La Poste : une multiplicité des tâches qui fait de plus en plus débat…

Journées hyper rallongées, manque de reconnaissance, faibles salaires, suicides… travailler à la Poste n’est pas de tout repos. Des conditions déplorables pour un métier qui ne cesse de décevoir ses propres pratiquants. Mais qu’en est-il réellement des conditions de travail dans les plateformes courrier ?

Il est loin le temps où on pouvait se permettre une blague en énonçant : « PTT, petit travail tranquille ». Car aujourd’hui, ce métier est tout sauf tranquille. La statistique est formelle : en deux ans, plus de 50 salariés de l’entreprise se sont suicidés. Récemment dans une enquête du 13 heures de France 2, c’était une famille d’une victime qui avait accepté de témoigner. Dans ce reportage, c’est Charles Griffond qui s’était tué. La cause ? Ce dernier aimait prendre du temps et discuter avec les gens lors de son travail. L’entreprise qui critiquait son retard lui avait alors imposé plus de tournées. Résultat ? Des cadences infernales, jusqu’à la déprime et malheureusement le suicide. Manque de reconnaissance ? C’est en tout cas ce qu’affirmait la sœur de la victime dans ce reportage : « La Poste était devenue une machine de guerre. Mon frère avait l’impression d’être une machine qui distribuait le courrier. » Rappelons qu’avec l’émergence des e-mails et d’Internet, le volume du courrier postal a diminué de 50% en l’espace de de 10 ans. L’entreprise a alors décidé de miser sur une nouvelle politique : l’allongement des tournées.

 » Pour les contrats pro, La Poste a une bonne formule « 

Cependant, pour certains, l’avis n’est pas le même. Pour un facteur en contrat pro contacté par nos soins, l’offre semble bien adaptée à ses besoins : « Je me lève très tôt le matin mais en revanche j’ai mon après-midi. Je fais souvent entre 6 et 7 heures par jour pour arriver à un total de 35h par semaine. » En fonction de la rémunération, il estime ne « pas avoir de charges à payer, donc ne pas se rendre compte de son salaire gagné. » Il conclut : « Je ne peux pas être hyper objectif sur la question, mais le système de formation de l’entreprise est vraiment à mettre en valeur car il nous rembourse. » Néanmoins, il ne cache pas « être fatigué chaque jour. » Un métier usant donc et très prenant. La politique de rallongement des tournées n’y est pas étrangère. « J’ai une collègue qui elle travaille depuis 18 ans dans la boîte et gagne 1450€ par mois avec complément familial. » Un salaire donc honorable pour des jeunes travailleurs mais qui fait grincer des dents pour des personnes ayant des charges.

 » On arrive facilement à 55 heures par semaine « 

Dans un secteur où contrairement aux idées reçues, le statut de fonctionnaire ne cesse de se restreindre, il est primordial de comprendre que la politique de rentabilité a supplanté progressivement les missions historiques de service public. Un responsable dans la secteur de la distribution nous a livré son sentiment : « Vous savez, la multiplicité des tâches ne cesse de se développer au sein de l’entreprise. Par conséquent, il faut savoir qu’on dépasse largement les 35 heures habituelles par semaine pour parvenir jusqu’à 50 voire 55 heures samedi compris. » Il poursuit : « Au-delà des missions traditionnelles, nous sommes appelés à promouvoir auprès de la clientèle des prestations telles que la visite au domicile d’une personne âgée, le portage des repas ou également, secteur en plein essor, le passage de l’épreuve théorique du code de la route. » On est donc loin du simple métier de facteur qui distribue le courrier comme il y a encore une trentaine d’années. La multiplicité des tâches est donc une des raisons qui pousse les salariés de La Poste au burn-out. Malgré la politique de prévention mise en place au sein de la boîte, difficile d’imaginer une amélioration des conditions de travail au fil du temps…

Nathan Bricout

Pour aller plus loin :

https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/sante-au-travail/la-poste-le-suicide-nouveau-fleau-chez-les-facteurs_3613961.html