Séries : « Baron Noir », une fiction qui fait écho à la réalité

Pour sa troisième saison, la série diffusée sur Canal+ présente un Philippe Rickwaert (Kad Merad) déterminé à prendre sa revanche sur le « nouveau monde ». Les parallèles avec la scène politique française demeurent.

Deux ans d’attente qui ont pris fin. Ils étaient plus de 300 000 téléspectateurs lundi devant les deux premiers épisodes de la saison 3 de la série-événement. On y retrouve un Baron noir plus motivé que jamais à offrir une alternative à la social-démocratie au pouvoir. Indispensable à l’actuelle présidente pour se faire élire au début de la saison 2, multiple entremetteur dans ses tentatives pour réconcilier une gauche « irréconciliable », Philippe Rickwaert se lance dans l’aventure présidentielle. Une première entorse aux multiples évocations du personnage ? Pas si simple, tant les frontières entre fiction et réalité sont toujours aussi floues.

Une fiction prémonitoire ?

La présidente Amélie Dorendeu (jouée par Anna Mouglalis) est une version féminine d’Emmanuel Macron, technocrate qui s’est débarrassée de son mentor pour aller conquérir le pouvoir, issue du PS mais qui gouverne avec le centre-droit. Elle est arrivée au sommet de l’Etat à l’issue d’un duel au second tour avec l’extrême-droite qui, dans cette nouvelle saison, affiche une ambition, celle d’être à l’origine de l’alliance des droites. Un objectif qui passe par l’aspiration de la droite traditionnelle, affaiblie par le nouveau pseudo clivage progressistes/populistes.

Autre personnage clé, Michel Vidal (incarné par François Morel), une copie conforme de Jean-Luc Mélenchon : inflexible dans ses idées, il déteste les socialistes mais laisse peu de place au pluralisme dans son camp. Une faille qui pourrait être exploitée dans le courant de la saison 3…

Et le PS dans tout ça ? Sa déliquescence se poursuit dans la série avec ses « éléphants » qui s’accrochent aux petites combines politiciennes ou ont déjà quitté le navire.

Mais le personnage principal reste Philippe Rickwaert, le baron noir. Celui qui fait toujours le sale boulot mais qui n’est jamais au premier plan de la scène politique. Au début de la saison 1 il est député-maire de Dunkerque, dans la saison 3 après de multiples péripéties le voila animé par une ambition présidentielle. Kad Merad, magistral dans le rôle, rejoint l’idée d’une fiction parfois prémonitoire : « Je vois bien, et on voit autour de nous, que tout ce qui se passe dans Baron Noir finit par arriver, c’est ça qui est un peu flippant ! ».

Le vrai Baron noir en lecture

« C’est toujours moi qui fais le sale boulot » : deux journalistes, Marie Bordet et Laurent Telo, ont rencontré le vrai baron noir, celui qui a inspiré le personnage central de la série, Julien Dray. Ce livre retrace 40 ans d’histoire politique française où cet homme a participé, dans l’ombre, à de grands moments politiques sans en tirer la gloire, entre machinations et combines de génie dans les coulisses. Une lecture recommandée si vous plongez facilement dans cette fiction d’un réalisme glacial sur la vie politique française actuelle.

Oscar LIPPERT