Avec un paquet de clopes à 10 €, ça fait cher de la taffe

Avec 73 000 décès prématurés chaque année en France, et 7 millions à travers le monde, fumer tue. A coups de bannissement des lieux public, mise en place de paquet neutre, interdiction de faire de la publicité et autres mesures, l’Etat met en place un véritable  arsenal coercitif pour lutter contre le tabagisme et les dépenses colossales qu’il implique. La dernière mesure en date : faire flamber le prix du paquet. Cette augmentation a-t-elle un impact sur la mentalité des fumeurs ou sur  leur porte monnaie ?

le tabac subit une hausse progressive des prix
source : BFM buisness

L’année avait commencé sur les chapeaux de roue, avec une augmentation de 10 à 15 centimes dès le 1er janvier, pour donner le ton. Cette hausse répond à une mesure de santé publique qui vise à inciter les  fumeurs à réduire leur consommation. Objectif : atteindre les 10 euros (toutes marques confondues) d’ici la fin de l’année. Un seuil jugé psychologique. De nouvelles hausses sont prévues pour les mois d’avril et de novembre.

Un business onéreux   

Si ce  marché rapporte beaucoup à l’Etat -en moyenne 14 milliards d’euros par an- ce business coûte aussi très cher aux pouvoirs publics. D’après une étude réalisée par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, la somme des coûts liés au tabagisme s’élèverait à 120 milliards d’euros annuels. Un montant pharaonique, qui est loin de compenser le profit engendré. 

Au 1er mars, le prix du paquet va encore grimper de plusieurs centimes. Le paquet de Malboro franchira ainsi le seuil symbolique des 10 euros. Cette mesure fait suite à l’engagement pris depuis 2017 par le gouvernement de réduire la consommation de tabac dans l’hexagone, en relevant progressivement le prix des cigarettes et du tabac à rouler.

source : la dépêche.fr

Une efficacité mitigée

Cette stratégie semble pourtant peu efficace. Les Lillois que nous interrogeons sont unanimes : « 10 euros, ça commence à faire beaucoup, ça fait réfléchir ». Cependant, cela ne suffit pas pour changer les comportements.« De toute façon je suis addict, ça ne change que ma situation financière. Je fais des choix. Mais la cigarette je ne peux pas m’en passer » confesse une étudiante. Certains profitent de la proximité de Lille avec la frontière belge « ça ne change pas grand chose pour moi, parce que j’achète mon tabac en Belgique. Il est nettement moins cher. »

Un buraliste lillois confirme cette pratique : « Nous ne remarquons pas forcément de hausse ou de baisse de fréquentation. On reste sur le même rapport quotidien. Les hausses sont de 20 à 40 centimes, et pour un fumeur c’est négligeable. Ça reste un fumeur ». Il n’y a donc pas d’impact de cette inflation sur ses ventes

Pour Marie-Ange Testelin, directrice de l’association Hauts de France addictions, cette mesure gouvernementale a pourtant un impact positif sur les comportements. Les chiffres en témoignent. Actuellement, 23,7% des jeunes de 17 ans de la région fument, contre 31% en 2005. Selon elle, la hausse du prix incite les jeunes à arrêter de fumer.

tabacologue et directrice de Hauts de France addictions

Selon l’INSEE en 2017, 32% de la population, soit presque 1 français sur 3 fumaient. Cette mesure ne semble que partiellement efficace. Néanmoins, contrairement aux autres mesures mises en place, celle-ci propose l’avantage  de renflouer (en partie) les caisses de l’Etat.

Alice Gadenne