faire retirer le projet de réforme des retraites ».

Xavier retraite du milieu medical
Xavier répond aux questions lorsqu’il est interviewé sur le déroulement de la grève pendant la période des fêtes de fin d’année. crédit photo. MANON SERENNE

La grève ne semble donc pas prête de s’achever. Les fêtes de 2019 rimeront avec contestation pour les uns quand elle seront source de complications pour les autres. Ce qui est certain c’est que tous n’offriront pas le même cadeau à leurs enfants.

Maëllis Patti