“Noël ? Ça nous laissait beaucoup plus de souvenirs avec beaucoup moins”

“A ton âge je n’avais qu’une orange !”, “c’est plus ce que c’était avant”, “c’est devenu commercial”. Ces phrases, vous les avez forcément entendues.  Mais qu’est-ce qui a vraiment changé ? C’est assises en face du vaisselier où trône une crèche, assidûment complétée au fil des années, que Nicole, 85 ans et sa fille, Blandine 60 ans, nous racontent les souvenirs des Noëls de leur enfance. Immergeons-nous, le temps de quelques mots, dans les souvenirs d’une autre époque, bien différente mais pas si lointaine que ça. Celle des grands parents et des parents, qui ont assisté à l’évolution d’une tradition. 

Commençons par Nicole, 85 ans. “Mes souvenirs de Noël commencent avec la guerre, j’avais 6 ans à l’époque. Il n’y avait pas de messe de minuit parce qu’on avait un couvre-feu.  Alors on allait à la messe le matin, et quand on rentrait on faisait la fête tous ensemble, on mangeait en famille, tout le monde était là, aujourd’hui il en manque toujours un. Je me souviens qu’on faisait la crèche avec maman, elle faisait des coquilles, il n’y avait pas un tas de gâteaux, mais des petits jésus en sucre, partout, de toutes les tailles. 

Ce n’était pas la même chose, de notre temps c’était une fête pour les chrétiens, il n’y avait pas beaucoup de gens non croyants. Et ceux qui ne pratiquaient pas venaient quand même à la messe de minuit, le soir de Noël.  On attendait le petit Jésus, il n’y avait pas de père Noël, dieu merci, je n’ai jamais vu de sapin chez moi, mais des crèches il y en avait partout. 

Maintenant, tout le monde se dit athée et fête Noël, ils fêtent la naissance de Jésus, ils ne s’en rendent pas compte, on devrait donner un autre nom.  Et puis on n’avait pas de cadeau. On fêtait plutôt sainte Catherine et saint Nicolas. Pour moi, le père Noël est une dérive de saint Nicolas. 

C’était une fête, on était content parce que c’était Noël, c’est tout.”  

Une génération plus tard… 

Ecoutons maintenant Blandine, 60 ans. “Moi pendant mon enfance j’ai toujours connu la messe de minuit. On se faisait des petits cadeaux entre nous, avec les frères et sœurs.” “Oui c’est vrai, vous aviez le droit de rester le soir chacun votre tour pour préparer votre surprise”, intervient Nicole. “ On avait un cadeau par les parents. Ensuite, mes enfants en ont eu un peu plus : par les parents, les grands parents, les taties, les parrains marraines. 

J’ai souvenir d’un magnéto cassette, ou encore d’un ensemble écossais complet que j’avais reçu, et dont je n’ai pu me résoudre à m’en séparer. Pour nous c’était un rêve, car on n’aurait pas eu l’occasion d’être gâté comme ça sans cette fête.  

Et puis il y avait ce poupon dont j’ai rêvé toute une année, j’avais même fait une rédaction dessus à l’école. Ce cadeau m’a rendu heureuse en y pensant, en le recevant, et en y jouant. L’année suivante j’avais eu tout le trousseau pour l’habiller. Aujourd’hui le plaisir est vite relayé par autre chose. 

Commercialement parlant, c’était une petite fête mais c’est une fête qui tenait beaucoup de place dans le cœur des gens du point de vue de la tradition, de la religion et de la famille. On ressentait une atmosphère particulière, je crois que c’est le développement des grandes surfaces qui ont récupéré toutes les fêtes de l’année. Je trouve que ça prive presque de l’ambiance de Noël. 

Ça nous laissait beaucoup plus de souvenirs avec beaucoup moins”, conclut Blandine. 

Et pour vous, qu’est-ce que ça signifie, Noël ? 

Hélène Decaestecker