Brexit : les pêcheurs des Hauts-de-France naviguent en eaux troubles

Trois poissons pêchés sur quatre dans la région des Hauts-de-France viennent des eaux britanniques. Si l’Angleterre se réjouit de devenir un « Etat côtier indépendant », les conditions de sortie de la Politique commune de pêche restent à définir dans les mois à venir.

« Ils (les marins pêcheurs des Hauts-de-France, ndlr) seront les premiers touchés par cette sortie » affirme le 28 janvier dernier François-Xavier Bellamy, député européen. L’après Brexit dans les Hauts de France inquiète.

Selon une enquête de DPMA pour FranceAgriMer, en 2018 la région compte 1826 marins pêcheurs de profession. Autant de personnes qui risquent aujourd’hui d’être les victimes collatérales directes du retrait de l’Angleterre de l’Union Européenne. La PCP (Politique commune de pêche inhérente aux pays membres de l’Union Européenne) a été mise en place en 1984. Elle prévoit une égalité d’accès des pays membres dans les eaux anglaises selon des quotas annuels. Lors des négociations sur le Brexit, ces accords sont largement décrié par le gouvernement britannique qui souhaite retrouver une souveraineté totale sur ses eaux territoriales à l’image des îles Féroé ou la Norvège. Cette zone s’étend de quelques dizaines de kilomètres à plus de 370 km au large. Des villes entière de la région comme Dunkerque ou Boulogne-sur-Mer pourraient se retrouver bouleversées sur le plan économique mais aussi culturel puisqu’elles sont historiquement des villes de pêcheurs. La situation est floue et les débats houleux. Olivier Leprêtre est marin-pêcheur à Boulogne-sur-mer. Pour lui la pêche dans les eaux anglaises concerne 92% de son activité et selon lui la PCP est « un véritable fiasco, tous les pêcheurs européens veulent en sortir. » Il témoigne également d’un ras le bol et du non sens des quotas de pêche européens qui obligent parfois les pêcheurs à jeter du poisson commercialisable. Le Brexit inquiète et interroge la profession dans les Hauts-de-France.

« Enormément d’inquiétudes et des grosses tensions entre les pêcheurs »

Si l’Angleterre interdit l’accès à ses eaux territoriales ou si les quotas de pêches deviennent trop contraignants, alors les flottes belges, françaises, néerlandaises et danoises seraient contraintes de pêcher dans les mêmes zones. Cette concentration pourrait entraîner une surpêche et le non-renouvellement des stocks de poisson. Cette perspective inquiète le gouvernement et les associations de défense de l’environnement. Car à ces problématiques s’ajoutent les techniques de pêches néerlandaises qui utilisent l’électricité. Selon Olivier Leprêtre « les pêcheurs néerlandais sont sans limite et pêchent jusqu’au dernier kilogramme, et cela mêne à l’extinction des espèces ». Il confie également que pour lui et ses marins cette cohabitation serait « la pire chose possible » tant les méthodes sont différentes et qu’il ressent autour de lui une inquiétude montante qui génère des tensions dans le métier.

L’Angleterre exporte 70% de son poisson dans l’UE

Dans une interview accordée à RMC le 3 février, le Président des Hauts-de-France Xavier Bertrand, affirme que dans le cas d’un non-accord la France « n’autorisera plus l’Angleterre à transformer son poisson en France« . Cette menace pourrait peser dans la balance des négociations puisque les industries anglaises ne seraient pas suffisamment équipées pour être indépendantes. Les Hauts-de-France comptabilisent à eux seuls près de 307 entreprises de transformation du poisson, selon FranceAgriMer. Seule la Norvège pourrait proposer les mêmes services de transformation que la France, mais pour des coûts de transport bien plus élevés. Ce levier pourrait être utilisé dans les négociations européennes dans les six prochains mois. « Les politiques en France sont sensibles à notre cause, ils connaissent l’importance de la pêche » ajoute le pêcheur, avant de préciser que « les règles doivent être mises en place par/avec des pêcheurs et non pas des technocrates qui n’y connaissent rien ».

Pour le moment les conditions de pêche restent les mêmes. L’Angleterre et les pays membres de l’UE ont jusqu’au 1er juillet prochain pour trouver des accords.

Lola Mahieu