« Dry january » : la France répond avec modération

Venu d’Angleterre, le « Dry january » est un mouvement populaire qui invite les consommateurs à éliminer pendant le mois de janvier, toute consommation d’alcool. L’objectif principal est d’offrir aux participants une prise de conscience quant à leur consommation et rapport avec la boisson. Si la France est parmi les pays les plus consommateurs d’alcool au monde, elle ne semble pas véritablement concernée par le mouvement.

Selon Santé publique France, 41 000 Français sont morts en 2015 suite à une consommation excessive d’alcool : cancers, maladies cardiovasculaires, digestives, suicides, ou encore accidents… L’alcoolisme est également la première cause de démence précoce, première cause de mortalité chez les 15-30 ans, et la deuxième cause d’hospitalisation médicale en France.
Force est de constater que l’alcool est donc un problème majeur de santé publique à travers le pays. Alors que fait réellement le pouvoir Français à l’heure du « Dry January » ?

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BEH FÉVRIER 2019 LP/ INFOGRAPHIE « Alcool: six conseils pour boire avec modération » leparisien.fr

Le « Dry January » made in France

C’est sur le modèle du « mois sans tabac » que les associations françaises de lutte contre l’alcoolisme et les addictions ont souhaité instaurer de manière officielle en France le « Dry january », en français « janvier sec ». Après nombreux débats entre les associations et le ministère de la Santé, le projet de « janvier sec » a été avorté. C’est ainsi, que le ministère a alors proposé la mise en place du « janvier sobre ».
Similaire au « Dry January » en première impression, cette campagne est en réalité bien différente. Contrairement au « janvier sec » qui supprime toute consommation d’alcool pendant un mois, le « janvier sobre » invite à respecter les principes de modération que l’on connaît en France soit pas plus de 2 verres d’alcool par jour et pas tous les jours. Une invitation à la consommation modérée bien loin de l’abstinence.
Suite à cette annonce, les associations de lutte contre l’alcoolisme et la dépendance ont alors dénoncé une surinfluence du lobby de l’alcool sur les politiques publiques en matière de santé en France.

Début janvier, aucune médiatisation n’a été faite du coté du pouvoir français à propos de ce « janvier Sobre ». Le gouvernement n’a finalement jamais clairement annoncé soutenir le mouvement et seules certaines associations ont partagé l’événement. Un mutisme surprenant aux vues des nombreux débats ultérieurs.

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« L’alcool et la loi » alcool-info-service.fr

« Dry January » : quelles réalités ?

Grâce aux différents relais des réseaux sociaux et des médias, le « Dry January » a tout de même fait des adeptes. En plein parcours courant janvier, ils témoignent. Alexandre, 21 ans a eu écho du mouvement à travers les médias, les réseaux sociaux ainsi que par ses amis. Le jeune homme parle d’une véritable introspection : « C’est une remise en question afin de mieux me connaitre. Les médias parlent très peu de l’alcoolisme passif chez les jeunes. Je voulais savoir si j’étais dépendant à l’alcool ayant une consommation plus qu’occasionnelle. »
Cette consommation plus qu’occasionnelle, nombre de Français ne la soupçonnent pas. Pour cause, en France la consommation d’alcool étant banalisée il est difficile d’avoir un regard juste sur celle-ci.
C’est alors qu’arrive le facteur « pression sociale ». À travers l’Hexagone, les Français ont davantage tendance à relever chez un proche sa consommation si celle-ci concerne une boisson sans alcool. Arrivent immédiatement les questions : « Pourquoi tu bois pas ? T’es malade ? T’es enceinte ? ». Parfois difficiles à supporter, certaines personnes préfèrent consommer de l’alcool au détriment de leurs envies.

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federationaddiction.fr

France et alcool, intimement liés

Cette relation avec l’alcool s’explique notamment par l’ancrage de l’alcool et plus précisément du vin dans les valeurs culturelles françaises. Inscrit en 2010 comme patrimoine immatériel de l’Humanité à l’Unesco, le vin a également été reconnu comme patrimoine de la culture française par le Sénat en 2017.

« Je me rends compte que l’alcool n’est pas indispensable dans la vie de tous les jours et que l’on peut très bien s’en passer »

Pourtant, vivre sans alcool n’est pas si difficile même en ayant un mode de vie étudiant. Julie, étudiante en orthophonie, le confirme lors de son parcours « Dry January » : « C’est vrai que parfois quand je dois sortir avec mes amis je peux être tentée, mais je me rends compte que l’alcool n’est pas indispensable dans la vie de tous les jours et que l’on peut très bien s’en passer.» Même constat pour Alexandre qui ne relève : « aucun symptôme lié au manque, même si parfois je me dis qu’allez en boîte de nuit et consommer de l’alcool avec des amis serait sympathique. »

Très vite, le constat est le suivant : les personnes capables de suivre le « Dry January » ne sont pas celles qui ont pour le moment, des comportements à risque quant à leur consommation d’alcool. De plus, les personnes alcoolodépendantes doivent être accompagnées dans leur sevrage et celui-ci doit se faire dans le cadre d’un suivi médical.

Une opportunité pour le « Sans alcool »

Si le « Dry January » est à ce point freiné par la gouvernance française, c’est principalement pour des raisons de santé économique en ce qui concerne la filière des vins et spiritueux français. Pourtant, au-delà d’être une entrave aux entreprises d’alcool, le Dry January justifie des nouvelles campagnes et inspire les marques quant aux alternatives aux produits alcoolisés.
Ainsi, en cette période de « Dry January » de grandes marques telles qu’Heineken se sont tournées vers le sans alcool. En France, l’offre « Gueule de joie » complice du « janvier sec » a fait du sans alcool sa marque de fabrique. Pour Slate, le fondateur de la start-up de boissons sans alcool Athletic Brewing reconnaît avoir observé une augmentation de ses ventes en ligne de 40% pendant le « Dry January ».

Le « Dry January » n’est donc pas la solution capable de répondre au fléau de l’alcoolisme en France. En revanche, son pouvoir de sensibilisation semble essentiel notamment auprès des populations les plus jeunes. Économiquement, les pertes semblent à relativiser au prix d’alternatives possibles mais surtout de la gravité de la situation en France. Le « Dry January » à la française en 2020 est encore timide, peut-être aurait-il sa place l’année prochaine aux côtés des grandes campagnes de santé publique française.

Manon Serenne