Demi tour du monde à vélo : le prochain périple de l’aventurier du Nord

Jean-Philippe Bossut a deux étiquettes : professeur d’éducation physique … et aventurier. Il part samedi 1er février pour 180 jours de vélo jusqu’à Hanoï, au Vietnam. Rencontre avec un homme qui a décidé de vivre ses rêves.

Jean-Philippe Bossut a affronté les éléments lors de son voyage en Birmanie, en 2018. /Photo Jean-Philippe Bossut
Jean-Philippe Bossut, professeur de sport au collège Alphonse Daudet à Leers (Nord) et cycliste de l’extrême. /Photo Jean-Philippe Bossut

Quel est votre prochain voyage ?

Je pars samedi 1er février pour faire un demi-tour du monde à vélo, de Leers pour aller jusqu’à Hanoï, au Vietnam.

Pourquoi le Vietnam ?

J’avais déjà fait un voyage en 2014, j’étais parti le plus loin possible à vélo en suivant le nord. J’avais très envie de suivre un autre point cardinal, mais l’ouest et le sud s’arrêtent très vite, donc je vais vers l’est, ce qui me permet de faire un demi-tour du monde.

Il y a plein de gens dans la vie qui disent qu’un jour ils feront un tour du monde, et ils ne le font jamais. Je ne vais peut-être pas faire un tour du monde complet. Je vais démarrer par un demi, mais je vais le faire.

Partir au Vietnam va me permettre de rencontrer énormément de pays et de cultures différentes, le voyage va être extrêmement intéressant.

Combien de temps allez-vous mettre pour arriver jusque là-bas ?

J’ai 180 jours pour atteindre ma destination, un sacré challenge. Ce seront 100 kilomètres par jour pendant 180 jours, puisqu’il y a 18 000 km.

Le cycliste de l’extrême a fait face à l’hiver islandais, après le même circuit en été. /Photo Jean-Philippe Bossut

Portez-vous tout sur votre vélo ? Où allez-vous dormir, comment allez-vous manger ?

J’ai l’intégralité de ma survie sur mon vélo. Pour environ 80 % de mes étapes je ferai du camping sauvage.

J’aime bien dormir aussi dans de grands déserts où je me retrouve tout seul.

Ensuite, pour à peu près 15 % des étapes, je suis invité par des gens. Et puis 5 % à peu près du voyage, ce sont les rares fois où, malheureusement, je suis obligé d’aller à l’hôtel, car je suis dans une grande ville et c’est compliqué, ou que je dois faire une lessive ou sauvegarder et transmettre mes vidéos. [Jean-Philippe emporte une caméra pour se filmer.]

Comment vous alimentez-vous ?

Pour l’eau potable, j’ai un filtre qui me permet de boire de l’eau dans quasiment toutes les situations, y compris de l’eau de flaques d’eau. J’ai une dynamo sur mon vélo qui fabrique de l’électricité pour charger mon téléphone portable et mes appareils vidéo en pédalant. Pour la nourriture, c’est pâtes, riz et semoule, à peu près 3 kilos de nourriture par semaine. Mon vélo va faire entre 45 et 50 kilos !

L’aventurier emporte toujours une caméra lors de ses voyages. Il en fait des films : « D’un Nord à l’autre », « Odyslande » ou encore « Mingalabike, en route vers la Birmanie ». /Photo Jean-Philippe Bossut

Comment pourrez-vous traverser les pays, avez-vous demandé tous les visas ? Avez-vous peur ?

Les visas font partie de mes plus grandes inquiétudes.

« Je n’ai pas peur des montagnes. Une montagne ça se franchit avec le temps, l’énergie et le courage« .

La météo, la pluie, la neige, le vent, le froid, les chaleurs intenses ne me font pas peur non plus. Il suffit que le corps s’adapte et en serrant les dents, ça passe ! Je ne crains pas les animaux. La plupart du temps, la nature a été extrêmement bienfaisante avec moi. Quand j’ai eu la chance de voir des animaux sauvages qui pourraient être dangereux, ils m’ont offert quelques secondes pour les observer et m’émerveiller puis ils se sont enfuis. Les hommes ne me font pas trop peur non plus, parce que pour moi les hommes sont en général très bons.
Le seul homme qui m’inquiète, c’est celui avec un brassard qui me dit : « Tu ne passes pas parce que t’as pas le bon papier, pas le bon visa », et là on ne peut rien faire. J’ai essayé d’anticiper, j’ai demandé tous les visas qui étaient possibles, après ça sera à la chance. Je vais passer par des pays totalitaires, non-démocratiques pour qui je représente tout ce qu’ils détestent. Ils veulent savoir où tu vas, où tu dors, qu’est-ce que tu penses, et il ne faut surtout pas poser de questions aux gens. Moi je fais totalement l’inverse : personne ne sait où je dors, et en plus je me permets de poser des questions aux gens pour savoir ce qu’ils pensent.

