Coronavirus : l'Asie du sud-est dans le brouillard

En Asie du sud-est, certains pays dépendant de la Chine n’osent pas attaquer fermement le problème du coronavirus. Selon le New York Times, en Birmanie, des moines bouddhistes conseillent au mégaphone de placer exactement sept grains de poivre sous la langue, afin d’éradiquer les risques de contaminations.

En Indonésie, le ministre de la Santé Terawan Agus Putranto, a conseillé à ses citoyens de se détendre et d’éviter les heures supplémentaires de travail pour ne pas tomber malade.

Enfin au Cambodge, le gouvernement veut également protéger sa relation avec les Chinois, puisque le développement de leur pays dépend énormément de l’économie chinoise. Le Premier ministre cambodgien Hun Sen est allé jusqu’à menacer d’expulser les journalistes et autres personnes présentes qui porteraient un masque lors de sa conférence de presse, expliquant : « Le Premier ministre ne porte pas de masque. Alors pourquoi vous ? ».

Hun Sen
Le Premier ministre cambodgien Hun Sen durant une conférence de presse à Phnom Penh, le 30 janvier 2020. PHOTO / TANG CHHIN Sothy / AFP.

Adam et Liu sont deux expatriés qui vivent au Cambodge avec leur fille. Liu est chinoise, Adam est français, et ils ont tous les deux décidé de prolonger leurs vacances en France : le contexte politique cambodgien ne leur inspire pas confiance. Liu exprime ses doutes sur la situation là-bas :

« Le gouvernement cambodgien joue le même jeu que le gouvernement chinois, les informations ne sont pas transparentes. Et puis au Cambodge, il n’y a pas beaucoup d’hôpitaux avec un service de soins intensifs. Si on ajoute à ça les frontières qui filtrent mal les nouveaux arrivants, je n’ai pas envie de leur faire confiance. »

Une situation inquiétante

Huit médecins chinois ont lancé l’alerte quand ils ont détecté des cas de coronavirus, il y a un mois. Ils ont été arrêtés pour diffusion de fausses informations mais ont finalement été réhabilités le 28 janvier dernier par la Cour Suprême chinoise. Le problème, c’est que 5 millions de chinois ont quitté Wuhan durant ces 20 jours de déni du gouvernement et se trouvent maintenant aux quatre coins du monde.

Ajoutez à cela les 56 millions d’habitants confinés dans la région de Wuhan et des chiffres donnés par le gouvernement chinois qui manquent historiquement de crédibilité : la peur de ne pas savoir s’en retrouve bien ancrée.

« On ne met pas 60 millions de personnes en quarantaine parce qu’il y a 2000 malades. C’est une réaction disproportionnée alors que le taux de mortalité n’est pas si élevé », commente Adam.

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Source: John Hopkins CSSE

Ce dernier commentaire s’inscrit dans les doutes qu’Adam émet face aux informations diffusées par le gouvernement chinois. Il n’y a pas de journalistes indépendants en Chine, et les médecins n’ont pas le droit de rapporter les cas de coronavirus, ils ne peuvent qu’en référer à leur supérieur hiérarchique. Ceci implique que le gouvernement chinois a le contrôle total sur les chiffres publiés, un processus très peu transparent.

Dans ce contexte plus que flou, avec de nouveaux pays qui ferment leurs frontières chaque jour et des chiffres de mortalité et de contamination qui grimpent exponentiellement, Adam et Liu ne sont pas pressés de rentrer dans un pays qui préserve ses relations avec la Chine au détriment de mesures nécessaires pour contrer l’épidémie internationale. Dans cette idée, il voudrait se déclarer résident français, ce qui permettrait à sa fille et la mère de sa fille de rester sur le territoire français.

Arthur Marotine