Les feux en Australie dans l'œil d'un expatrié français

Christophe Michel, 27 ans, est expatrié en Australie depuis plus d’un an. Il vit principalement à Melbourne, où il a développé plusieurs attaches avec les locaux et les autres Français, au fil des mois. En septembre, quand les incendies ravageurs ont commencé, il était à Melbourne, ville très concernée par les événements.

La fille de Marcus Luccheta, Sophie, est une amie de Christophe. Elle a failli perdre sa maison qui se trouve dans la ville de Simpsons Creek, dans le comté de Gippsland Est. La famille habite l’endroit le plus dangereux de la région du Victoria au moment des incendies, dans le sud-est de l’Australie. Elle a dû se réfugier et se mettre à l’écart. Dans cette région, d’autres personnes ont dû prendre leur bateau et aller au milieu des lacs, puisqu’ils étaient encerclés par les flammes.

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Photo prise à côté de la maison de la famille Luccheta. Une photo sans filtre, rougie par les incendies qui ragent autour.

« Aujourd’hui, les feux se sont calmés. Depuis deux semaines, nous avons droit à de la pluie battante. En quelques jours, 40 feux sur les 120 ou ont été éteints. Il y en a encore mais ça commence à aller mieux. »

Christophe parle de son expérience à Melbourne, une ville dont les habitants sont particulièrement concernés par les incendies.

« À Melbourne j’ai eu de la chance, parce que la plupart des feux étaient dans la Nouvelle Galles du Sud. Par exemple, la ville de Sydney était vraiment encerclée, elle a passé plusieurs semaines à être la ville la plus polluée au monde à cause de la fumée. »

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Carte des feux en Australie par FranceTVinfo, datant du 3 janvier 2020.

Dans sa ville, il pensait d’abord être épargné, jusqu’à ce qu’il parte récupérer une amie à l’aéroport.

« J’étais à l’aéroport de Melbourne de 21h à 22h30, tout allait bien. Quand je suis sorti, fumée intense absolument partout ! Mon amie m’a dit qu’il y en avait même dans le duty free. »

Christophe parle des efforts en Australie et à l’internationale pour aider à la situation de crise.

« Beaucoup de bénévoles ont voulu aider pour les incendies, sans être payés, parce qu’il y avait un manque de pompiers. Certaines entreprises ont laissé leurs employés partir sans utiliser de congés payés, tout en gardant leur salaire. Des cagnottes de crowdfunding de plusieurs millions de dollars se sont ajoutées à ces gestes. »

Un climat politique houleux

Quand Christophe parle de Scott Morrison, il ne mâche pas ses mots.

« En plus de supporter les mines de charbon en partie responsables du réchauffement climatique, il est parti en vacances à Hawaï pendant les incendies. Il n’est plus en phase avec son peuple, il est pire que Trump, mais il s’en fout. »

Il ajoute : « À Melbourne, la plupart des gens sont très au courant, ils sont extrêmement fâchés par rapport à tout ça. Il y a des manifestations toutes les semaines. En septembre, il y a eu la plus grande manifestation de l’histoire de Melbourne, 150 000 personnes dans la rue. C’était organisé par les étudiants. Mais ici ce n’est pas comme en France, les Australiens sont très pacifiques, donc c’est un peu difficile de faire de l’action directe, d’être engagé. »

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Manifestation contre la conférence IMARC, à Melbourne. Source : http://www.greenleft.org.au

« Après cette manifestation, fin octobre, il y a eu une conférence d’entreprises minières à Melbourne, l’IMARC (International Mining and Resources Conference). Ça ressemblait à une insulte de faire ça dans une ville aussi militante. Le peuple a réagi, ils ont fait des blocus pour empêcher les ressortissants de ces entreprises de passer. »

Si les incendies se sont donc calmés dernièrement avec les pluies, les Australiens ne sont pas encore au bout de leurs peines. Des orages supercellulaires ont provoqué d’importantes inondations, avec des niveaux de pluie atteignant les 300 millimètres. Entre le feu et l’eau, on trouve donc un peuple australien fatigué, révolté, mais pas encore à genoux.

Arthur Marotine