Je suis le cauchemar des régimes totalitaires, c’est pour ça que je suis refusé dans certains endroits.

J’essaye de les contourner dans ces cas-là.

Jean-Philippe Bosssut évite à tout prix les routes et privilégie les sentiers tortueux à travers la nature, quitte à y perdre du temps. /Photo Jean-Philippe Bossut

Passez-vous par des zones de conflits ?

Mon projet de départ était de passer par l’Iran. Mais quand il y a eu la crise avec Trump, ma femme m’a dit : « J’ai été très tolérante, mais il est hors de question que tu passes par l’Iran ». J’ai donc annulé mon visa iranien et j’ai recréé un itinéraire d’à peu près 1000 km plus au nord, entre l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kirghizistan pour éviter l’Iran. Je traverse la mer Caspienne entre l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan, je dois attendre un cargo. C’est un peu à l’arrache, j’espère ne pas y perdre trop de temps. Des voyageurs ont passé 15 jours là-bas avant de prendre le bateau. Pour moi, ça serait une grosse difficulté que de perdre 15 jours, ça représente 1 500 km. Je ne pourrais pas les rattraper.

Comment vous êtes-vous préparé au niveau médical ?

J’ai passé un mois de janvier où j’ai beaucoup vu mon médecin. J’ai les bras pleins de petits trous car j’ai fait pas mal de vaccins.

Mon médecin m’a dit : « Durant toute ma vie, j’ai vacciné trois personnes contre la rage : toi, et les deux autres étaient des vétérinaires ».

Je pars avec une trousse de secours assez minimaliste : de quoi suturer une plaie, de l’Elastoplast, des anti-inflammatoires …

Comment allez-vous faire pour communiquer ?

J’ai pris un forfait tout à fait normal, et j’achète des cartes SIM quand j’arrive dans les différents pays. C’est toujours un petit jeu assez compliqué. Je l’avais fait en Birmanie, ça s’était plutôt bien passé. Mais je n’ai pas trop le choix.

Voir des aurores boréales, un « rêve de gosse » que Jean-Philippe Bossut a réalisé. /Photo Jean-Philippe Bossut

Vous avez déjà fait plusieurs voyages : France-Cap Nord, l’Islande, la Birmanie … Qu’est-ce que ça vous a apporté ? Qu’attendez-vous de ce prochain voyage ?

Mon premier voyage [France-Cap Nord] m’a apporté énormément.

Me retrouver dans de grands déserts en Laponie, seul avec soi-même pendant deux mois, ça a été une expérience extraordinaire. J’ai tellement adoré que j’ai fini ce voyage avec des larmes plein les yeux, c’était vraiment magique. Depuis, je ne rêve que d’une seule chose, c’est de réitérer l’expérience, de revivre ce moment génial que j’ai vécu.

Le problème, c’est qu’à partir du moment où on a déjà vécu ce moment-là, c’est difficile de retrouver la même intensité, les mêmes sensations. Il faut que ça soit plus fort, plus haut, plus dur, plus extrême, et c’est ça que je vais chercher.

Je vais chercher une rencontre avec les gens, avec la nature et surtout avec moi-même.

Et puis je veux voir jusqu’où mon corps est capable d’aller, c’est un challenge qui me tient vraiment à cœur.

D’où vous est venue l’idée de faire ces voyages et de devenir un aventurier ?

Aventurier, c’est un bien grand mot ! [Rires.] Ça s’est fait en plusieurs étapes. Ça a commencé pendant mon enfance, quand mon papa m’a mis un Jules Verne dans les mains, à 7 ou 8 ans. Et puis en 2012, il y a eu LA rencontre avec Lionel Daudet, un vrai aventurier professionnel. Il a fait en 2012 « Le tour de France exactement », en marchant rigoureusement sur la frontière. Ma rue est frontalière de la Belgique et de la France, je l’ai donc invité chez moi et il nous a raconté sa vie. C’était complètement dingue, j’avais des paillettes dans les yeux tellement ce qu’il racontait était merveilleux, et j’ai ressenti une sorte de platitude en voyant ma propre vie. Je me suis dit : « C’est quoi ta vie ? Travailler, t’occuper de tes enfants … ». J’avais 40 ans, c’était un peu la crise de la quarantaine.

Je me suis dis que moi aussi, j’avais envie de vivre une vie un peu folle. Depuis je me suis fait tellement plaisir que ma seule envie, c’est de réitérer ces expériences extraordinaires.

Après la Birmanie en été et en hiver 2018-2019, le professeur de sport repart pour une nouvelle aventure. /Photo Jean-Philippe

Rendez-vous sur Globedreamer pour suivre Jean-Philippe Bossut dans son voyage.

Clémentine Laurent